Petite réflexion sur la vérité à la suite de mes lectures du psychanalyste Jacques Lacan.
Tout d’abord, j’affirme que la vérité “objective” n’existe pas. Une vérité “objective” est une affirmation qui est vraie pour tous le monde. Cela n’existe pas. En quelque sorte, nous possédons tous nos propres vérités. Cela signifie que nous devons faire notre deuil de posséder la vérité entière, universelle et vraie, comme on peut le voir dans cette partie d’article sur la vérité.
Cela nous conduit à cette question : “Qu’est-ce que le chrétien fait de Jésus qui est la vérité?” question soulevée par de nombreux chrétiens. Nous voici devant la question de la Vérité, avec un grand “V”. La question à se poser : où est la Vérité ? [note : la question n'est pas qu'est-ce que la Vérité ?]
Détour chez Lacan
Pour ceux que cela n’intéresse pas… sauter à “de retour à la Bible“.
Avant de répondre à cette question, il est préférable de débuter par celle-ci : Qu’est-ce que le discours ? C’est ce que nous communique l’autre. Le discours est ce que l’autre dit. Il appartient au langage : fruit de la langue et de la parole. Le discours n’est pas la parole, mais le discours porte en lui la parole. Cela nous conduit a cette question : qu’est-ce que la parole ? C’est ce qui comble le vide entre deux personnes en jouant le rôle de médiation et en permettant à l’autre de se révéler.
Cela semble un peu complexe, mais le tout devient simple lorsque l’on se demande tout simplement : Qui parle ? Cela nous renvoi à la conception du sujet. Pour Lacan, le sujet humain est un parlêtre. L’être humain réel est inaccessible autrement que par sa parole. La parole appartient au symbolique : elle est une révélation renvoyant à d’autres signifiants ouvrant ainsi sur une pluralité de sens. À cause de cette pluralité de sens la parole est toujours paradoxale (para-doxa : c’est-à-dire à côté du dogme, de l’opinion). Le sujet n’est pas le moi : ce dernier est l’ensemble des images qu’une personne à d’elle même. Le moi appartient donc à l’imaginaire.
Nous pouvons reprendre la question : Où est la vérité ? Dans le réel (ne pas confondre avec la réalité) ? Cela nous aide guère puisqu’inaccessibles. Dans l’imaginaire ? Je ne le pense pas. La Vérité est-elle dans un seul aspect (une image) de la parole ? Je ne le crois pas non plus. La Vérité nous est accessible à travers la parole. Parole qui renvoie à une multiplicité d’images.
La parole nous révèle la Vérité alors que le discours nous présente qu’un nombre limité de visage de la parole (des vérités). Pour accéder à la parole que contient un discours… il faut déconstruire le discours.
De retour à la Bible
En Jean 14,6 Jésus dit : « Je suis le chemin [le processus de déplacement], la vérité [du grec : aletheia] et la vie [qui est sans cesse changement et mouvement] ». Nous sommes en présence d’un discours (= parole + langue) et non de la parole, fondement de la vérité. Première question : Qui est le “je” ? Dit autrement, qui parle ? Le sujet et le moi. L’inconscient et le conscient. Nous sommes donc en présence de deux contenus : le contenu latent (qui appartient au sujet, à l’inconscient) et le contenu manifeste (qui appartient au moi, au conscient). Le contenu manifeste est l’ensemble des opinions (doxa, dogme) émisent par le moi. C’est ce qu’on appelle communément le discours, la pensée.
Le contenu latent, est plus difficile à saisir, n’étant accessible qu’à travers la parole et que cette parole ne renvoi pas à UNE image, UNE opinion, UN dogme. C’est le propre du symbole que de nous introduire dans une pluralité qui conduit à l’ambivalence.
En Jean 14,6, la réponse à la question «Qui parle ?» est : à la fois le sujet (de façon inconsciente : qui peut dire qu’il se connait totalement ?) et le moi (de façon consciente : c’est l’image que j’ai de moi qui parle). C’est le sujet et le moi de Jésus qui affirme : Je suis la vérité. À la lumière du paragraphe précèdent on peut dire que cette affirmation contient deux éléments.
- Selon le sujet : Je “inaccessible” ne peut “lever le voile sur…” [aletheia] le réel.
- Selon le moi : Je “accessible partiellement” peut être un “lever le voile sur…” ¨[aletheia] le réel.
Conclusion : Jésus affirme que nous avons accès au réel que partiellement à travers une médiation. Le passage suivant peut nous éclairer : “Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité [i.e. vous allez découvrir quelque chose du réel] et la vérité [cette découverte] fera de vous des hommes libres.” (Jn 8,31-32).
Conclusion
La Vérité avec un grand “V”, pour un chrétien, n’est pas autre chose que la Parole de Dieu. Il faut faire son deuil de posséder une Vérité Objective. La Vérité n’est pas un “objet” tombé du ciel des mains de Dieu. Ce deuil est une condition essentielle pour être à l’écoute de la Parole de Dieu dans nos vies (Dieu ne parle pas uniquement pas dans la Bible, loin de là).
Que trouverons-nous à l’intérieur de la Parole ? Rien qui réponde à nos attentes parce que la Parole est l’Autre avec un grand “A” toujours différent de nos attentes. Pour Lacan, l’objet de notre désir n’est jamais l’objet de notre besoin. L’Autre objet de notre désir profond, est celui qui bouscule, interroge, amène le doute et qui en bout de chemin [d'un processus] nous permet de “lever le voile sur…” [aletheia, vérité] le réel.
Le renoncement
Cela conduit à un renoncement : entrer dans le paradoxe de la Parole nous demande de renoncer à l’utiliser pour combler nos besoins. Ce renoncement ne signifie pas la mise à mort de notre désir de la Vérité mais c’est le chemin qui nous permet d’être vraiment les disciples du Christ.
Il est nécessaire de faire une distinction entre vérités et Vérité. Ce qui est important car l’aliénation c’est de prendre des vérités pour La Vérité. Remarquez que l’on peut remplacer l’expression “des vérités” pour des opinions. Et que le dogme n’est qu’un opinion (doxa, en grec) normative. Ce qui nous conduit à cette question : qu’est-ce que l’orthodoxie ? L’opinion droite qui brise l’ambivalence de la parole pour lui imposer une image unique. En ce sens l’orthodoxie est anti-doxa (contre le dogme, l’opinion). Ce qu’on appelle “dogme” n’est qu’une image normative. Toute opinion (doxa, dogme), est une image-trahison du réel, même lors qu’elle est normative. Être réceptif qu’à une image-trahison c’est tomber dans l’idolâtrie : échangeant la parole contre une image (le veau d’or). Le résultat, c’est la violence : la mise à mort des hérétiques sur les bûchers en est un exemple.
Jésus est-il un chemin vers l’aliénation?
Oui et non! Si nous croyons que Jésus est venu apporter La Vérité immuable tel un veau d’or que l’on peut posséder… la réponse est oui. Et nous sommes dans l’idolâtrie. Cependant, je crois que Jésus est venu proposer un chemin de libération aux hommes et aux femmes. Il vient détruire les idoles… y comprises celles construites par la raison.
Patrick Riberdy, catholique à Lasalle (Canada).
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J’aime beaucoup l’idée de cheminement, ça renvoit à l’idée des regards sur l’ailleur et sur l’autre comme un pélerin se confronte à de multiples êtres, de multiples regards, de multiples confrontations sur la “Vérité”… La Vérité comme une boussole ou un référent qui permet de se positionner, çà à a voir avec de la navigation et c’est aussi de l’affinement métallurgique
Je vous préviens, je suis inculte en la matière.
C’est ainsi que je puis dire que je ne comprend pas grand chose à ce texte dont ce qui est dit sur Lacan (personnage très critiqué me semble t-il).
Toutefois ça me rapelle vaguement quelques textes que j’ai lu sur Cupitt et son “non-réalisme” hérité de Derrida, et apparemment très critiqué par des théologiens “réalistes”.
Jésus et ses disciples pensaient-ils si compliqué que cela?
Puis-je vous demander comment éventuellement contacter Monsieur Riberdy (si cela ne le dérange pas bien sûr), pour un tout autre sujet.