Homosexualité et Ancien Testament


Conférence de Thomas Römer, D’après les notes de Stéphane Lavignotte

Thomas Römer est doyen de la faculté de Théologie de Lausanne (Suisse) et spécialiste de l’ancien testament.

Stéphane Lavignotte est journaliste à Réforme

Pourquoi certaines lois auraient un statut différent d’autres ?

Toutes les questions « Gays et la Bible » sont toujours des thèmes piégés. Cela donne l’impression que la Bible est une sorte de livre de référence : on n’a qu’à regarder ce qui se trouve dans la Bible et on a la réponse à nos questions. En effet, c’est vrai que certains fondamentalistes auront peut-être cette tendance, particulièrement en ce qui concerne l’homosexualité, d’utiliser la Bible dans un tel sens. Evidemment, le problème de cette démarche, c’est que ces fondamentalistes considèrent donc qui la loi de Lev 18 est tout à fait applicable aujourd’hui, c’est à dire 2500 ans après l’écriture de cette loi. Donc ils devraient théoriquement aussi appliquer tout le reste de cette loi. Une femme qui a ses règles doit partir de la ville pendant une semaine, on devrait rétablir l’esclavage, etc.

D’un autre côté, il y a aussi des théologiens gays et lesbiens ou sympathisants qui s’efforcent de démontrer qu’aucun texte de la Bible n’est opposé à l’homosexualité. Il faudrait par exemple comprendre Lev 18 autrement. Là aussi, c’est une attitude un peu apologétique. Et une attitude a-historique. On prend la Bible comme si elle était disponible immédiatement pour toutes les questions que nous avons au début du 3e millénaire. On oublie que l’Ancien Testament a été écrit il y a 2500 ans. Ce qui me semble important, c’est que dans ce débat, nous devons prendre au sérieux le fait que la Bible n’a pas été écrite pour nous directement. Nous ne sommes pas les premiers destinataires de ce texte. L’AT a été écrit à un moment où on ne connaissait rien des droits des femmes. L’esclavage n’était pas mis en question, il n’y a avait pas de démocratie etc… C’est donc une société fort différente de la nôtre. Si on oublie cela, si on pense que les textes bibliques sont transposables immédiatement dans notre situation, on fait à mon avis une très grosse erreur. La Bible est un livre qui doit être interprétée.

Une autre remarque préliminaire. Le thème même « Bible et homosexualité » ne va pas de soi. Il n’y a aucun mot dans la Bible que nous pouvons traduire par homosexualité. C’est un mot inventé au 19e siécle. L’opposition entre hétéro- et homosexualité est une invention de la modernité, liée à la psychanalyse mais pas uniquement. L’orientation sexuelle est aujourd’hui déterminante. Mais les frontières sont fluctuantes et l’opposition n’est pas forcement évidente. Si je parle d’homosexualité, ce sont donc des raccourcis et un terme pas tellement adéquat. Le vocabulaire manque, on n’a jamais réfléchi dans la diversité.

Quelques éléments sur le Proche-Orient Ancien

Pour commencer le parcours biblique, il me semble utile de donner quelques éléments sur le Proche-Orient ancien. L’Ancien Testament est à étudier dans le contexte du Proche-Orient ancien, de la Mésopotamienne et de l’Egypte. Des auteurs bibliques ont connu ces différentes cultures et s’en sont inspirés à la fois pour les textes législatifs et pour les narrations.

Mésopotamie

L’homosexualité était connue, bien sûr, à la fois en Mésopotamie et en Égypte. On trouve des attestations dans l’art. En Mésopotamie, nous avons surtout des textes législatifs qui font apparaître une interdiction de l’homosexualité dans le cadre de l’adultère. Cela date du 12e siècle avant notre ère, mais étaient toujours utilisé au 7e siècle, donc les auteurs bibliques ont pu les connaître. De plus, dans ce texte on stipule : si quelqu’un prétend que la femme de son voisin couche avec tout le monde, sans pouvoir le prouver, il reçoit 40 coups, et doit être gratuitement au service du roi pendant un mois et doit payer une somme, et on lui coupe son ne sait pas trop quoi. On pense que c’étaient les cheveux. C’est la même chose pour quelqu’un qui accuse son voisin de coucher avec tout le monde. Et si un homme a couché avec son prochain et qu’on a porté contre lui des charges et des preuves, on couchera avec lui et on en fera un eunuque. Cela veut dire que ce qui est visé c’est le cas du viol homosexuel, puisque l’idée du châtiment est l’idée en fait de « Oeil pour oeil, dent pour dent » : Il a couché avec quelqu’un, il a donc violé quelqu’un, il sera donc violé à son tour. Ce n’est pas une condamnation générale de l’acte homosexuel.

Assyrie

Au contraire, nous avons dans d’autres textes assyriens astrologiques l’idée que certaines constellations sont favorables à certains types d’amour. Pour l’amour d’un homme envers une femme, le meilleur signe, c’est la balance. Pour l’amour d’une femme envers un homme, poisson, pour l’amour d’un homme envers un homme, scorpion. Il n’y a d’ailleurs pas l’amour d’une femme pour une femme. Cela veut-il dire qu’on n’a pas pu considérer que cela existe ? Dans les livres et le débat général sur l’homosexualité, il s’agit en fait très souvent de l’homosexualité masculine. Même dans les textes législatifs du proche orient ancien, il n’y a pratiquement jamais d’allusion à l’homosexualité féminine. C’est évidemment lié aussi au statut de la femme dans l’antiquité.

Dans un manuel d’interprétation de rêves, vous trouvez le présage : si un homme couche avec un autre homme qui est son égal, c’est à dire qui a le même statut social, il deviendra un grand parmi ses frères. Si un homme couche avec un prostitué, il sera libéré d’un lourd destin. Si un homme couche avec un esclave de sa maison, un lourd destin tombera sur lui. On peut donc coucher avec son égal, mais pas avec quelqu’un de statut inférieur. Ce sont des textes assyriens du 9e siècle, qui ne portent aucun jugement particulier sur cette question. Mais il ne faut pas non plus imaginer qu’il y a avait une acceptation très large de l’homosexualité, on n’en sait rien. Ce qui est probablement le cas, quand on regarde les textes, c’est que l’acte de pénétration est toléré. C’est à dire l’homme qui joue une part active est considéré comme faisant partie de la norme. Celui qui joue la part passive est considéré comme étant hors de son rôle. L’identité n’est pas une identité sexuelle, mais une identité de rôle : l’homme doit être actif, la femme passive et tout ce qui est confusion de rôle peut poser problème. C’est aussi pour cela que chez les Perses, par exemple, l’acte de viol homosexuel est un signe d’humiliation par rapport au prisonnier.

Gilgamesh

Il y a aussi un poème très important en Mésopotamie, c’est l’épopée de Gilgamesh. Ce poéme avait apparemment un rôle très important, puisque nous en avons plusieurs éditions. Il a été recopié depuis le deuxième millénaire jusqu’à l’époque de Qumran. Et on en a même trouvé un fragment à Qumran. C’est un grand classique que les auteurs bibliques connaissaient sûrement aussi. Un roi mythique, Gilgamesh, avait un appétit sexuel démesuré, sans distinction entre homme et femme. C’est un roi respecté et craint à cause de ses activités sexuelles. Les dieux décident de le calmer en lui envoyant un partenaire, qui est une sorte d’homme sauvage, une sorte de tarzan sans aucun contact avec la civilisation : Enkidu. Ce partenaire va être initié à la sexualité par une prostituée, puis va ensuite rencontrer Gilgamesh. Tous les deux vont tomber amoureux. Avant même l’arrivée d’Enkidu auprès de Gilgamesh, le roi va avoir des rêves plus qu’érotiques que sa mère va lui interpréter en disant que quelqu’un va arriver et couchera avec lui et qu’il aimera plus qu’une femme. Les deux hommes vont avoir un certain nombres d’aventures en commun, notamment le combat avec un géant des forêts qui n’est pas sans rappeler Goliath, puis, ils vont tous les deux rejeter les avances des femmes, et même celles d’une déesse. À la mort d’Enkidu, Gilgamesh va se mettre à la recherche de l’immortalité. Il rencontre une sorte de Noé mésopotamien, qui va lui raconter l’histoire du déluge, très proche du texte biblique. Finalement, la plante de l’immortalité, qui fait penser à l’arbre du paradis va disparaître à jamais à cause d’un serpent. Cette histoire est aussi une réflexion sur les grands thèmes de l’humanité : la vie, la mort, l’amour, le sexe. En ce qui concerne la Mésopotamie, on peut sans problème mettre en scène un amour entre deux hommes. La lamentation de Gilgamesh au moment de la mort d’Enkidu est très proche de celle de David au moment de la mort de Jonathan. Curieusement, il y a très peu de travaux sérieux qui ont été fait pour comparer Gilgamesh et David et Jonathan.

Egypte

En Egypte, c’est à peu près la même situation qu’en Mésopotamie : Dans les textes officiels et législatifs, il n’y a que très peu de chose à part un texte qui condamne le viol homosexuel. Et quelques histoires dont celle d’un Pharaon follement amoureux de son général, et qui forme avec lui un couple, malgré le fait qu’ils soient mariés tous les deux.

L’homosexualité existe donc dans l’antiquité. On en parle sans en faire forcement un sujet central, ni dans les textes de loi ni dans les narrations. Mais elle est mentionnée comme un fait existant. Et je pense que l’idéologie dominante était celle de la catégorisation des genres, c’est à dire qu’il ne faut pas dépasser ce qui est homme et ce qui est femme, et donc évidemment, on est dans une zone difficile.

Parcours Biblique

Quand on regarde la Bible hébraïque, on peut d’abord dire qu’il y a peu de textes qui parlent de l’homosexualité. Il y a trois ensembles : les interdictions du Lévitique, puis l’histoire qui a toujours été utilisée pour dire ce que pense l’AT de l’homosexualité, c’est Sodome et Gomorrhe (Gn19), et enfin un texte plus ambigu qui n’est pas utilisé par tous, c’est l’histoire de David et Jonathan. J’aimerais brièvement vous présenter ces trois ensembles.

Lévitique

Dans le Lévitique, dans le code de sainteté, on trouve un certain nombre de prescriptions surtout d’ordre cultuel et rituel, plutôt préoccupè par la distinction entre le pur et l’impur. C’est une collection de textes qui provient du 6e ou 5e siècle avant JC. Après l’exil, probablement à l’époque perse, écrits par le milieu sacerdotal. (Lv 18 / 22 et 20/ 13). L’homosexualité existe bel et bien en Israël ancien, autrement, on n’aurait pas eu besoin de l’interdire. C’est la première chose qu’il faut dire. La lecture rabbinique dit que la seule chose vraiment interdite dans ces versets, c’est la pénétration. Donc tout le reste serait licite. Mais c’est une manière très rabbinique de voir les choses, et je pense que le texte vise ici de toutes façons l’interdiction d’acte sexuel entre deux hommes. On a aussi dit que ces textes visent surtout les pratiques cultuelles cananéennes contre lesquelles Israël exhortait de se démarquer. Mais si on prend le texte, rien n’est dit que nous avons affaire à des rites païens. Je pense qu’il faut accepter que les auteurs de ces textes veuillent vraiment interdire les actes sexuels entre deux hommes allant même jusqu’à demander au moins théoriquement la peine de mort.

On peut d’abord essayer de comprendre d’où cela vient. Cela vient d’une transformation assez radicale de l’image de Dieu après l’exil vers un Dieu qui devient un Dieu transcendant où la question de la sexualité n’a plus tellement de place par rapport au divin. Avant cela, le Dieu d’Israël était aussi considéré comme un Dieu sexué comme toutes les divinités du proche orient. Nous savons aujourd’hui que YHWH avait une compagne, et c’est seulement à partir du 6e ou 5e siècle qu’on mit Ashéra, sa compagne, en exil, et qu’on a fait de YHWH le seul Dieu. Le monothéisme a eu aussi comme conséquence l’imposition d’une image beaucoup plus transcendante de Dieu, et donc lié à cela, une autre manière de gérer la sexualité.

Genèse

Dans le premier chapitre de la Genèse, on insiste sur le fait que l’humanité est créée mâle et femelle, dans le but de procréer. Pour la pensée sacerdotale, le seul but de la sexualité est la procréation. Et donc toute autre relation sexuelle rend impossible la procréation. Si le seul but est la procréation, il ne faut pas s’étonner que les rapports sexuels entre deux hommes soient interdits et même considérés par ses auteurs comme une abomination. On peut se demander aussi s’il n’y a pas une certaine influence perse. On trouve dans l’Avesta un texte très proche du Lévitique. « Est un diable l’homme qui couche avec un homme à la manière de l’homme qui couche avec une femme ». La formulation est très proche, il pourrait y avoir une influence, sachant que la civilisation perse a influencé d’autres passages de l’AT. On en doit pas banaliser le texte du Lévitique, c’est un texte qui veut interdire ce qu’on appellera aujourd’hui l’homosexualité. Mais il faut se rappeler que c’est un ensemble de textes qui aujourd’hui devraient être traités tous au même niveau. Si on se réfère au Lévitique 18 ou au Lévitique 20 pour dire que l’homosexualité est une abomination, il faut alors aussi appliquer tout ce qui est dit du Lévitique 17 jusqu’à 26 ! Un certain nombre de choses sont vraiment incompatibles avec notre société d’aujourd’hui !

Sodome et Gomorrhe

Le texte de Sodome et Gomorrhe a le plus été utilisé pour condamner l’homosexualitè (Genèse 19). C’est un thème assez répandu dans l’AT, surtout dans les textes prophétiques. Il est donc apparemment question de destruction, tout à fait comparable à celle du déluge par l’eau. Cela donne même l’impression que c’est une autre de ces catastrophes primordiales car l’histoire qui suit Genèse 19 est une « re-création » de descendance : Loth couche avec ses deux filles. On a l’impression qu’ils font cela parce qu’ils sont tous seuls sur la terre (Gn 19). Ce pourrait être à l’origine une histoire de destruction de civilisation.

L’histoire de Sodome et Gomorrhe en détail n’apparaît qu’en Genèse 19, les autres textes bibliques ne font que des renvois : on ne sait pas le pourquoi et le comment de la catastrophe. En Gn19 Loth est l’immigré, à la manière d’Abraham, l’hôte par excellence, et va accueillir des étrangers dans sa maison. Finalement, cela va être connu par les habitants de Sodome et Gomorrhe. Ils vont tous se réunir, du plus jeune au plus ancien, devant la maison de Loth en le sommant de faire sortir les deux hommes pour qu’ils les « connaissent ». Le verbe connaître peut avoir un sens sexuel dans l’AT. Certains exégètes refusent cette traduction dans ce texte là. Mais Loth va proposer ses filles en échange, donc il a bien compris qu’il s’agissait bien d’une connaissance dépassant la simple information. Il va finalement être sauvé par les deux anges. Est-ce une histoire qui décrit les sodomites comme des satyres homosexuels qui attaquent le premier venu ? Il me semble difficile d’imaginer qu’il s’agit d’un traité général sur l’homosexualité. Ce qui est clairement au centre, c’est de nouveau la question du viol. Il y a une histoire parallèle dans le livre des Juges (Jg 19). Le scénario est le même et de ce qui est en jeu, c’est le viol, et de manière plus générale, la transgression d’un des tabous les plus importants dans le proche orient ancien de l’époque, c’est la garantie de l’hospitalité. L’hospitalité fait partie des grands piliers d’une société de l’antiquité. Sans elle il n’y a pas de vie possible. N’importe qui voyage a besoin d’être accueilli quelque part, il n’y a pas d’autre manière de se loger. A Sodome, il n’y a plus de repére possible, même l’hospitalité n’est plus respectée. Les mégapoles faisaient peur. Toutes les références que nous trouvons dans le NT à Sodome et Gomorrhe sont toujours liées à la question de l’hospitalité (Lc 10). C’est aussi l’interprétation rabbinique la plus courante. L’interprétation anti-homosexuelle est venue assez tard dans le christianisme. Ce qui est fustigé dans ce texte, c’est une histoire de viol et de non-respect de l’hospitalité.

David et Jonathan

Il faut aussi parler de l’histoire de David et Jonathan dans la mesure où c’est peut être le seul texte dans la Bible hébraïque qui mette en scène une histoire d’amitié ou d’amour ? A plusieurs reprises, le verbe « aimer » est employé, et lorsque David dit à la mort de Jonathan : « Ton amour était plus précieux que l’amour des femmes », c’est bien le mot amour qui est employé. Et pas le mot amitié comme on trouve fréquemment. Les exégètes ont très souvent décrété que ce texte n’avait rien à voir avec l’homosexualité et que ce n’est qu’une amitié très forte, argumentant que David était largement intéressé par les femmes. Mais d’un autre côté, David a beaucoup inspiré de romanciers, et c’est presque toujours d’amour qu’il s’agit lorsque Jonathan est abordé. C’est assez curieux qu’il y ait d’un côté les exégètes, et de l’autre, ceux qui lisent le texte et en font des romans. Le texte en lui-même n’est pas toujours très explicite encore qu’il contient à mon avis un certain nombre d’informations qui suggèrent peut-être quand même qu’il y a un peu plus qu’une histoire d’amitié. Déjà, la relation entre David et Saül est assez complexe. Saül est aussi très fasciné par le personnage de David. Alors bien sûr, on peut comprendre cela dans le contexte de l’histoire de l’ascension de David qui montre comment tout son entourage va être fasciné par lui. Mais Saül le fait venir dans sa maison avec des mots et des expressions qui rappellent l’introduction de la future épouse dans la maison du futur mari : « sortir de la maison de son père ». Ce qui est plus intéressant, c’est la relation qui va se créer avec Jonathan. D’abord, il faut rappeler qu’il y a deux enfants de Saül qui ont une relation très proche avec David : Jonathan et Mikal, fille de Saül, et qui devient l’épouse de David. Les deux enfants vont être pris dans un conflit de loyauté. Les deux vont transgresser le pilier qui est la loyauté envers le père. Ils vont se mettre du côté de David contre Saül. Pour Mikal, on peut se dire que c’est compréhensible dans la mesure où est elle l’épouse de David. La loyauté vis à vis du mari est aussi importante. En ce qui concerne Jonathan, la question de la loyauté est beaucoup moins èvidente que pour Mikal. David est plutôt un concurrent pour Jonathan. « Jonathan conclut une alliance avec David car il l’aimait comme sa propre vie », en hébreu, qui est à la fois la personne, la vie, la gorge, le désir. C’est la même expression que l’on trouve très fréquemment dans le cantique des cantiques pour décrire l’amour de la femme vis à vis de son amant. De nouveau, le parallèle est intéressant. David et Jonathan vont se retrouver seuls à la campagne, ils « vont aux champs ». C’est ceux qui veulent être seuls qui vont « aux champs ». Ainsi, dans le cantique, ch. 7, v 12 : « Viens mon chéri, sortons aux champs ». Des gestes aussi sont assez curieux : Jonathan se met tout nu devant David. On peut de nouveau dire que c’est un geste de soumission, mais pour cela, il aurait pu tout simplement rendre son épée. On peut donc se poser la question de savoir si ce ne serait pas une relation au delà d’une simple amitié. Donc, contrairement à l’interdit du Lévitique et à ce qu’on a dit de l’histoire de Sodome et Gomorrhe, il y a dans les livres de Samuel un texte qui ne condamne pas cette relation. Mais il ne faut pas faire dire aux textes ce qu’ils ne disent pas. La question s’ils ont couché ensemble ou non est à mon avis peu adéquate, l’auteur ne la pose pas, on n’a pas besoin de spéculer, il s’agit de littérature, sans doute inspirée de l’histoire de Gilgamesh.

Conclusion

Même si cette interprétation est juste, cela ne signifie pas à mon avis que la Bible entière serait à considérer comme un manifeste pro gay ou pro lesbien. Mais on peut voir que la Bible est plus complexe que certains le prétendent et à côté des interdits, il y a de nombreux texte dans la Bible qui mettent au premier plan l’amour, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel. Le Cantique des Cantiques est aussi très subversif. Il célèbre l’amour et la sexualité hors du mariage et des questions de procréation. C’est tout simplement des poèmes qui se réjouissent du don de l’amour, charnel et sexuel.

De nombreuses remarques ont ensuite été proposées. Parmi celles-là :

  • Sur Adam et Eve, l’humanité faites homme et femme, Thomas Römer souligne qu’il faut le replacer dans une contexte de péril démographique pour le peuple d’Israël, mais que surtout le fond du débat théologique est sans doute moins à cet endroit l’importance d’avoir deux sexes différents que la question du « vis-à-vis » : l’humaine a besoin d’un vis-à-vis parce qu’il ne peut pas regarder Dieu en face.
  • Thomas Römer a acquiescé à une intervention qui soulignait, partant de l’impression de retrouver les mêmes débats qu’au moment où l’ERF discutait du Ministère féminin, qu’il était dommage de partir du décorticage de quelques textes alors qu’on devrait sans doute parler de cette question en lisant l’ensemble du texte comme un texte qui parlait d’abord d’amour et de marginalités

S’informer

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Published in: on 21 novembre 2006 at 12:29  Comments (10)  

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10 commentairesLaisser un commentaire

  1. Brillaint. Thanks for this.

  2. You’re welcome ! 🙂

  3. […] Je viens de lire sur le blog “Le Pharisien libéré” les notes de lectures prises par le journaliste Stéphane Lavignotte, qui travaille au magazine protestant “Réforme”, les notes qu’il a prises lors de la conférence de Thomas Römer est doyen de la faculté de Théologie de Lausanne (Suisse) et spécialiste de l’Ancien testament. La lecture sélective par les fondamentalistes du Lévitique, 18 en ce qu’il condamne une réalité qui n’existait pas à cette époque – l’homosexualité – est replacée dans le cadre plus large d’une option herméneutique favorable à une lecture contextuelle des textes, y compris contextuelle. J’y ai vu – mais peut-être ai-je exagérement sollicité ces notes – une mise en pratique de l’herméneutique de Paul RICOEUR . […]

  4. Mais non, vous n’avez rien sollicité. Cette conférence fut donnée en 2002 à l’institut de théologie protestante de Paris, au milieu d’une série d’autres dont je n’ai pu avoir les notes étant provincial.
    Depuis, Stéphane Lavignotte a changé de magazine. Il écrit maintenant chez Témoignage Chrétien.
    Merci de votre visite, Esperluette.

  5. […] sure not to miss, for any reason, the excellent entry over on “Le Pharisien Libéré” titled Homosexualité et Ancien Testament.  He summarizes the evidence from the Hebrew Bible and other ancient near eastern literature and […]

  6. […] adéquat. Le vocabulaire manque, on n’a jamais réfléchi dans la diversité.” (”Homosexualité et Ancien Testament“, Thomas Römer et Stéphane Lavignotte des suppôts de Satan très […]

  7. Je voudrais vous raconter une anecdote. Un voyageur français est reçu par des étudiants de l’université de Tabriz, à l’issue d’une soirée très animée, un étudiant lui pose cette question, sans arrière pensée:

    « Pierre, tu m’aimes? », et à ce dernier de répondre « personnellement, je préfère les femmes ». « Où est le rapport? » se demanda l’étudiant .Il était loin de s’imaginer qu’il s’était fait prendre pour un homo

    La lecture des textes sur David et Jonathan est loin d’éveiller chez l’Oriental, les questions que se poserait peut-être un Occidental non informé face au mot « amour ».

    Chez nous, il faut dire aux amis qu’on les aime, pas seulement qu’on a de l’amitié pour eux.

    Un père ou une mère dira à son enfant « Je suis amoureux de toi », sans qu’il ait pour autant des désirs incestueux.

    Il vous est sans doute difficile de comprendre cela, tant l’amour éveille chez vous certaines images. On l’a même souvent remplacé par « charité ».

    • Merci pour votre interprétation qui n’est pas nouvelle.

      Personnellement, je pense que Thomas Römer, actuellement titulaire de la chaire « Milieu Biblique » au collège de France est parfaitement au courant de la compréhension orientale du texte. Et donc, j’aurais tendance à faire confiance au cher professeur. C’est certainement dû au miracle de « l’autorité »

  8. « C’est assez curieux qu’il y ait d’un côté les exégètes, et de l’autre, ceux qui lisent le texte et en font des romans. »

    Pourquoi ? Les exégètes ne lisent pas la bible ?

    • Relisez doucement la phrase et arrêtez vous sur les articulations :
      *d’une part [première partie de l’alternative]
      *d’unautre part deuxième partie de l’alternative]


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