falsifications dans la Bible ?

Le texte grec de Septante est-il supérieur au texte hébreu établi par les Massorètes ?

Auteur: Epsilon
Date: 02/03/2007 14:07

Tout à fait d’accord avec cette phrase de Delaporte :
« De sorte que d’une certaine manière, la tradition chrétienne se trouve être plus fidèle au judaïsme de l’Ancien Testament que le judaïsme actuel.”

Auteur: polaire
Date: 03-11-2006 17:22
“Vous voudriez que les juifs “pharisiens” aient falsifié le texte .Nous resterait donc la septante meilleure représentante d’un texte non falsifié. Les juifs abandonnent la septante, ce qui me semble naturel dans la mesure où ils ont un texte en hébreu. Mais s’ils retraduisent en grec, c’est que la septante ne devait pas apparaître comme satisfaisante. On a alors de la traduction d’ Aquila: du mot à mot ,on doit avoir des arguments pour le dire, des arguments linguistiques.”

Qu’en est-il au juste ?

Dans Essai sur Les origines du Chritianisme, un autre dominicain, Etienne Nodet o.p., se penche sur la canonisation de la Bible en Hébreu. Il ne parle pas du tout de falsification mais d’exégèse. Au vu de l’usage que faisaient de la Septante ceux qui n’étaient pas encore les chrétiens, de certains commentaires syro-araméens, et de la destruction du Temple, les pharisiens se sont sentis dans l’obligation :

  • de rendre le judaïsme “portable”, c’est à dire le mettre en possibilité de le pratiquer n’importe où
  • et un judaïsme unifié, c’est à dire d’établir un même texte pour tous à partir des diverses leçons de rouleaux en hébreu

un peu d’histoire

Le Talmud atteste donc [1] que les rabbins discutent le coup pour savoir quelle est la rédaction qui leur semble la plus authentique. Il ne s’agit pas de critique textuelle scientifique comme de nos jours la pratique la stemmatique mais d’évaluation et de discussion pour établir un texte “en conscience”. La première chose à remarquer dans les aller-retour de l’hébreu au grec puis du grec à l’hébreu tient à la méfiance qui monte envers le grec et à l’usage de l’araméen.

Dans le Judaïsme du 2nd temple au premier siècle palestinien, les ouailles ont pour langue vernaculaire l’araméen. Donc, ils ne parlent pas l’hébreu couramment. A titre pédagogique, on peut comparer la situation avec la revendication de la “messe en latin” alors que les catholiques qui ont fait du latin quand ils étaient petits se comptent sur les doigts de la main gauche de Django Reinhardt et sur les deux mains pour peu qu’on circonscrive l’enquête aux plus de 50 ans. Ce qui ne gâte en rien le plaisir d’une bonne vieille messe tridentine de temps en temps à condition que les textes soient lus en français et que le curé prononce son homélie itou. La situation est analogue.

Ils utilisent des targumim (pluriel de targum) qui reprennent le texte de la paracha en hébreu puis en donnent une traduction libre et commentée en araméen. Cela signifie que l’hébreu n’était plus compris par tous. Des détails sur les Targumim dans le culte synagogal de l’époque dans “L’invention du Christ, naissance d’une religion” par Maurice Sachot [2]chez Odile Jacob En zone de judaïsme de langue grecque, Alexandrie e.g., le phénomène targum est ignoré. Ce qui fait que les divers manuscrits intègrent les commentaires homélitiques au texte de la LXX.

Donc, les puristes pharisiens se mettent à se méfier sévère et entreprennent l’édition d’un texte de référence. La compilation du texte est très bien étudiée dans “introduction à l’ancien testament” sous la direction de Thomas Römer, chez Labor et Fides.

L’autre bout par lequel le raisonnement qui préside à cette affirmation pêche, tient au fait qu’elle juge du judaïsme du 2nd Temple au premier siècle à partir du judaïsme contemporain [3]. L’essentiel consiste à dire que le Christianisme qui s’est inspiré de Septante [4] jusqu’à la Réforme, i.e. le catholicisme est “plus vrai” que les églises issues de la Réforme qui ont remis en selle les études hébraïques. Cela me rappelle la querelle entre Augustin et Jérôme parce que Augustin ne comprenait pas pourquoi Jérôme de Betlehem recourrait à la veritas hebraica vu le mépris qu’Augustin d’Hippone professait pour les juifs.

une vieille polémique

L’affirmation catholique de la suprématie de Septante au nom de l’ancienneté date d’une querelle issue tient à la publication en 1504 par Elias Levita, [5]d’une révision de la grammaire hébraïque de Moshe Kimchi[6] . Cette révision serait passée inaperçue si Eliahu n’avait précisé que seul le texte consonantique du Tanakh est de la rédaction d’Esdras tandis que la vocalisation du texte est l’œuvre des Massorètes, achevée vers le VIe siècle.

Le troisième pied qui fait que cette affirmation est une stupidité tient au fait qu’elle ignore le contexte socio-culturel. Ce sont les juifs eux-mêmes qui ont trouvé nécessaire de canoniser après exégèse leurs propres écritures, d’en prendre certaines et d’en réviser d’autres. Aussi, dire que le texte massorétique est “moins vrai” (=”moins digne de foi”) revient à dénier aux juifs le droit de critiquer leurs propres livres pour en faire un message “universel” (enfin, je veux dire exportable) et de prendre en charge l’ensemble des traditions.

Le catholique de base a un peu de mal à concevoir que “la vérité d’une religion” puisse s’exprimer de façon plurielle. Pourtant la mysttque du UN vient d’un philosophe du tournant du 3èm-4ème siècle de l’ère commune, qui, développant à partir d’Aristote, entendait bâtir une philosopie susceptible de contrer le christianisme débutant : Plotin [7]. Le christianisme lui a beaucoup emprunté et l’a digéré.

Durant 4 siècles, (c’est à dire en ne considérant que les récits écrits maintenant rassembés dans la bible), du 6ème siècle au 1er siècle avant l’ère commune, les juifs ont eu plusieurs versions d’un même texte .

En sorte que le texte de Septante, fruit d’une canonisation qui court depuis le 3ème avant l’ère commune jusqu’au 1er siècle l’ère commune de ne peut être “plus vrai”. Il est déjà le fruit d’un choix parmi une pluralité de versions. De même,le texte Massorti est le fruit d’un autre choix parmi une autre pluralité de versions. Peut-on confondre l’une ou l’autre des canonisations avec une tradition juive de ce temps-là qui serait essentielle ? Certainement pas !

l’état de l’art

Ce article en PDF de Philippe Guillaume, dans le Journal of Hebrew Scriptures, montre que la polémique entre les partisans de la Bible en grec et ceux de la Bible massorti existait déjà du temps du Siracide. Il se demande même si la version en hébreu [8]du Siracide n’est pas une traduction de la version grecque suite à un changement de parti du rédacteur.

Cette idée n’est pas aussi farfelue qu’il y paraît au premier abord. En effet, le roman de Joseph et Aseneth, sis dans la Bible hébraïque en 3 passages entre Genèse 41 et 46, est un texte grec d’origine chrétienne qui a été traduit en hébreu et réintroduit dans le texte massorti. Voir “le site de Joseph et d’Aseneth”, entretenu (en anglais) par le Dr. Mark Goodacre

conclusion

En quelque sorte, le débat était déjà politique et l’affirmation est une apologie à rebonds.

“Auteur: Epsilon
Date: 04/03/2007 08:16
Certains refusent de toute force la Vérité [9] … surtout si elle ne va pas dans leur sens !!!” […] Point à la ligne cette Vérité s’impose pour toutes personnes qui cherche …. [….] Donc acte !!! pour les Cathos ….

Oui, Oui ! On a bien compris : les huguenots sont de “mauvaise foi”, la preuve : ils ont inventé la Quête du Jésus historique. Mais je ferais remarquer que Nodet est dominicain (o.p. = “ordre des Prêcheurs”) et Perrot fut professeur à la faculté Catholique de Paris (université pontificale). Ils ne cherchent donc pas la Vérité, qu’on se le dise !

notes

  1. ↑1 références et texte de Nodet sous peu
  2. ↑2 professeur émérite à la Catho-Paris)
  3. ↑3 que Delaporte comme Epsilon qui applaudit bruyamment imaginent UN, ce qui est faux
  4. ↑4 enfin, si l’on peut dire, car le catholicisme à partir du 8èm siècle ne connaît plus que le Nouveau Testament et traite l’Ancien Testament comme Marcion
  5. ↑5 connu aussi sous le sobriquet de Eliahu Bakhur (le célibataire) ou Elijahu ben Ascher ha-Levi (1469-1549), de la célèbre famille de massorete Ben Ascher
  6. ↑6 rabbin et érudit juif du XIIe siècle, né à Montpellier] à une date inconnue, mort vers 1190 à Toulouse
  7. ↑7 Cf. Plotin et la philosophie indienne
  8. ↑8 Lotus Tranquille (voir commentaires) dont les avis sont souvent avisés, me dit qu’elle ne retrouve pas cette idée dans l’article. Comme je l’ai lu il y a longtemps, je médite de retourner sous peu à l’article, la plume à la main pour voir en quoi ce souvenir m’en est resté.
  9. ↑9 Voir la petite recension de Vérité, avec un grand V chez Michel de Certeau, ci-dessous qui dépasse la taille d’une note

vérité institutionnelle

Un même énoncé peut être traité de deux façons, soit dans la mesure où il met en cause une “vérité” (problématique du “savoir”), soit en tant qu’il a une ‘valeur “contractuelle” (problématique du “croire” -et de la “croyance” liée à la réception de cet énoncé comme base de production d’un groupe).

Il n’y a pas de “croire” sans un rapport à l’autre et un rapport à un “faire”, un produit. Le “croire” est un principe de socialité mais ne concerne pas essentiellement la vérité. Le “cru”, c’est aussi ce qui est “reçu”. En ce sens, la croyance (en d’autres mots “adhésion non volontaire”) est la communication. Ce reçu n’est pas second, il est toujours structurellement premier (il me semble qu’Aristote plaçait avant tout savoir et toute science un “endoxon” -le reçu-). La question du vrai, c’est-à-dire : “est-ce que cela est vrai ou faux ?” n’apparaît que dans un moment second, par rapport à un reçu !

Le postulat de l’institution, quand elle se proclame “institution de vérité”, c’est que le vrai colle avec le cru. Certes, le vrai se détache sur le cru, mais il doit être en consonance avec lui. L’institution se dit “institution de vérité”. Elle ne l’est pas, mais en disant qu’elle l’est elle est institution de cohésion sociale. Autour de certains contenus, elle organise le “contrat”. En résumé, le “vrai” et le “cru” seraient deux types de traitement d’un même énoncé. Il n’y aurait pas opposition mais différence de plan. La question du croire met en jeu la dimension contractuelle. Traiter un énoncé du point de vue du “croire”, ce n’est pas d’abord- se prononcer sur sa vérité mais sur sa puissance contractuelle. En résumé, il semble y avoir trois niveaux d’une problématique du “vrai”, à savoir, l’institution de vérité comme pouvoir d’énoncer le vrai.” Wontolla dans une recension de “L’invention du quotidien, tome 2 Manières de croire.” de Michel de Certeau s.j.

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6 commentaires Leave a comment.

  1. Pour reprendre l’idée des traductions hébreux grecs il n’y qu’a lire la traduction de Chouraki a donnée du nouveau testament vu que c’était en grec traduit de l’araméen que Jésus pratiquait bref toutes ces traductions ça reste de la cuisine et une rinterprétation plus d’ordre poétique fort que vraiment du sens mythique des éctitures en hébreux, une bonne traduction peut ouvtir un autre monde de sens sans qu’elle ne parle du même monde, il n’y a qu’à voir le mal que ce donne les lecteur de l’Hébreux biblique sur les racines de sens

  2. Bruno a écritPour reprendre l’idée des traductions hébreux grecs il n’y qu’a lire la traduction de Chouraki a donnée du nouveau testament

    Les solutions en “il n’y a qu’à” sont toujours mauvaises. Si une traduction suffisait, il n’y aurait pas des centaines de traductions depuis que la Bible existe. Même la traduction de Chouraki a ses limites et un autre traducteur Henri Meschonnic, en fait la critique tout à fait fondée.

    Bruno a écrit vu que c’était en grec traduit de l’araméen que Jésus pratiquait

    Non, le nouveau testament a été écrit en grec. Voir ici les théories de composition des évangiles synoptiques [en] à titre d’exemple.

    Bruno a écrit
    bref toutes ces traductions ça reste de la cuisine et une rinterprétation plus d’ordre poétique fort que vraiment du sens mythique des éctitures en hébreux,

    J’aurais tendance, quant à moi, à penser que la pratique des langues étrangères particulièrement des langues anciennes est une technique, que la grammaire, l’épigraphie et toutes ces choses comme la linguistique sont des sciences, c’est à dire autre chose que de la cuisine. :-)

    Quand on voit le travail de Meschonnic, par exemple, qui donne la raison de ses choix de traduction à la fin de l’ouvrage et pèse le pour et le contre en comparaison avec le travail de ses prédécesseurs, je me garderais bien de dire qu’il s’agit d’interprétation (au sens de re-création) et de poésie (au sens d’imagination).

    Bruno a écrit
    une bonne traduction peut ouvtir un autre monde de sens sans qu’elle ne parle du même monde,

    Et donc, elle manque le monde dans lequel l’auteur du texte original a écrit. Ce monde là est rarement transmis.

    Bruno a écrit
    il n’y a qu’à voir le mal que ce donne les lecteur de l’Hébreux biblique sur les racines de sens

    Alors, là, comme je suis de cette confrérie, je peux vous dire que les racines ne sont pas “de sens” mais “des mots”. Le sens vient après. Et le mal, ce n’est pas sur les racines mais sur les conjugaisons.

  3. Pour résumé je pense que toutes traductions à besoin d’annotations j’aimerais tant une bible en français de tous les jours mais ça me choquerait de voir des choses trop commune dans la bouche de prophètes, puis malgré tout les idées sont plus fortes que des concepts, je pense que ce qui a été écrit en -300 avant jésus Christ sur des questions de morale contemporaines il vaut meieux comprendre à qui on avait à faire que de prendre le sens exact de l’époque

  4. Pour résumé je pense que toutes traductions à besoin d’annotations

    AMHA, les annotations ne suffisent pas. SI vous regardez la TOB, par exemple, les annotations égarent surtout le lecteur dans des implications théologiques alors qu’on ne lui donne rien qui lui permette de comprendre le choix des mots ou la couleur d’une époque. Il en résulte qu’il faut un apprentissage

    j’aimerais tant une bible en français de tous les jours mais ça me choquerait de voir des choses trop commune dans la bouche de prophètes,

    Bien évidemment des Bibles en français courant existent ou en français fondamental. Cela signifie que le traducteur a fait des choix théologiques en lieu et place du lecteur.

    puis malgré tout les idées sont plus fortes que des concepts, je pense que ce qui a été écrit en -300 avant jésus Christ sur des questions de morale contemporaines il vaut meieux comprendre à qui on avait à faire que de prendre le sens exact de l’époque

    Le sens exact de l’époque nous échappera toujours. En ce sens, la lecture litteraliste de la Bible est un leurre. Pourtant, avec un peu d’apprentissage, on peut cerner le contexte de production d’un texte et, le retour dans notre monde de pensées contemporain, trouver l’un équivalent.

  5. Savez-vous que les sites [modéré] et [modéré] permettent désormais de lire simultanément, verset par verset, la version hébraïque de la Bible et diverses traductions en français, anglais, latin et de disposer d’un moteur de recherches en toutes ces langues, y compris l’hébreu ?

    [le modérateur a supprimé la publicité]

  6. Désolé pour la suppression des liens que vous proposiez : sur mon site, je ne promeus pas les sites dilettantes.
    En fait de sites cherchables en hébreu, les sites académiques sont préférables. Par exemple, celui du Dr Mark Goodacre, qui a reçu de multiples distinctions.

    A cette page du site, vous pouvez chercher au choix en grec comme en hébreu et, bien sur, dans diverses traductions anglaises.

    Ici, vous avez diverses versions de Bible en hébreu consultables en ligne, sur le site de Lexilogos. Elles sont cherchables pour la plupart.


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