Eliette Abecassis, Qumran


Une émule d’Alexandre Dumas

Heureusement que le mot “Roman” figure sur la couverture de ce polar théologique ! Faute de quoi, on aurait l’impression que les groupes de chercheurs bibliques règlent leurs conflits à coup d’assassinats rituels comme en témoigne la thématique du sacrifice humain (de préférence crucifixion ou égorgement) qui traverse tout ce récit d’une quête initiatique.

Mutatis mutandis, le Graal est un huitième rouleau de Qumran caché/perdu qui contiendrait la révélation des révélations (de nature “à ébranler le christianisme”) et où le pur, fils de pur (mais moins pur, tout de même) tel Lancelot et son fils, est un hassid quittant sa secte (voisine du mouvement Macchiach Archav) pour en intégrer une autre, assez fantasmatique celle-là, survivance ascétique et souterraine des Esseniens. Au cours de son voyage, le héros rencontre une reine Guenièvre dont il tombe amoureux d’un amour impossible au début : du fait de l’interdiction des mariages “mixtes” par le judaïsme orthodoxe, à la fin : par le choix de l’ascétisme du nouveau converti. Son retour vers Ithaque, je veux dire vers Israël, est ponctué de rencontres presque à clef qui donnent lieu à des exposés inspirés des diverses tendances de l’archéologie biblique issues de plus de 50 ans de recherche autour des manuscrits de Qumran.

L’auteure mêle quelques véritables noms de chercheurs ayant participé à la reconstitution et à la transcription des manuscrits et en invente d’autres, à partir de la personnalité des membres des diverses équipes qui se succédèrent autour du chantier de fouilles comme de la reconstitution des fragments. On peut faire à l’auteur le procès qu’on fit à Corneille du “vrai” et du “vraisemblable” même si, sur le plan littéraire, on est loin de Corneille comme on est loin de la légende arthurienne évoquée au début.

Au départ du roman, le grand Satan est la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (l’un des dicastères de l’organisation vaticane qui existe réellement) soupçonnée de vouloir retarder publications et commentaires dans le but de préserver “la plénitude de la vérité” contenue dans ses enseignements. Manifestement, l’auteure ne sait pas que l’archéologie biblique, comme l’étude historico-critique de la Bible, est une initiative des protestants, non plus que ces travaux sont devenus largement laïcs

A la fin du roman, on découvre qu’il en est tout autrement et que les grands affreux ne sont pas ceux qu’on pense et sur eux on laissera planer le suspense.

Pour la partie policière, le cœur du récit se situe entre les pages XXX et. XXX Suivant notre Ulysse en son Odyssée, nous pénétrons dans les mondes variés, voire avariés du religieux. L’auteure n’est pas tendre pour les pratiques quasi sectaires de certains groupes de ses coreligionnaires entrevus à New York ou à Jérusalem, pas plus tendre qu’avec les divers groupes, chercheurs ou politiques, représentant le christianisme. Hélas pour cette rubrique, on n’échappe pas tout à fait aux stéréotypes d’un christianisme monolithique et catholique tendance dure. Les protagonistes protestants (Janes Rogers, la Guenièvre interdite) et orthodoxe (Osée) sont respectivement l’alliée objective ou manipulée de l’ECAR ou le maître trafiquant.

En ce qui concerne les différents échantillons de théologie chrétienne issus de Qumran, évoqués de façon un peu désordonnée, on gagnera à faire suivre la lecture du roman des ouvrages de Claude Geffré o.p. ou de Marie-Emile Boismard o.p., tous deux anciens de l’école Biblique de Jérusalem et pour tirer un trait définitif sur l’affirmation que “Pour le chrétien, le dogme lui suffit”, on ne perdra pas son temps à jeter un œil sur les travaux de Daniel Marguerat ou Christian Grappe.

Pour s’approcher de la véritable histoire des manuscrits, je recommande de garder sous le coude les deux ouvrages sur la question de Hershel Shanks (Seuil, 1996 et DDB 1999). Au passage, on y reconnaîtra les personnalités qui ont inspiré l’auteure dans la conception de ses personnages. Malgré la recommandation que peut constituer le fait d’être la fille de l’estimé professeur Armand Abécassis, philosophe et rabbin, ne pas se laisser aller à croire un instant qu’il s’agit d’un roman de vulgarisation théologique. A lire comme un thriller “du religieux enquêteur”, moins dynamique cependant que le frère Cadfaël d’Ellis Peter, moins décoiffant que le Rabbin Small de Kemmelman.

powered by performancing firefox

The URI to TrackBack this entry is: https://pharisienlibere.wordpress.com/2000/10/03/eliette-abecassis-qumran/trackback/

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :