Katell Berthelot : le monothéisme peut-il être un humanisme (2) ?


Alors, le monothéisme peut-il être humaniste ?

On se souvient que, sur France Culture, Pascal Ory, pour toute recension de cet ouvrage, déclarait qu’on n’était pas plus avancé au bout du livre qu’au début. Pour être allé au bout du livre, qui n’est pas une conversation au coin du feu, je peux dire qu’il n’en est rien. Plusieurs éléments de réponses apparaissent.

  • Dans la plupart des cas, quiconque fait la comparaison entre les écoles de philosophies hellénistiques et les monothéismes 1
    conclue à la large supériorité des écoles de philosophies hellénistiques. Il n’en est rien. Celles ci sont toutes aussi vacillantes sur le périmètre de « l’homme » auquel s’applique la bienveillance qu’elle prône. Par exemple, une relecture récente, celle de Thomas de Koninck 2reconsidère la façon dont Aristote s’exprime sur l’esclavage ; ce serait une critique de l’esclavage
  • Les interprétations les plus humanistes ne furent jamais mises en pratiques en tant que politique en dépit que les philosophes soient fréquemment les conseillers du gouvernement des cités, qu’ils soient tyrans ou empereurs.

Il apparaitrait que la conclusion systématique en faveur des philosophies hellénistiques est proprement idéologique. De même que les philosophies hellénistiques, les monothéismes présentent des interprétations favorables à l’ouverture humaniste comme des interprétations fermées présages de constructions théoriques identitaires. Ce n’est donc pas gagné !

Katell Berthelot dégage quelques directions dans lesquelles l’interprétation pourrait s’engager afin que les monothéismes libèrent leurs potentialités humanistes :

  • un choix soigneux de la représentation du dieu qui doit être interprété dans la bienveillance inconditionnelle à l’égard de l’humanité de façon à interdire les appels à la haine contre l’impie ou l’étranger. Pour éviter le relativisme, il faut solliciter la distinction entre le pécheur et le péché, celui-là seul faisant l’objet d’une condamnation.
  • Considérer l’homme comme « le tabernacle de Dieu ». K. Berthelot cite Schmuel Trigano 3 « l’être humain est en quelque sorte le tabernacle, le sanctuaire qui abrite –et cache donc– cette présence dans le monde ». Une idée qu’on retrouve dans le début de Jean 1:18, 4
    : « Dieu nul ne l’a jamais vu » et rappeler 1 Jean 4 20-21 : Si quelqu’un dit :  » J’aime Dieu  » et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas. « Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère « 
  • relativiser la distinction entre « faux dieux » et « vrai dieu » qui est propre aux monothéismes, tant que la distinction entre le « vrai » et le « faux » en matière de religion demeure sujette à caution5. L’idée de vraie religion procède surtout d’un désir de toute-puissance.
  • Promouvoir l’apophatisme et se méfier des affirmations dogmatiques par trop décisives en suivant Evagre le Pontique : « Dieu est insaisissable à l’esprit humain. S’il était saisi, ce ne serait sûrement pas Dieu »

Au bout du compte, la boutade lancée par Théodore Monod6 à propos du Christianisme peut être étendue à l’autre monothéisme comme aux écoles de philosophies hellénistiques. Les unes et les autres n’ont pas échoué. Ils n’ont jamais été essayés

Une critique du projet éditorial

  • On regrettera que l’éditeur n’ait pas facilité le rapprochement entre K. Berthelot et Christian Jambet. L’ouvrage, qui s’entend comme effort de vulgarisation, aurait pu envisager les 3 monothéismes, dont un subit, ces temps-ci, un réel déficit d’image. Comme le fait remarquer le Dr. Berthelot, la connaissance de l’arabe demeure une denrée rare qui empêche le grand public de se rendre compte par soi-même.
  • On regrettera qu’il n’y ait pas d’index des noms cités non plus que d’index des littératures anciennes épluchées. Doit-on comprendre que l’éditeur comprend que « collection de vulgarisation » suppose l’absence de ces outils de recherche et d’autonomisation du lecteur ?
  • Le caractère « cheap » de la couverture qui ne retient pas ses pages très longtemps.

notes

  1. remonter| En fait, la comparaison la plus fréquente intervient entre les écoles de philosophies hellénistiques et le christianisme comme s’il était le seul monothéisme. 🙂
  2. remonter| De la dignité humaine, Paris PUF, 2002, cité par K. Berthelot,
  3. remonter| Le monothéisme est un humanisme
  4. remonter |que citait d’ailleurs dans la version finale du Schisme Mou, non celle publiée ici mais celle qui a récemment disparu d’un site supposé ouvert à la confrontation des idées surtout si elles sont minoritaires : Profil de Liberté
  5. remonter| On ne peut que recommander d’approfondir et vrai et le faux dans l’article vérité
  6. remonter |en 1974, émission Radioscopie sur France Inter

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