citation du Jour : Jean Rouault

Dans “le Monde à peu près”, 1996

couverture du livreIl était question du mystère de la Trinité, un des dogmes fondamentaux, à savoir la règle du trois (le Père, le Fils et le Saint-Esprit) en un (Dieu), qui avait donné lieu à de beaux échanges aux conciles de Nicée et de Constantinople, les uns et les autres s’étripant autour de la consubstantialité du Fils avec le Père (“engendré, non créé”), débat que Gyf régla à sa manière en déclarant abruptement, sans qu’on l’eût sollicité, que c’était le Tiercé gagnant. Une stupeur métaphysique gagna les rangs de la classe. Des anges passaient, repassaient, se télescopaient dans un bruyant silence. Chacun s’attendait à ce que le sol s’ouvrît, que le ciel déversât une pluie de feu sur la tête du blasphémateur, que le magistère armât d’un foudre terrible son bras qui d’éclairs rougissait. Mais le doux Juju, un œil vers le sol et l’autre sur Gyf, le doux Juju, parce qu’il fallait bien qu’il fût doux quand il aurait pu crucifier l’intervenant, se contenta d’une voix grave de préciser qu’on ne plaisantait pas avec ces choses-là, puis savamment entreprit de distinguer parmi les négateurs de la consubstantialité les homoiousiens (substance semblable – mais non identique ce qui n’était pas en soi très éclairant), homéens (similitude non substantielle – guère plus) et anoméens (résumons : le Père c’est le père et le Fils ce n’est pas le père).

Détail éditoriaux


Publié dans:  on 17 avril 2007 at 12:19 Laisser un commentaire

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