C’était dans le courrier des lecteurs de Réforme, autant dire dans un entrefilet qui pourrait passer inaperçu. Voici que le merveilleux théologien dominicain Claude Geffré , vient d’être condamné pour l’ensemble de son oeuvre !
Son travail porte essentiellement sur Christianisme et Culture et sur l’oecuménisme, une version respectueuse de la pensée des autres christianismes, qui n’est certes pas la dominante de l’ECAR, ces dernières années. Il serait urgent de considérer cette condamnation comme une forme de prix Nobel selon l’adage enseigné par un ami jésuite et catalan: “théologien condamné par Rome = excellent théologien, livre condamné par Rome = excellente théologie“.
Le fait est que l’ECAR n’a su développer ces 50 dernières années une grande théologie pour notre temps . Chaque fois que l’un des siens s’est risqué dans ce genre d’aventure, il s’est trouvé inquiété, empêché de publier, condamné, comme le raconte Yves Congar o.p. dans son journal d’un théologien.
Parmi les plus marquant, souvenons nous, dans la métaphysique de Pierre Teilhard de Chardin s.j., dans le christianisme social de Léonardo Boff, dans la perspective universaliste de Hans Küng, Pierre de Locht et de Jacques Dupuis s.j. (2000), dans le croisement de la théologie, de la sociologie et de la psychanalyse d’Eugen Drewermann, dans la reflexion sur les thèmes tournant autour de politique et religion de Paul Collins, dans la vulgarisation exégétique de Marie-Emile Boismard et Juan José Tamayo Acosta. Le fait est qu’il n’y a rien que des grands, dont l’impact de l’oeuvre dépasse le pré carré du catholicisme pour interpeller non seulement les autres chrétiens mais aussi toute sorte d’humanistes, comme Régis Debray. Tous ont eu le tort de connaître des succès de librairie. Tamayo-Acosta était assez lucide pour déclarer que son éditeur devait se préparer à une envolée des ventes.
Si Geffré est privé de ses enseignements, s’il en assumait encore, cela honorerait la République de poursuivre la tradition qui lui fit offrir une chaire comme il le fit pour Jean Bottero en son temps.
Dans “Sans le latin“, j’évoquais le climat anté-diluvien que restaurait le Vatican avec sa déclaration sur la vraie manière de comprendre Dominus Jesus. Je rappelais quelques textes “fondateurs” en soulignant que le latin n’était qu’un épiphénomène destiné à amuser la presse. A l’heure actuelle ce climat se précise. On est donc en droit de s’inquiéter pour le sort de Messieurs Thimothy Radcliffe o.p. qui privilégie l’homme à la synecdoque de l’identité sexuelle, et Etienne Nodet o.p. exégète qui sait mettre la recherche biblique à la portée de tous.
Mécréants de tous poils, à vos plumes ! Le Pharisien Libéré accueillera toute recension de l’un ou l’autre des livres de Claude Geffré o.p. et les publiera. Le délai ne dépendra que des caprices d’un OS LINUX live qu’il tâche d’installer à demeure sur sa machine.
Voir aussi
- Culture et Foi qui fait remarquer que le processus s’est déclenché en deux temps : d’abord une petite humiliation, l’interdiction d’aller recevoir un doctorat honoris causa à Kinshasa, après l’intervention de la congrégation pour l’Éducation catholique dirigée par un cardinal polonais. Possible qu’on lui reproche sa réflexion sur l’universalité du christianisme, le passage par dessus le supérieur majeur de l’ordre qui, en droit canonique, est le seul à pouvoir juger de ses frêres. Serait-ce l’indication d’une reprise en main de l’un des 2 ordres les plus intellectuels du monachisme catholique ?
- Golias donne le point au 8 juin 2007
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