La nature de Dieu (citation du jour)

La notion de Dieu comme “moteur non mû” provient d’Aristote, du moins en ce qui concerne la pensée occidentale. La notion de Dieu comme “éminemment réel” est la thèse favorite de la théologie chrétienne.La combinaison des deux en la thèse d’un Créateur transcendant, éminemment réel et originaire, dont le fiat lux a fait venir à l’existence un monde qui ne peut qu’obéir à sa volonté, constitue l’erreur qui a fait pénétrer le tragique dans l’histoire du Christianisme.Quand le monde occidental accepte le Christianisme, il s’impose par la conquête et le texte reçu de la théologie occidentale est édité par ses juristes. Le code et la théologie de Justinien sont deux oeuvres exprimant le même mouvement de l’esprit humain. La brêve lueur d’humilité, venue de Galilée, vacille incertaine tout au long des siècles. Dans la forme officielle de la religion, elle se réduit à l’insignifiante accusation adressée aux juifs d’avoir chéri une conception erronée de leur Messie. Mais l’idolâtrie plus profond, celle qui consistait à se faire un Dieu à limage des dirigeants impériaux égyptiens, perses et romains, demeure. L’Eglise donne à Dieu les attributs qui appartiennent exclusivement à César.

Dans la grande période de formation de la philosophie théiste qui, contemporaine de Jésus se termine par l’émergence du mahométisme, trois courants de pensée apparaissent avec de nombreuses variations de détail, elles représentent Dieu à l’image du dirigeant impérial, de l’énergie morale personnifiée ou d’un principe philosophique ultime.

Les dialogues de Hume constituent la critique irréfutable de ces manières d’expliquer le système du monde. Ces rois écoles de pensées peuvent être reliées aux Césars divins, aux prophètes hébreux et à Aristote. Mais la pensée hindouiste et bouddhiste précèdent Aristote ; les prophètes hébreux ont des précurseurs qui ont laissé des traces. Le mahométisme et les Césars divins ne représentent que le symbolisme théiste idolâtre le plus naturel et le plus évident de tous les temps.

En laissant de côté les religions existantes telles qu’elles sont ou telles qu’elles devraient être, il nous faut chercher sans passion c que les principes métaphysiques développés ici exigent en ce qui concerne la nature de Dieu. On ne trouvera rien ici qui soit de la nature d’une preuve, mais seulement la confrontation du système théorique avec une certaine manière de rendre compte des faits. Mais le compte-rendu non systématique des faits est hautement contestable et le système est, nous l’avons vu, inadéquat. Les déductions qu’on tire dans cette sphère particulière de la pensée ne peuvent être considérées que comme des suggestions sur la façon dont le problème se transforme à la lumière de ce système.

En premier lieu, Dieu ne doit pas être traité comme une exception aux principes métaphysiques dans leur ensemble et invoqué pour les sauver de la ruine. Il en est la manifestation maîtresse. Considéré comme primordial, Dieu est la réalisation conceptuelle illimitée de la richesse absolue de la potentialité. A cet égard, il n’est pas avant la création mais avec toute création.”
Alfred North Whitehead, Process & Théologie, 1929

j’ai publié cette courte citation un peu longue pour 2 raisons :

  • D’abord parce que Jeff m’a promis un pepier sur le panentheisme,
  • Ensuite, parce que j’en ai besoin pour le prochain article concernant l’Esprit de l’Athéisme

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2 commentaires Leave a comment.

  1. D’abord parce que Jeff m’a promis un papier sur le panentheisme

    Ce sera sans doute un billet assez personnel, partant effectivement du panenthéisme mais probablement centré sur une thématique plus large par la force des choses. Je pensais faire mon accroche sur une phrase d’un texte de John Hick publié sur ce blog (Dieu a plus d’un nom), mais je vais également scruter avec attention ce texte de Whitehead.

  2. Il n’est de Diable que l’univers et de Dieu que nous et ce n’est pas drôle du tout.

    Déclaration Universelle des Devoirs de l’Etre Humain dans :

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