HOMOSEXUALITE ET INTER-RELIGION

5 ecclésiastiques de la région de Lyon (France), et de religions différentes (orthodoxe, catholique, juif,protestant, musulman) ayant trouvé bon de se mettre ensemble pour signer un texte se prononçant contre le mariage des personnes de même sexe. Interrogé sur cette nouvelle, Daniel Borillo répond :

“il est normal que les religieux soient contre. C’est à cause de la valeur sacramentelle du mariage

puis il s’embarque sur

“le droit canon dit que…. Les monothéismes….”

Dans le podcast, on peut entendre clairement qu’il met en relation “les monothéismes” avec “le droit canon“.

Daniel Borillo était venu présenter son livre “Homosexuels, quels droits ?” et l’animateur Ali Badou précisait combien son invité avait étudié beaucoup de textes religieux dans son livre. On peut donc regretter que Daniel Borillo produise autant de confusions quand il s’exprime à propos des interdits religieux. Personne, en studio, n’a trouvé moyen de clarifier les affirmations de l’invité dont certaines relèvent des idées reçues sur les religions.

CARACTERE SACRAMENTEL DU MARIAGE

Ce caractère de sacrement n’est reconnu que par le catholicisme et le christianisme orthodoxe oriental. Dans le judaïsme, c’est un contrat “ketoubah“, dont le rabbin (le rédacteur, dans les temps anciens) et la communauté sont témoins. Le mot insiste sur le caractère écrit de ce contrat. Dans l’Islam, c’est une alliance entre deux familles mais certainement pas un sacrement.

Les protestants (de toutes obédiences) ne connaissent que 2 sacrements : le baptême et la Cène et donc, pas le mariage.

DROIT CANON

Le droit canon est le droit religieux de l’église catholique romaine (ECAR). Parler de “droit canon” en suggérant qu’il s’applique à toutes les religions monothéistes ou
qu’il serait le père de tous les droits religieux est une “idée reçue” ; c’est le vieux rêve contenu dans Pastor Aeternus (encyclique de l’infaillibilité pontificale, en sont titre III) qui ne s’est jamais réalisé. Le droit religieux du judaïsme se nomme “halakha” et on en entend moins parler que du droit religieux musulman qui se nomme “la chary’ia“.

LES MONOTHEISMES

Justement, les 3 monothéismes n’ont pas la même approche des questions sociétales en dépit de l’accord apparent des 5 ecclésiastiques signalés en tête d’article. Les monothéismes ne sont pas “UN”.

La tentation est grande de les replier les uns sur les autres alors que cela n’est vrai que pour leurs courants les plus conservateurs alliés, alors, aux fondamentalistes. Les monothéismes sont multiples au sein même de chacune des religions qui s’en réclament.

ECAR

En ce qui concerne l’église catholique, il n’y a pas de doute que le primat des Gaules est Mgr Barbarin et que la conférence des évêques de France est une
instance délibérative mais non exécutive. La position de Mgr Barbarin est celle-là même de l’ECAR depuis toujours, en particulier depuis Augustin d’Hippone.

Parce qu’il est profondément misogyne, Augustin ne peut supporter “qu’un mâle puisse se mettre en position de femelle alors qu’il a la chance apparteinir au sexe supérieur[1]

JUDAÏSME ET ISLAM

En ce qui concerne le Judaïsme et l’Islam, aucune instance centralisée ne décide ce qui se croit ou ce qui se fait. Pour le judaïsme, le consistoire prend des décisions concernant l’ensemble du judaïsme français, tandis que le Grand rabbin Richard Wertenschlag se prononce donc de sa propre autorité qui s’applique de fait à sa
congrégation et de réputation un peu plus loin, sans aller jusqu’au judaïsme dans son ensemble. Du fait que la consistoire a été installé en France par Napoléon comme institution représentant le judaïsme, c’est lui qui parle pour le judaïsme dans son ensemble.

En dépit de sa notoriété pour ses positions plus ouvertes, Gilles Bernheim se positionne sur des positions biologisantes.

Le mouvement libéral qui a acquis en France une grande crédibilité mais dont la légitimité est souvent discutée au consistoire a signé un texte ([2] dont il ressort moins une diabolisation de l’homosexualité qu’une pusillanimité devant les risques qu’une prise de position courageuse lui ferait courir. On a entendu toutefois 25 mars 2001 sur les ondes de Radio J, le rabbin Gabriel Fahri, du mouvement juif libéral de France ironiser sur la dénonciation de l’homosexualité de Laura Schlesinger (USA).

C’est le mouvement Massorti (Rabbin Rivon Krygier) qui se montre le plus accueillant aux couples de personnes de même sexe.

ISLAM

Pour l’Islam, dont le fonctionnement institutionnel est congrégationaliste est assez similaire à celui du judaïsme, la position risque d’être plus uniforme, en dépit des courants, dans la mesure où l’homosexualité est l’un des interdits de l’Islam.

A l’époque des Lumières [3], Avicenne (980-1063) préconisait les joies de l’amour comme remède aux maux psychiques et physiques. Il disait :

« Lâche la bride aux jeunes pour les rapports sexuels, par eux ils éviteront des maux pernicieux… »

De même, Malek Chebel, anthropologue et psychanalyste affirme affirme que

« l’homosexualité est une pratique arabo- bédouine plus que proprement islamique. Elle est vigoureusement condamnée par les textes sacrés, Coran et hadith compris, et abhorrée par la sunna ».

Il a forgé une expression assez juste, « homosensualité », pour désigner

« une attitude des Orientaux en général et des Arabes en particulier, qui consiste, en l’absence de partenaire de l’autre sexe, à reporter sur leurs pairs l’excédent de sensualité qu’ils n’arrivent pas à écouler autrement ».[4].

A l’appui de quoi, il cite Abou Nouwas (762-812) célébrant des thèmes bachiques et amoureux :

« J’ai quitté les filles pour les garçons/et pour le vin vieux, j’ai laissé l’eau claire. »

AUTRES CHRISTIANISMES

Dans le discours militant comme dans le discours athée, on fait semblant de croire que le christianisme est identique (au sens mathématique) au catholicisme romain. Pourtant, les protestantismes historiques se sont signalés, depuis le début des années 1960, par des
positions courageuses sur des questions de sociétés (ministères féminins, contraception, IVG, etc..)

Parmi les protestants, les représentants des églises anglicane, luthérienne et évangélique baptiste ont signé le texte dont parle l’agence. En revanche, l’Eglise réformée n’a pas signé

“parce que le sujet du mariage homosexuel lui semble être une question trop importante pour être ‘prise en otage’ dans un débat préélectoral”, a déclaré mardi le président[5] de l’Eglise réformée de Lyon, Guillaume de Clermont.[6].

Cette réserve n’a pas été reprise par France-Culture. A noter que le débat concernant le mariage religieux de personnes de même sexe existe depuis longtemps dans l’église réformée comme en témoigne ce texte “Bénis soient les PACS” publié en 1997.

Enfin, cela ne peut être un ou 2 pasteurs lyonnais qui décident pour “les protestants” de France. Qu’ils soient luthériens ou réformés, c’est le Synode (élus
au suffrage universel au 2ème degré, pour les églises historiques) qui décide ce qu’on fait dans les églises issues de la Réforme (mais non ce qu’on croit) tandis qu’un contact est permanent entre les 2 composantes principal au sein du Comité Permanent Luthero-Réformé.

La déclaration des 5 ecclésiastiques lyonnais pousse dans l’oubli l’élection, dans le diocèse de l’Eglise épiscopalienne du New Hampshire (nord-est) de Gene Robinson, qui revendique son homosexualité, [7]. De même, une église canadienne épiscopalienne avait institué une bénédiction spécifique pour les couples de même sexe tandis que l’Eglise Unie du
Canada les marie tout bonnement.

cultes reconnus ?

En sorte que l’affirmation de l’Express ” Mariage gay: les religions hostiles” et ” C’est la première prise de position inter-religieuse sur le sujet.[8], comme la généralisation en “les monothéismes” mis tous dans le même sac par Daniel Borillo sur France Culture, ce matin, sont hâtives : seul l’évêque est en
position d’autorité et de légitimité suffisante pour que sa parole soit “performative“. Les autres ne parlent que pour leurs congrégations et non pour la religion dont ils se réclament. Enfin, le modèle épiscopalien est propre à l’ECAR ; les autres christianismes ne le reproduisent pas de la même façon hiérarchique car les “responsables” sont élus plus ou moins directement et le plus souvent laïcs

A moins que les médias ne se sentent qualifiés pour désigner “les cultes reconnus“, il apparaît donc que “les monothéismes” ne peuvent replier les uns sur les autres de façon trans-historique. S’il est vrai que la condamnation fut longtemps unanime et transreligieuse (au delà du monothéisme, d’ailleurs), les religions ne
sont pas immuables. Pour les christianismes, les églises acceptant de recevoir les ouailles gay(e)s [9], d’avoir des ministres voir de marier les personnes de même sexe sont de plus en plus nombreuses, au point, par exemple, qu’une réunion d’églises baptistes du Michigan a décider d’exclure de son association d’églises celles qui étaient dans le cas.

Le livre

Homosexualités et droit : De la tolérance à la reconnaissance juridique

Ceci posé pour dire que les meilleures causes peuvent souffrir de mauvais arguments. Un livre sur le droit des homosexuels était nécessaire, le dernier remontait à une date précédant la dépénalisation. Le reste de l’exposé de promotion de Daniel Borillo était plus intéressant mais plus court. :

  • Dans un pays laïc où l’Etat s’est séparé des religions, c’est le mariage civil que réclament les personnes GLBT ; il n’y a donc pas besoin d’attendre que les religions ou les églises soient prêtes. La loi ne demandera rien aux religions non plus qu’aux églises : la loi ne prévoit pas de bénir les mariages entre les personnes LGBT. Au vu du tableau ci-dessus, on peut dire que si les personnes GLBT souhaitent une bénédiction religieuse de leur mariage, elles peuvent pratiquer le test-achat ente les diverses religions.
  • Les religions sont tout à fait libre d’exposer leurs propres directives à l’intention de leurs ouailles. Les croyants et/ou fidèles des religions ont parfaitement le droit de s’imposer des mesures de contraintes ou d’ascèse spécifiques qui sont celles édictées par les religions.
  • Au vu des précautions prises et enquêtes diligentées pour élaborer un pré-requis à l’adoption homoparentale, on peut légitimement demander quels parents biologiques seraient susceptible de les passer avec succès et combien seraient autoriser à l’issue du cursus d’adoption à faire leurs enfants eux-mêmes

A un moment, Olivier Duhamel fit remarquer que la pénalisation et les critiques se dirigent spécifiquement à l’endroit des hommes gays. Il semblerait que l’homosexualité féminine est invisible. Daniel Borillo répondit par l’anecdote de la reine Victoria qui, au moment où sortait la loi de pénalisation de la gayté, répondait au journaliste que l’homosexualité féminine n’existait pas. C’était l’époque de Mathilde de Morny et de Colette, pourtant ? Marc Kravetz demanda pourquoi les personnes gay(e)s vouliantlent tellement se marier ? Là, la réponse de D. Borillo fut plus intéressante :

Pour pouvoir contester le mariage, il faut avoir le droit de se marier

Notes

  1. ↑1 cité par John Boswell, CHRISTIANISME, TOLERANCE SOCIALE ET HOMOSEXUALITE (1985), Gallimard, BIBLIOTHEQUE DES HISTOIRES,
  2. ↑2 le lire sur le site de Beith Haverim, la maison des copains, site d’une organisation homosexuelle juive
  3. ↑3 Lumières musulmanes, s’entend
  4. ↑4 dans ENCYCLOPEDIE DE L’AMOUR EN ISLAM
  5. ↑5 le président, pas le pasteur! Dans l’Eglise Réformée, ce ne sont pas les ministres qui sont les patrons, contrairement au modèle catholique,
    mais les conseils presbytéraux dans les paroisses et les conseils de région
  6. ↑6 même texte dans l’Express et dans le NouvelObs en ligne, ce qui signifie que c’est une dépêche d’agence
  7. ↑7 consacré évêque le 2 novembre malgré les objections de la partie la plus conservatrice des dirigeants de l’Eglise anglicane, celle en
    exercice en Afrique
  8. ↑8 Express et France-Culture
  9. ↑9 en fait “GLBT”

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