Danila Comastri Montanari : Cui Prodest ?


En français : A qui cela profite-t-il ?

couverture de Cui Prodest

La collection est celle des « Grands Détectives » de l’édition de poche 10-18 parmi lesquels figurent le rabbin Small de Kemelmann et le frêre Cadfaël de Ellis Peter. Le genre littéraire est celui du roman policier, le modèle le plus classique : un crime, un policier qui recherche le coupable avec divers assistants ; on assiste à l’enquête.

Où donc est la source de plaisir ?

Celle-là même qu’on ne trouve plus dans des romans d’Agatha Christie taillés sur ce modèle si classique de la recherche et de la capture du coupable ? Il est possible qu’elle se trouve dans l’exotisme.

Le contexte est celui de l’empire romain sous l’empereur Claude. Autant dire que l’enquêteur ne bénéficie pas de ces preuves massues que fournissent les artifices et les découvertes de la police scientifique (listes d’appel et écoutes téléphoniques, caméras de surveillance, analyse du contenu de l’estomac de la victime, ADN ). Ses seuls outils sont :

  • sa position sociale : Publius Aurelius Statius est un aristocrate membre de la classe sénatoriale, ce qui lui ouvre bien des portes. Cela ne l’empêche pas de payer de sa personne et de se déguiser occasionnellement en esclave pour enquêter dans des contextes dangereux que ses affranchis ne veulent pas affronter même avec la promesse d’ une rémunération.
  • son carnet d’adresses : il connaît toujours quelqu’un là où cela se passe ou bien, il peut y recommander quelqu’un qui y sera son agent
  • sa fortune qui lui permet de rémunérer les délateurs, de corrompre les serviteurs esclaves ou affranchis des familles afin de susciter le vol des preuves.

Quel est l’intérêt d’un tel roman ?

L’enquête ne manque pas d’intérêt ne serait-ce que pour la patience, l’intelligence déployée par Aurelius. Ceux qui sont abonnés à « New York District » pourront mesurer tout ce qui manque à Aurelius pour résoudre ses énigmes dans un temps limité. Le mérite de la série d’ouvrages réside ailleurs.

  • Publius Aurelius nous promène dans tous les milieux de la Rome impériale : les artisans et commerçants parfois esclaves,
  • le milieu fortuné des sénateurs dont les biens sont supposés être d’origine terrienne mais en le sont généralement pas ; nous prennons connaissance des méthodes pour confier à leurs affranchis utilisés comme homme de paille le soin de faire des affaires (immobilières, commerce international, chaînes d’échoppes d’activité artisanales).
  • On rencontre aussi l’éditeur, le copiste, le poète, la récitation publique des œuvres.
  • Les relations de Publius Aurélius avec son secrétaire affranchi, avec son intendant, un grec, avec ses esclaves hommes et femmes nous montrent la vie intime de ces vastes maisons dont nous voyons les presque ruines à Pompei.
  • Publius Aurelius est un séducteur impénitent. La vie de ses maîtresses soulève le voile sur le mode de vie féminin dans cette période trop souvent occulté dans nos manuels d’histoire et absent de nos choix de textes de traduction.

L’ouvrage comblera d’aise les lecteurs les plus âgés qui ont eu la chance de rencontrer dans leur jeunesse les humanités latines : il y a un goût de « petite madeleine » pour ceux qui ont peiné sur Juvénal ou sur les Catilinaires. Mais ce livre n’est pas un péplum. Il est documenté comme les BD d’Astérix ne le sont plus depuis la mort de René Goscinni ; le contexte historique est fouillé. La série peut servir de stage de rattrapage à ceux qui ne connaissent ni la langue ni la civilisation greco-omaines sans le décorum de l’appareil critique qui peut rebuter le débutant s’il se procurerait un ouvrage d’histoire et civilisation proprement dit. C’est un indispensable car nos contemporains fonctionnent sur le même substrat anthropologique en dépit de la révolution cartésienne, de la révolution spinoziste, du progrès scientifique en particulier dans le domaine de la croyance. Après la lecture des 16 polars dont Publius Aurélius Statius est le héros, on peut aborder les ouvrages de John Schied sur la religion romaine au temps de l’empire sans handicap.

En annexe, l’auteur donne un plan de la ville de Rome telle que le sénateur la parcourt, un plan de sa maison, un index des noms des personnages historiques cités, un glossaire des termes latins

  • « Cui Prodest ? » recherche le meurtrier d’un esclave copiste récemment acheté. Pour trouver, il faut savoir si son maître, l’éditeur patron d’un atelier de copistes, a été empoisonné ou non et ce que vaut son héritage.
  • Dans « Spes Ultima Dea », Publius Aurelius Statius se met en danger car la victime du meurtre qu’il tente d’élucider lui avait emprunté la veille sa tunique d’apparat et sa litière. Pour s’en sortir vivant et avec les honneurs, il devra élucider un meurtre politique vieux de 20 ans.

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Published in: on 2 janvier 2007 at 9:43  Comments (1)  

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  1. J’ai du le lire pour le latin en classe de seconde, il est un peu long mais l’enquête est bien ficelée et le dénouement est surprenant. On apprend pleins de choses sur les conditions des esclaves et des femmes dans l’antiquité


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