Apparitions

Dans un commentaire que je n’ai pas publié, Antheus évoquait des sujets qui donnent envie de faire une FAQ.

On 14 juin 2008 at 11:55 Anthaeus Said:

Par exemple, les miracles de Lourdes, les histoires de
Dame blanche, La Vierge de Gadalupe, [...]

Lourdes

Lourdes, comme toutes les apparitions mariales du 19ème siècle, intervient dans un projet politique catholique bien déterminé : les protestants, partie prenante à la construction de la laïcité, ont forcément un regard critique sur un projet “théologico-politique”.

En fait, plusieurs projets théologico-politiques catholiques se succèdent au fil du siècle dont témoigne la succession des diverses apparitions. On trouve des éléments là dans un numéro de Problème d’histoire des religions, revue de l’ULB, sous la direction de Alain Dierkens, ; est-ce dans le numéro sur le libéralisme théologique ou du numéro sur le Syllabus ? l’un des deux, qui porte le numéro 9 et date de 1998, contient un intéressant article sur la relation entre le courant royalisme légitimiste et le site de La Salette. . Vous trouverez une bibliographie sur cette question à la page de Jacques Marx sur le site de l’ULB.

Si vous consultez le site de protestants dans la ville au 4 mai 2008, vous trouvez l’actualité de la reconnaissance récente d’un site d’apparitions où Marie approuverait la révocation de l’édit de Nantes. Après la réintroduction de la prière pour la conversion des juifs, c’est une démarche qui interroge, non ?

Guadalupe

En 1648 qu’un chanoine invente cette légende d’un jeune indien rencontrant la Vierge, sous les traits d’une jeune indienne, alors qu’il cueillait des fleurs. Il s’agit de synthétiser le culte aztèque d’une déesse tellurienne mère dont le lieu principal est un temple érigé sur une colline (un haut-lieu) au nord de Mexico. Il était très fréquenté en 1530 jusqu’à ce que les franciscains décident d’y construire une chapelle qui remplace le temple “païen”

Les indiens vécurent ce changement comme une continuité et y vinrent en pèlerinage exactement comme autrefois. La peinture de la Vierge de Guadalupe fut introduite par l’archevêque du lieu au bout de 20 ans. L’image apparaît aux indiens comme une apparition miraculeuse. Le culte se développe et attire de plus en plus les indiens et les métis. On a, depuis, trouvé des traces de retouches à la peinture avec des pigments du 16ème siècle.

Dans le contexte colonial, l’Église catholique éprouve le besoin d’enraciner ce culte dans le sol mexicain. La légende apparaît pour la première fois dans un livre publié en 1648 par un chanoine de la cathédrale de Mexico. L’importance de ce culte est telle que l’Église revivifie la légende et le pèlerinage en 2002 pour en faire une pièce de la lutte contre le prosélytisme des églises évangéliques protestantes. Elle décide même de canoniser Juan Diego en dépit du fait qu’il n’ait jamais existé. . Voyez l’article de Serge Gruzinski, Directeur de recherche au CNRS, “Un Christ Métis”, Revue : L’histoire, numéro spécial : 2000 ans de mondialisation, numéro 38, février 2008 (référence censurée sur wikipédia, on se demande bien pourquoi ?)

A l’époque du procès en canonisation de Juan Diego, comme par exemple par Guillermo Schulemburg Prado, membre de l’Académie Pontificale Mariale, et premier administrateur (pendant trente ans) de la Basilique de Guadalupe; par l’ancien nonce apostolique mexicain Girolamo Prigione; de l’archévêque polonais Edward Nowak, secrétaire de la Congrégation pour les causes des Saints (“sur l’existence de ce Saint, il y a toujours eu de sérieux doutes. Nous n’avons pas de documents probatoires, mais seulement des indices. [...] Aucune preuve prise seule ne prouve que Juan Diego ait existé“).

protestantisme

Ceci dit, je ne sais pas s’il y a lieu de se gausser des collègues catholiques. Chez nouzôtres, les protestants, nous avons une série de jeunes “prophètes” qui “entendirent l’esprit” du temps de la guerre des Camisards. Voir : Hyppolyte BLANC, “De l’inspiration des camisards. Recherches nouvelles sur les phénomènes extraordinaires observés parmi les protestants des Cévennes à la fin du XVIIe et au commencement du XVIIIe siècle, pour servir à l’intelligence de certaines manifestations modernes. Précédé d’une lettre adressée à l’auteur par le T. R. P. Ventura de Raulica. Paris, Plon, 1859.”. Remarquez la date de 1859 ! Le plus souvent, ces jeunes inspirés sont décrits, en face, comme des instigateurs du fanatisme. :-)

Je ne sais si vous percevez la différence ? On entend, on ne voit pas. Si vous comparez la différence entre nos deux cultes, vous devrez remarquer que le plus important dans le culte protestant, se situe dans l’annonce de l’évangile et la prédication, ce que les catholiques nomment “la liturgie de la parole“. Au contraire, les offices catholiques sont des offices où l’on est perdu si l’on ne voit rien, en particulier, tout ce qui tourne autour de l’Eucharistie.

L’esprit s’exprime en français (comme la prédication dominicale) au lieu de s’exprimer en dialecte ; au contraire, Mademoiselle Soubirous entend la “belle dame” s’exprimer en dialecte béarnais (comme le curé). Pour un point d’histoire voir Patrick Cabanel, La guerre des camisards centre histoire et mémoire : la perpétuelle réinvention du témoignage dans la revue “Dix-huitième siècle”.

Toutefois le “pneumatisme”trouve vite ses limites comme le montre le “renouveau charismatique

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Gerd Ludemann : des yeux qui ne voient pas

Sur le site “The Forbidden Gospels“, April DeConick, donne quelques mots de recensions sur le livre de Luedemann qui répond au Jésus de Nazareth de Benoît XVI.

Elle a discuté avec L’auteur qui lui donne deux des raisons pour écrire ce livre :
1- “the enthusiastic response it has received even among educated people reflects the fact that the very existence of biblical criticism is widely unknown.” La réponse enthousiaste qu’il [le livre] a reçu même chez des gens cultivés reflète le fait que la seimple existence de l’exégèse biblique est largement inconnue
2- “he worries that many Catholic biblical scholars might be intimidated by writing an honest evaluation of the Pope’s work” Il craint que nombre de chercheurs biblistes catholiques aient été intimidés s’ils écrivaient une critique honnête de l’ouvrage du Pape.

Une troisième est mentionnée en fin de recension :
When finished, I bet that the adult education classes would have a good idea how the historical method works in comparison with the theological.” Une fois le livre fermé, je parie que les adultes instruits se feront une bonne idée des méthodologies respectives entre la méthode historique et la méthode théologique.

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revue de presse

Religioscope met en ligne de deux articles intéressants.

Le 21 octobre 2007 auront lieu en Suisse les élections fédérales. Parmi les partis présents dans plusieurs régions du pays, une petite formation politique née en 1975, l’Union démocratique fédérale (UDF). Ce parti se réclame d’une inspiration chrétienne. Il n’est pas le seul en Suisse, et d’autres nouveaux partis chrétiens sont nés au cours des dernières décennies dans différentes régions du monde. Religioscope vous propose ici une étude de cas sur l’UDF.

L’étude se présente sous forme d’un document de 25 pages au format PDF (348 Ko). Pour accéder à la page de présentation à partir de laquelle décharger le PDF:

  • * Malaisie: vers un ordre social islamique?

Depuis plusieurs années se développe en Malaisie un débat sur la place de l’islam dans la vie publique. L’islam n’est nullement marginalisé, mais certains milieux souhaitent une islamisation plus affirmée. Ces projets suscitent des réserves de la part de certains musulmans et des importantes minorités non musulmanes. Un tour d’horizon, à partir d’enquêtes menées par un chercheur japonais et par une chercheuse française.

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Quel avenir pour le protestantisme libéral ?

Dans le dernier numéro d’été d’Evangile et Liberté, Gilles Castelnau semble atterré par la désaffection de ses contemporains vis-à-vis du protestantisme libéral : « Les sites internet religieux se multiplient, la radio grand public France Inter a le samedi matin d’excellentes émissions théologiques, les rayons librairie de nos supermarchés regorgent d’ouvrages de spiritualité – mais pas de la nôtre. C’est frustrant ! Dans leur quête spirituelle et leur réflexion éthique nos contemporains ne se tournent plus vers nous et cherchent ailleurs. »

Castelnau croit voir dans les textes liturgiques et les lectures littéralistes la cause du problème. A la suite de John Spong, il appelle à une large diffusion de la théologie du Process qui « permet une notion de Dieu plus compréhensible à nos esprits modernes que le “théisme”  traditionnel », afin de gagner de nouveaux fidèles. Mais je m’interroge : quel est le public visé ? Castelnau mentionne le bouddhisme et les spiritualités New Age comme ses principaux rivaux, mais les taux de croissance des différentes églises évangéliques sont sans commune mesure avec celui des adeptes du Chemin octuple.

Arrêtez-moi si je me trompe, mais il me semble qu’il y a autant de rapport entre la théologie d’un Tillich et celle d’un pasteur pentecôtiste de la Bible Belt qu’entre la fusée Ariane et une sarbacane. Niveau marketing, que pèse Le Dynamisme créateur de dieu face à « Comment je me suis sortie de la prostitution grâce à ma relation personnelle avec Jésus » ? J’ai vraiment de gros doutes quant à l’orientation que Castelnau ou Spong souhaitent donner au Protestantisme libéral pour redresser la barre. A moins qu’ils ne s’adressent qu’à une élite éprise de théologie moderne, souriant aux démonstrations de “parler en langues”

On peut certes rétorquer qu’on a affaire avec ces mouvements à une théologie rustique et dépassée, mais force est de constater qu’elle est bien vivace. Pascal Boyer, dans son désormais classique “Et l’homme créa les dieux“, rapporte les résultats d’une expérience intéressante, montrant que les conceptions théologiques et les croyances quotidiennes d’un groupe de personnes ne sont pas forcément cohérentes entre elles. Par exemple, ces dernières renvoient en général spontanément une image très « personnelle » de dieu, même si la personne interrogée propose par ailleurs une théologie impersonnelle de la divinité.

Il est encore plus intéressant d’écouter le témoignage de l’auteur Richard Skinner :

« Le dieu de paille que Dawkins décrit puis démolit est malheureusement souvent proche de la notion du dieu dont nous, Chrétiens, donnons trop fréquemment l’impression de parler, de prier et d’adorer. Ce que Dawkins détruit dans son livre [The God Delusion] peut très bien n’être qu’une représentation inadéquate de dieu, mais c’est une représentation, une idole, que nous Chrétiens avons également trop souvent épousée comme la réalité. »

On peut être panenthéiste convaincu, tout en continuant à parler au « petit Jésus » au quotidien.

C’est sur ce second aspect, essentiellement émotionnel, de la « croyance » que jouent à fond les Evangéliques, avec un succès évident. C’est également cet aspect qui semble malheureusement faire défaut à l’approche de Gilles Castelnau, beaucoup trop intellectuelle à mon avis pour séduire tout un chacun.

>Ces quelques considérations ne constituent que l’avis superficiel d’un “outsider”, qui ne demande qu’à être détrompé.

Jeff

Voir aussi

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la procession du Saint-Esprit change de sens et peut-être même de direction.

Une omission qui est peut être tout autant un acte politique que théologique, n’a été relevée par personne ou presque en ces temps de discussion autour de “Dominus Jesus”, une déclaration bien politique car sur le plan théologique, elle n’apporte rien qu’on ne connaisse déjà de la ligne la plus traditionnelle de l’ECAR [1].

C’est que le pape, lors d’une cérémonie officielle, aux JMJ de Rome, avait prononcé le symbole des apôtres sans le “filioque“. Quelques autres ont relevé l’absence de ce “filioque” dans le texte dudit symbole, le jour de sa publication et les quelques jours qui suivirent, texte qui ouvre la déclaration “Dominus Jesus“. D’autre part, on note le grand silence des églises orthodoxes, qui sont reconnues comme des églises (au contraire des tribus inorganisées et quasi sauvages, du protestantisme). Seul Olivier Clément s’est écrié “Blasphème !”. .

Plus avant dans le texte, non seulement on reconnaît que les églises orthodoxes sont des églises (en cela qu’elles sont hiérarchiques, intermédiaires obligé de salut et qu’elles refusent le sacerdoce aux femmes) mais on souligne dans quelle plénitude de communion doctrinale l’ECAR se trouve avec elles à ce pénible détail près qu’elles ne consentent pas encore à considérer le 5ème patriarcat, celui de Rome comme le patron.

L’interprétation que je suggère est la suivante : “Dominus Jesus” est une OPA amicale envers les églises orthodoxes. En échange de la reconnaissance du pape comme Executive-chairman , les filiales reçoivent la reconnaissance que le filioque, qui fit couler plus de sang que d’encre, n’était pas exactement nécessaire. Dommage pour ceux qui perdirent la vie dans ces combats !

Autre nouveau visage de l’oecuménisme qui passe inaperçu : chacun sait que “les trente ans d’oecuménisme” dont parlent nos “frères romains”., ne sont que l’exploitation d’un brevet déposé, si je ne me trompe, par un pasteur luthérien, Nathan Söderblom, (1866-1931) auxquels ont travaillé, ensuite diverses équipes dont celles de Wilfred Monod, dans les années 1921. Ce procédé est encore en recherche et développement dans une start-up, installée en suisse, depuis 1948 : le C.OE.E [2]., dans lequel l’E-CAR n’a jamais voulu investir sérieusement. Il est vrai que les églises protestantes, fondatrices de l’affaire, comme les églises orthodoxes qui les ont rejointes en 1961, n’imaginent pas le produit fini exactement sous la même forme. Pour les catholiques, c’est “tous réunis sous la houlette du pape et des évêques”.. Je vous passe la liste des textes de l’église romaine qui en attestent. Pour le C.OE.E, les statuts précisent clairement qu’il ne s’agit pas d’organiser des fusions- acquisitions ni de devenir une “super-église”.. Il s’agit de se rapprocher afin de se mieux connaître les uns les autres et d’organiser .”le respect mutuel”.

Toutefois, depuis les premières années du C.OE.E, les crises furent nombreuses, dont l’une autour d’un débat christologique : le chrétien se définit-il comme celui qui “croit à” divers dogmes comme la divinité de Jésus ou la Trinité ou bien est-ce celui qui marche à la suite de Jésus, qu’on nomme souvent le Christ, tel que le révèle le Nouveau Testament, celui qui s’efforce de fonder sa vie sur le Sermon sur la montagne, celui qui tâche d’aimer son prochain comme soi-même, voir même son ennemi ? Dans de nombreux cas, les églises orthodoxes ont posé des ultimatums : . “Cédez à notre point de vue, ou nous quittons le C.OE.E”.. Le dernier en date fut celui concernant les pasteurines désignées pour présider des célébrations lors du Congrès Mondial au Zimbabwe. Impossible aux églises orthodoxes d’accepter des femmes ministres. On fut près de l’éclatement.

Cependant, les églises issues de la Réforme dans un cas comme dans l’autre, refusèrent d’exclure qui leur minorité unitarienne, qui leurs femmes ministres. Et pourtant, n’aurait-on pas eu l’air fin à discuter d’oecuménisme entre églises issues de la Réforme ?

Or, le message de l’ECAR aux églises orthodoxes, dans “Dominus Jesus”, est clair : “Allez-vous encore supporter longtemps de vous faire enquiquiner par des petites troupes inorganisées de ‘communautés ecclésiales’ qui ne sont même pas des églises alors qu’un avenir plus glorieux vous attend ?“.

Je n’ai vu aucun journaliste d’information religieuse relier ces quelques faits ensemble. Je le regrette et j’espère que ce n’est pas le projet sous-jacent à ce texte. Le dynamitage du C.OE.E offrirait, en effet, un “nouveau visage à l’oecuménisme“. Je n’ai pas encore consulté la réaction du C.OE.E. sur son web mais la disparition du dialogue inter-religieux au profit d’un oecuménisme de la part de marché (voir le passage sur l’effort d’évangélisation envers les grandes traditions religieuses) serait regrettable.

Mulot, Le Pharisien Libéré (Reprint de “Parvis 21″ 22.09.00)

notes et références

(N.d.l.r. La procession du Saint-Esprit = “le “filioque” = le Saint-Esprit “procède du Père et du Fils”, cette portion de phrase soulignée ayant été introduite dans le Credo vers l’an 800 par… Charlemagne)

  • [1]. Église Catholique apostolique et Romaine
  • [2] Conseil Œcuménique des Eglises

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