Fréquentes et astucieuses questions

Antheus, à propos d’une boutade sur le miracle en politique, revient sur ce que “croient” les uns et les autres, ici “les protestants libéraux”. Cela m’a donné l’idée de faire une FAQ.

Miracles

On 14 juin 2008 at 11:55 Anthaeus Said:
Je n’ai pas une grande culture, mais pour avoir lu quelques témoignages je sais que les protestants libéraux dont vous faites parties ne croient pas aux miracles. (Lourdes, Suaire de Turin, etc…)

Les protestants européens, d’une façon générale, ne se déterminent pas sur le “croire” (compris comme une obligation) mais sur le “libre examen“. Ils examinent donc avant d’adhérer.. Vous avez donc tout l’évantail d’adhésion avec plus ou moins de “mais”. Pour les libéraux, le volume de “mais” est plus important que chez les autres. Pourquoi n’y aurait-il qu’une recette pour accommoder la blanquette ? Ce serait triste !

Voir :

Quel avenir pour le protestantisme libéral ?

Dans le dernier numéro d’été d’Evangile et Liberté, Gilles Castelnau semble atterré par la désaffection de ses contemporains vis-à-vis du protestantisme libéral : « Les sites internet religieux se multiplient, la radio grand public France Inter a le samedi matin d’excellentes émissions théologiques, les rayons librairie de nos supermarchés regorgent d’ouvrages de spiritualité - mais pas de la nôtre. C’est frustrant ! Dans leur quête spirituelle et leur réflexion éthique nos contemporains ne se tournent plus vers nous et cherchent ailleurs. »

Castelnau croit voir dans les textes liturgiques et les lectures littéralistes la cause du problème. A la suite de John Spong, il appelle à une large diffusion de la théologie du Process qui « permet une notion de Dieu plus compréhensible à nos esprits modernes que le “théisme”  traditionnel », afin de gagner de nouveaux fidèles. Mais je m’interroge : quel est le public visé ? Castelnau mentionne le bouddhisme et les spiritualités New Age comme ses principaux rivaux, mais les taux de croissance des différentes églises évangéliques sont sans commune mesure avec celui des adeptes du Chemin octuple.

Arrêtez-moi si je me trompe, mais il me semble qu’il y a autant de rapport entre la théologie d’un Tillich et celle d’un pasteur pentecôtiste de la Bible Belt qu’entre la fusée Ariane et une sarbacane. Niveau marketing, que pèse Le Dynamisme créateur de dieu face à « Comment je me suis sortie de la prostitution grâce à ma relation personnelle avec Jésus » ? J’ai vraiment de gros doutes quant à l’orientation que Castelnau ou Spong souhaitent donner au Protestantisme libéral pour redresser la barre. A moins qu’ils ne s’adressent qu’à une élite éprise de théologie moderne, souriant aux démonstrations de “parler en langues”

On peut certes rétorquer qu’on a affaire avec ces mouvements à une théologie rustique et dépassée, mais force est de constater qu’elle est bien vivace. Pascal Boyer, dans son désormais classique “Et l’homme créa les dieux“, rapporte les résultats d’une expérience intéressante, montrant que les conceptions théologiques et les croyances quotidiennes d’un groupe de personnes ne sont pas forcément cohérentes entre elles. Par exemple, ces dernières renvoient en général spontanément une image très « personnelle » de dieu, même si la personne interrogée propose par ailleurs une théologie impersonnelle de la divinité.

Il est encore plus intéressant d’écouter le témoignage de l’auteur Richard Skinner :

« Le dieu de paille que Dawkins décrit puis démolit est malheureusement souvent proche de la notion du dieu dont nous, Chrétiens, donnons trop fréquemment l’impression de parler, de prier et d’adorer. Ce que Dawkins détruit dans son livre [The God Delusion] peut très bien n’être qu’une représentation inadéquate de dieu, mais c’est une représentation, une idole, que nous Chrétiens avons également trop souvent épousée comme la réalité. »

On peut être panenthéiste convaincu, tout en continuant à parler au « petit Jésus » au quotidien.

C’est sur ce second aspect, essentiellement émotionnel, de la « croyance » que jouent à fond les Evangéliques, avec un succès évident. C’est également cet aspect qui semble malheureusement faire défaut à l’approche de Gilles Castelnau, beaucoup trop intellectuelle à mon avis pour séduire tout un chacun.

>Ces quelques considérations ne constituent que l’avis superficiel d’un “outsider”, qui ne demande qu’à être détrompé.

Jeff

Voir aussi

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André Comte-Sponville

Je vois nombre d’amateurs se précipiter sur le premier article recensant

Mais ce bouquin est si intéressant qu’il en a suscité d’autres :

Dès les prochains, je dirai en quoi ce bouquin me semble non seulement spirituel mais intéressant et à mettre entre toutes les mains toutes affaires cessantes. La première raison serait le nombre de bouquins qu’il m’a incité à rouvrir pour vérifier la pertinence des echos qu’il faisait retentir.

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Peter L. Berger, l’impératif hérétique

En même temps que je termine  d’écrire les billets promis (à Jeff mais surtout à moi-même) sur l’Esprit de l’Athéisme, d’André Comte-Sponville, je n’ai pu m’empêcher d’ouvrir déjà L’impératif hérétique : Les possibilités actuelles du discours religieux. Paru en 1979 en anglais, il est traduit en français seulement depuis l’année dernière. Je me demande si ce n’est pas l’un des bouquins les plus excitants que j’ai lus cette année ?

Les plus pressés peuvent jeter un oeil sur la présentation par l’éditeur ou sur une recension parue en son temps dans Theology Today, mais c’est en anglais.

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Une insulte à l’intelligence

C’était dans le courrier des lecteurs de Réforme, autant dire dans un entrefilet qui pourrait passer inaperçu. Voici que le merveilleux théologien dominicain Claude Geffré , vient d’être condamné pour l’ensemble de son oeuvre !

Son travail porte essentiellement sur Christianisme et Culture et sur l’oecuménisme, une version respectueuse de la pensée des autres christianismes, qui n’est certes pas la dominante de l’ECAR, ces dernières années. Il serait urgent de considérer cette condamnation comme une forme de prix Nobel selon l’adage enseigné par un ami jésuite et catalan: “théologien condamné par Rome = excellent théologien, livre condamné par Rome = excellente théologie“.

Le fait est que l’ECAR n’a su développer ces 50 dernières années une grande théologie pour notre temps . Chaque fois que l’un des siens s’est risqué dans ce genre d’aventure, il s’est trouvé inquiété, empêché de publier, condamné, comme le raconte Yves Congar o.p. dans son journal d’un théologien.

Parmi les plus marquant, souvenons nous, dans la métaphysique de Pierre Teilhard de Chardin s.j., dans le christianisme social de Léonardo Boff, dans la perspective universaliste de Hans Küng, Pierre de Locht et de Jacques Dupuis s.j. (2000), dans le croisement de la théologie, de la sociologie et de la psychanalyse d’Eugen Drewermann, dans la reflexion sur les thèmes tournant autour de politique et religion de Paul Collins, dans la vulgarisation exégétique de Marie-Emile Boismard et Juan José Tamayo Acosta. Le fait est qu’il n’y a rien que des grands, dont l’impact de l’oeuvre dépasse le pré carré du catholicisme pour interpeller non seulement les autres chrétiens mais aussi toute sorte d’humanistes, comme Régis Debray. Tous ont eu le tort de connaître des succès de librairie. Tamayo-Acosta était assez lucide pour déclarer que son éditeur devait se préparer à une envolée des ventes.

Si Geffré est privé de ses enseignements, s’il en assumait encore, cela honorerait la République de poursuivre la tradition qui lui fit offrir une chaire comme il le fit pour Jean Bottero en son temps.

Dans “Sans le latin“, j’évoquais le climat anté-diluvien que restaurait le Vatican avec sa déclaration sur la vraie manière de comprendre Dominus Jesus. Je rappelais quelques textes “fondateurs” en soulignant que le latin n’était qu’un épiphénomène destiné à amuser la presse. A l’heure actuelle ce climat se précise. On est donc en droit de s’inquiéter pour le sort de Messieurs Thimothy Radcliffe o.p. qui privilégie l’homme à la synecdoque de l’identité sexuelle, et Etienne Nodet o.p. exégète qui sait mettre la recherche biblique à la portée de tous.

Mécréants de tous poils, à vos plumes ! Le Pharisien Libéré accueillera toute recension de l’un ou l’autre des livres de Claude Geffré o.p. et les publiera. Le délai ne dépendra que des caprices d’un OS LINUX live qu’il tâche d’installer à demeure sur sa machine.

Voir aussi

  • Culture et Foi qui fait remarquer que le processus s’est déclenché en deux temps : d’abord une petite humiliation, l’interdiction d’aller recevoir un doctorat honoris causa à Kinshasa, après l’intervention de la congrégation pour l’Éducation catholique dirigée par un cardinal polonais. Possible qu’on lui reproche sa réflexion sur l’universalité du christianisme, le passage par dessus le supérieur majeur de l’ordre qui, en droit canonique, est le seul à pouvoir juger de ses frêres. Serait-ce l’indication d’une reprise en main de l’un des 2 ordres les plus intellectuels du monachisme catholique ?
  • Golias donne le point au 8 juin 2007

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