Quelques discours intelligents sur l’Islam

L’Université de tous les savoirs a organisé 13 conférences, l’automne passée, sur l’Islam Aujourd’hui.

  • L’adresse des 13 conférences sur le site du CERIMES (centre de ressources et d’information sur les multimédia pour l’enseignement supérieur)
  • Voir les 13 conférences sur le site de Canal U (Canal Université)

indexation

Identificateurs Technorati : , ,

Powered by ScribeFire.

Publié dans: on 22 février 2008 at 4:12 Commentaires (23)

Peter L. Berger, l’impératif hérétique

En même temps que je termine  d’écrire les billets promis (à Jeff mais surtout à moi-même) sur l’Esprit de l’Athéisme, d’André Comte-Sponville, je n’ai pu m’empêcher d’ouvrir déjà L’impératif hérétique : Les possibilités actuelles du discours religieux. Paru en 1979 en anglais, il est traduit en français seulement depuis l’année dernière. Je me demande si ce n’est pas l’un des bouquins les plus excitants que j’ai lus cette année ?

Les plus pressés peuvent jeter un oeil sur la présentation par l’éditeur ou sur une recension parue en son temps dans Theology Today, mais c’est en anglais.

indexation

Identificateurs Technorati : , , , , , , , ,

Powered by ScribeFire.

qu’estce que Dieu ?

John Hick, God Has Many Names, Birmingham University Press, 1988, pp. 102, traduction Mulot

Au premier cercle, nous rencontrons un problème de terminologie auquel aucune solution satisfaisante ne peut être proposée. Comment devons-nous nommer cette réalité transcendante à laquelle nous supposons que la religion constitue la réponse humaine ? On peut pencher initialement pour le rejet de « Dieu », parce que trop théiste - si l’on retient que l’éventail des religions inclut les plus grandes traditions non-théistes comme les théistes - et considérer des alternatives telles que « Le Transcendant », « Le Divin », « Le Dharma », « l’Absolu », « Le Tao », « L’Etre en soi-même », « Brahman », « L’ultime réalité divine ». Le fait est que nous ne disposons pas d’un terme parfaitement libre vis à vis d’une quelconque tradition ou susceptible de les transcender. C’est pourquoi on en vient à utiliser le terme fourni par l’une de ces traditions, toutefois l’utilisant (ou ayant conscience de mal l’utiliser) d’une façon qui force ses frontières. Comme chrétien, je serais assez d’accord pour utiliser « Dieu » mais je ne l’utiliserais pas dans son sens absolument théiste. C’est donc un danger pour l’auteur comme pour le lecteur de passer sans l’avoir remarqué et de régresser au sens strict et standard de ce terme ; tous deux doivent demeurer vigilants contre cela. Je parlerai donc de Dieu dans ce qui suit, avec cette restriction importante que c’est une question ouverte de savoir à ce moment du propos, si Dieu est personnel. Nous serons conduits, je le présume, à distinguer Dieu de « Dieu comme il est conçu et perçu par les hommes ». Dieu n’est ni une personne ni un objet mais la réalité transcendante telle qu’elle est conçue et expérimentée par diverses mentalités humaines, notamment soit de façon personnelle, soit de façon non-personnelle.

La conception générale de cette distinction, d’une part, la Déité dans toute sa profondeur infinie, au delà de la conscience et de l’expérience humaine et d’autre part, la Déité comme une expérience finie dans l’expérience humaine, est ancienne et très répandue. Peut-être la forme la plus explicite de cette distinction est celle entre Nirguna Brahman, Brahman sans attributs, au delà du champ de langage humain et Saguna Brahman, avec des attributs, connus dans l’expérience religieuse humaine comme Ishvara, le créateur personnel et prince de l’univers. Chez le mystique occidental Maître Eckhart (Meister Eckhart) est distinguée la Déité (Deitas) et Dieu (Deus) ; et Rudolf Otto, dans son étude « Eckhart et Shankara » dit : « Ici même se rencontre la plus extraordinaire analogie entre Eckhart et Shankara : loin au dessus de Dieu et du Seigneur personnel se trouve la Déité, entretenant une relation identique à celle que tient Brahman envers Ishvara ». Les Écritures Taoïstes, Tao Te Ching, commencent par affirmer que « Le Tao qu’on peut exprimer n’est pas le Tao éternel ». Les mystiques de la Kabbale juive distinguent entre En Soph, l’absolue divine réalité, au delà de toute description humaine et le Dieu de la Bible ; chez les Soufis, Al Hacq, le Réel semble être un concept similaire, comme l’abyssale Déité soutenant la personnalité d’Allah. Plus récemment, Paul Tillich a parlé du « Dieu au delà du Dieu du théisme » et dit que “Dieu est le symbole de Dieu ». Whitehead et les théologiens du Process qui l’ont suivi distinguent entre la nature primordiale et la nature conséquente de Dieu, la première étant la nature de Dieu soi-même, l’autre étant constituée de son inclusion dans le monde et la réponse du monde.

Publié dans: on 14 juillet 2007 at 10:40 Commentaires (4)

DIEU N’EST PAS…

Dans la suite de son exposé, celui où ACS traite du “problème du Mal” parmi les sujets qui l’empêchent de croire, j’ai (Anne Buridan) retrouvé les accents d’un théologien protestant du tournant du 19è/20ème siècle, Wilfred Monod.  Je m’attendais à une lecture de Spinoza. Mais bon, ce sera pour une autre fois, je pense ? S’il en a bien la problématique, il n’en a pas les élaborations non plus que les méditations qui n’ont rien à voir avec les théodicées (gr: justification de Dieu) au sens philosophique du terme mais peuvent se ranger sous ce vocable comme genre littéraire.

couverture du livre de HartshorneToutefois, avant de mettre les propos de Wilfred Monod en face des propos de André Comte-Sponville, je voudrais signaler que celui-ci fonctionne sur les concepts d’un dieu tout puissant et omniscient issu du thomisme que Charles Hartshorne critique férocement dans “Omnipotence and other theological mistakes” (ISBN-10: 0873957717 ) que je me ferai un plaisir de présenter dès que j’aurais fini :

  • *de faire le ménage dans les quelques flemmardises repérées chez AAndré Comte-Sponville,
  • *de dire ce que j’aime dans le bouquin de Comte Sponville.

(more…)

La nature de Dieu (citation du jour)

La notion de Dieu comme “moteur non mû” provient d’Aristote, du moins en ce qui concerne la pensée occidentale. La notion de Dieu comme “éminemment réel” est la thèse favorite de la théologie chrétienne.La combinaison des deux en la thèse d’un Créateur transcendant, éminemment réel et originaire, dont le fiat lux a fait venir à l’existence un monde qui ne peut qu’obéir à sa volonté, constitue l’erreur qui a fait pénétrer le tragique dans l’histoire du Christianisme.Quand le monde occidental accepte le Christianisme, il s’impose par la conquête et le texte reçu de la théologie occidentale est édité par ses juristes. Le code et la théologie de Justinien sont deux oeuvres exprimant le même mouvement de l’esprit humain. La brêve lueur d’humilité, venue de Galilée, vacille incertaine tout au long des siècles. Dans la forme officielle de la religion, elle se réduit à l’insignifiante accusation adressée aux juifs d’avoir chéri une conception erronée de leur Messie. Mais l’idolâtrie plus profond, celle qui consistait à se faire un Dieu à limage des dirigeants impériaux égyptiens, perses et romains, demeure. L’Eglise donne à Dieu les attributs qui appartiennent exclusivement à César.

(more…)