Sur le blogue Garrigues et sentiers,, sous la plume de René Guyon, je lis
” Mais les paroles de Jésus en diront peut-être plus sur le message de Jean :
- Jésus commence par s’adresser à la mère : femme, voici ton fils, dont la rétroversion en hébreu est à l’évidence ‘ishah hinnéh benerh, dont la valeur en guematria est 27+24+39, soit 90.
- ensuite, il s’adresse au disciple : voici ta mère ; en hébreu hinnéh ‘immêrha, dont la valeur en guematria est 24+37, soit 61.
Et il est important de remarquer que :
- la phrase à la mère, dont la valeur en guematria est 90, lui dit que le disciple est le représentant des Fils d’Israël, beney isr’ael (de même valeur : 26+64), et qu’elle est donc elle-même image d’Israël
- la phrase au disciple, dont la valeur est 61, lui dit que Marie est la Sherinah, la présence de Dieu au sein de son peuple, dans la Tente du Rendez-Vous ou dans le Temple de Jérusalem puisque mère du disciple, selon jésus.
Marie est présence de Dieu pour le disciple, elle qui déjà au moment de la visitation à sa parente Élisabeth, racontée par Luc, était une image de l’arche d’Alliance portant Dieu en son sein (Luc 1,39-45). “
Hébreu ?
Très franchement, on se demande pourquoi ce détour par l’hébreu ? Les évangiles furent écrites en grec. LLa seule mention d’une possibilité d’un original “dans la langue des hébreux” se trouve dans Eusèbe de Césarée , concerne le texte de Matthieu, donc ni Jean, ni Luc. L’affirmation est attribuée à Pappias, évêque de Hiérapolis dont quelques pages plus loin Eusèbe nous dit qu’il le prend pour un benêt. La langue des hébreux, à l’époque de la rédaction des évangiles, est l’araméen comme en témoignent les Targumim, textes des parashots suivi de traduction commentaire en araméen parce que le peuple ne parle plus l’hébreu.
Dès qu’on a fréquenté un ouvrage de vulgarisation comme “Aux origines du Christianisme“, livre de poche dirigé par le regretté Pierre Géoltrain, dans la collection “le monde de la Bible“, on sait ce genre de chose. Et si l’on veut approfondir la chose, on peut se procurer “l’Essai sur les origines juives du christianisme” de François Blanchetière au CERF.
Guematrie
La guématrie à usage “herméneutique” (enfin, si on veut) fut inventée par Raymond Llul et Pic de la Mirandole , c’est à dire entre le 14ème et le 15ème siècle. Elle fut ultérieurement reprise par le judaïsme comme technique d’éveil de la reflexion, mais chacun sait qu’il y a autant d’explication que de rabbins et il ne viendrait à l’idée d’aucun d’entre eux de faire ce sport sur la traduction d’un texte grec en hébreu. Auparavant, le décompte du total des lettres des mots servait au copiste pour vérifier qu’il n’y avait pas d’erreur de copie entre la ligne du manuscrit original et la ligne du manuscrit copié. Cela tient au fait que, jusqu’au XIIème siècle, les nombres étaient écrits avec des lettres. Les curieux pourront se reporter à l’histoire universelle des chiffres de Georges Ifrah.
On peut donc penser que les rédacteurs des évangiles n’ont rien mis dans leur texte grec qui fasse rebondir d’un mot grec d’une valeur donnée à un mot de même total.
Au passage, on remarquera la curieuse graphie “Sherinah” pour “Shekhinah” qui marque le manque d’un cours de civilisation juive.
Conclusion
Voici donc un commentaire des plus fantaisistes pour lequel Monsieur Guyon serait bien incapable de donner le moindre universitaire qui cautionne sa façon de faire. Toutefois, on peut lui reconnaître une valeur poétique analogue aux travaux de l’OULIPO, dont les membres, e.g. Roubaud ou Queneau, étaient de grands joueurs de mots.
Mais pour comprendre ce qu’il en est du contenu des évangiles… cela n’apporte rien… sauf des satisfactions à leur auteur. A ce propos, d’ailleurs, il en est tellement satisfait que ces quelques remarques de littérature, de contexte historique, bref, de l’information sur l’état de l’art, furent d’abord publiées en commentaire sur son blogue mais disparurent en quelques minutes. Il est vrai que sur ce site, la simple demande de preuve de liaison entre les Nombres (livre de l’Ancien Testament) et de l’évangile de Nicodème (apocryphe dans lequel apparait le nom de Véronique) est considéré comme un commentaire musclé. De même, avait été jugé contenant de la rancoeur quelques remarques de bon sens sur l’oecuménisme.
Reconnaître ses erreurs n’est pas donné à tout le monde.
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