Elohim dans une coquille de noix


Sur le forum du diocèse d’Amiens, quelques uns imaginent que ce pluriel est une “preparatio evangeliae”

tu aurais dù constater que les germes de la doctrine trinitaire sont nettement apparents dans l’A.T où l’unité divine est mise en relief par une unité composé. (Deutéronome 6:4 ; Genèse 33:20 ; Exode 20:5 ; Josué 22:22 ; Exode 3:6.)

Regardons donc dans le rétroviseur.

langue ancienne

Trois façons façons de répondre sont possibles.

L’avis de Loren Fisher

On peut d’abord se ranger à l’avis exprimé dans cet extrait de la préface de la traduction anglaise de la Genèse par Loren Fisher [1] :

Dans la Bible, le titre “Dieu” traduit souvent le mot hébreu ‘elohim (ex. : Gn 5,22; 5,24). Ce mot hébreu n’est pas un nom singulier ! La terminaison “-im” est un pluriel. Littéralement, ‘Elohim signifie “dieux”, et lorsque le mot apparaît dans des textes en dehors de la Bible, on le traduit toujours par un pluriel. Cependant, dans la Bible, ‘Elohim désigne un seul dieu, et alors, ma traduction laisse le mot ‘Elohim tel quel. Lorsque les traducteurs de la Genèse rencontrent le mot ‘Elohim, comment savent-ils s’il s’agit de “dieu” ou de “dieux” ?

Ils peuvent se baser sur la grammaire.[2] Dans Gn 5,22 et 24, ‘elohim est précédé d’un article défini, et se lit “les ‘elohim”. La traduction “les dieux” est plus conforme grammaticalement que la traduction “Dieu”. Alors pourquoi la plupart des traducteurs disent-ils “Dieu” pour “les ‘elohim” ?

La grammaire hébraïque de Gesenius[3]–celle qu’utilisent la plupart des étudiants–nous en fournit la raison. Selon Gesenius, nous devrions traduire la forme plurielle ‘elohim par un singulier à moins que celui à qui on prête le mot puisse être considéré comme un païen ! Donc, selon Gesenius, Enoch ne pouvait marcher qu’avec un seul Dieu puisqu’il n’était pas païen.

Les attentes de Gesenius en matière de signification du texte sont davantage façonnées par la théologie que par la grammaire.

Gn 6,9 offre un autre exemple d’un homme–Noé–qui marche avec “les ‘elohim”. Pour ma part, je traduis : “Avec les dieux, Noé marcha”. Encore ici, la différence vient du traducteur, pas du texte lui-même. Les traducteurs ignorent non seulement l’article défini [4] et la forme plurielle du mot mais ils font également abstraction du fait narratif que le Noé de Genèse 6 et l’Énoch de Genèse 5 sont des personnages anté-diluviens. Dans les traditions dont les Israélites héritèrent, le Déluge fait figure de ligne de démarcation dans les affaires humaines, ligne en-deçà de laquelle aucun héros n’est théologien monothéiste. La grammaire des textes et leur contexte ancien m’ont conduit dans une direction alors que les présupposés théologiques anachroniques de Gesenius le conduisirent dans une autre.

FISHER, Loren, Genesis, A Royal Epic, (2000)

Le dictionnaire BDB Thayer

On peut reprendre l’avis du dictionnaire BDB Thayer qui atteste que la racine EL pour le mot Elohim [5] qui signifie « craindre » ou « chercher refuge en raison de la crainte ».

Si le verbe est à l’origine du nom, selon la flexion indiquant le mode du verbe, le sens peut être :

  • « celui qui est l’objet de la crainte / de la révérence » ;
  • « celui en qui celui qui a peur peut trouver refuge ».

A propos des singuliers possibles qu’il regroupe :“Ela”, “Elohim”, “Eloah”, “Elyon”, le BDB-Thayer dit aussi :

la question est compliquée et les conclusions incertaines. En effet, quoiqu’on associe traditionnellement chacun de ces mots à la racine “EL” (aleph, Lamed), on n’est pas certain que ces mots aient un rapport avec elle.”

Il étudie donc les cas où l’on associe EL à ces déclinaisons

  • les sens sont :
    • fort, étendu
    • celui qui atteint son but, celui qui s’étend

Enfin, pour la période de rédaction de Genèse 1, le pluriel joue un rôle d’augmentatif.

et les cas où on les distingue :

  • hypothèse de la primitivité : le sens est fort en face de” Plus tard, avec Eloah : peur, objet de crainte, de révérence, Mais aussi : chef et seigneur.

la grammaire WEINGREEN

On peut reprendre l’avis de la grammaire WEINGREEN, chez Beauchesne

Grand dans le symbolique est exprimé comme Nombreux dans la pratique. Par exemple, l’expression connue dans quelques prières catholiques “dans les siècles des siècles” est un hébraïsme qui signifie “l’éternité” concept qui n’existe pas en hébreu.

De même, la grammaire hébraïque ignore le superlatif (très, plus… que). Elle rend donc toute catégorie d’augmentatif ou d’intensif par un pluriel dont les adjectifs et verbes qui s’y rapportent restent au singulier (Attesté par la grammaire Weingreen, chez Beauchesne). Ce phénomène est attesté dans des expressions comme Shir Hashirim (le Cantique des Cantiques), Kippur Kippurim (le Grand Pardon ou jour des Expiations)

les textes hébreux ne sont pas tombés du ciel. Ils recyclent des concepts antérieurs, et ce recyclage ne laisse pas toujours le signifié intact.

Dans la Bible comme dans les documents ougaritiques qui l’ont précédée (où le mot elohim désigne l’ensemble des esprits des ancêtres), les ‘elohim (I Sam 28,3; Isaïe 8,19;) peuvent aussi être des morts ! Mais ce n’est pas ce signifiant qui domine dans le Tanach. Elohim, pour un juif d’aujourd’hui comme pour un ancien israélite, c’est Dieu au singulier.

Traduire systématiquement par un pluriel chacune des occurences du mot ‘Elohim dans la Bible et tenter de gommer la différence que le texte lui-même marque entre ‘elohim sans article défini et ‘elohim avec article défini, c’est dire bêtement que les juifs eux-mêmes ne savaient pas rendre leur propre langue lorsqu’ils pensaient et pensent encore singulier sous la plupart des occurrences du mot en question.

doctrine de la preparatio evangeliae

Prouver la trinité par l’un des nombreux noms de Dieu dans la Bible semble aux contemporains un choix parcellaire, voire absurde s’il la base sur une particularité grammaticale. On trouve aussi “El” au singulier et même Eloah (au féminin singulier) dans Job.

Cette doctrine que la trinité serait en germe dans l’Ancien Testament est une extension de la façon dont Eusèbe de Césarée considérait l’Ancien Testament, comme une préparation évangélique. Cet ouvrage est à la fois un écrit de polémique contre le judaïsme, un prolongement de la polémique antipaïenne ouverte dans la première partie de l’apologie. Selon sa théorie, l’Ancien testament préare la révélation du Christ. De là à chercher dans un pluriel un germe de la Trinité, il y a un abîme. Eusèbe qui vécut de 265 à 339 ou 340 prit parti pour Arius à Nicée et, de ce fait, renierait l’extension trinitaire donnée à son oeuvre par les commentateurs médiévaux.

Ce n’est que dans le judaïsme du 2nd temple, aux 1er siècle avant l’ère commune et 1er siècle de l’ère commune qu’on peut parler de l’émergence d’un quasi “binitarisme” juif quand Philon se met à hypostasier soit l’esprit de D. soit sa sagesse.

Si l’on suit Gregory J. Riley [6], on peut d’ailleurs s’interroger sur le rôle et le fonction de cet Esprit [7]. Voici l’idée de Riley, telle qu’il la donne dans The River of God: A New History of Christian Origins (2001)

couverture du livre de Eusèbe

détails éditoriaux | «Les cultures du Proche-Orient ancien concevaient deux façons de remplir les fonctions dont le Saint Esprit chrétien héritera plus tard: ou bien le dieu ou la déesse faisait le travail lui-même (une grande prouesse comme la création, le déluge ou la distribution du pouvoir, de l’habileté ou du courage); ou bien il confiait la besogne à un esprit inférieur.»

Le choix consistait donc à imaginer une intervention directe de Dieu ou indirecte via un esprit agent.

En hébreu, le mot “esprit” (ruach) est féminin; l’image était donc celle de Yahweh le dieu mâle envoyant sa femelle Ruah en tant qu’agent.

Par une filiation que nous ne sommes pas en mesure d’élucider clairement mais que nous ne pouvons que constater, les judéo-chrétiens de la période primitive voyaient en Dame Esprit la mère de Jésus. Chez les judéo-chrétiens de la Syrie, le Père, la Mère et l’Esprit formaient donc une sorte de trinité. […]

Cette trinité peut facilement être comprise comme un développement de la très ancienne tradition sémitique [8] qui renferme un élément très important pour le développement à venir: l’Esprit est un être divin autonome, inférieur au Père mais de même nature.

Pour l’église non-sémitique, le problème de la féminité de l’Esprit n’a jamais fait surface. L’Ancien Testament qu’utilisait cette église était une traduction grecque (celle des Septante) et, plus tard, latine. En grec, l’hébreu ruah (=esprit) fut traduit par pneuma grammaticalement neutre. Et en latin par spiritus grammaticalement masculin. À travers ces langues–les deux plus importantes pour le développement de l’église dans l’empire–une toute nouvelle compréhension des rapports entre Père, Fils et Esprit se dessinera. Les anciens modèles canaanites, avec leurs familles divines, ne pouvaient être d’aucune utilité ici; le Saint Esprit comme “Mère” n’avait aucun sens si le mot était neutre ou masculin. Dans le christianisme de l’empire, le rôle de Mère de Dieu dût donc se penser en dehors des problèmes de genre du mot Esprit. C’est Isis d’Égypte, la reine du ciel, allaitant son divin fils, qui devint le symbole de la grâce et de la compassion divine bien au-dela de sa terre d’origine.»

notes

  1. ?1 ancien professeur d’hébreu à la Claremont School of Theology et spécialiste des tablettes de Ras Shamra)
  2. ?2 sauf si le verbe est au singulier, bien entendu. Ce détail peut aussi être discuté commé étant un singulier utilisé comme “collectif”.
  3. ?3 Genesius’Hebrew grammar. 1ère édition 1602. Edited and Enlarged By Kautsch. Pour les catholiques, Joüon est la référence française (19923 révisé en 1996) ; ailleurs on utilise aussi la Weingreen dont l’abord est difficile du fait de la mauvaise traduction de l’anglais, Genesius-Kautsch est la référence internationale. Cet ouvrage allemand du dix-neuvième siècle a vu sa 28ème édition traduite en anglais en 1910.
  4. ?4 identique pour le singulier et le pluriel, l’article indéfini n’existant pas
  5. ?5 et donne l’équivalent de même sens en 5 langues du même groupe dont le verbe arabe alih,
  6. ?6 docteur de Harvard, professeur de Nouveau Testament et de Christianisme primitif à la Claremont School of Theology
  7. ?7 en toute rigueur, on devrait dire “Esprite” car Ruach’, en hébreu, est féminin.
  8. ?8 où Dieu envoie son agent en mission

indexation

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13 commentairesLaisser un commentaire

  1. [en-tête modéré]

    Nous constatons qu’il existe bien une unité composée dans la Divinité. Le terme « un » (ehad) s’applique lorque l’on décrit ce genre d’unité composée. Ainsi dans la genèse 2:24 Dieu déclare que l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils deviendront une simple cahi. (boser ehad). ou encore dans Nombres 1:23, la grappe de raisinest présentée comme une unité composée (eschkol ehad) Sans être du tout polythéiste, ces textes soulignent simplement la possibilité d’une unité composée.
    Il faut lire à cet égard Reuben Torrey de l’Institut biblique Moody, le Saint Esprit, sa personne et son oeuvre, Echos de la joie, Strasbourg, sd.

    Quelques traces trinitaire dans l’A.T :
    Les trois visiteurs d’Abraham (genèse 18 et 19)
    1) les 3 visiteurs sont appeés « hommes ( 18:2 et 16)
    2) Abraham s’adresse à eux trois en les appelant « Yahvé » (18:3-5)
    3) aux versets 20 et 21, nous remarquerons que suite à la discussio « yahvé » déclare qu’il est déterminé à descendre à Sodome
    4) au verset 19, verset 1er, nous voyons les deux anges identifiés plus tard à « yahvé » arriver le soir à Sodome bien que le verset 22 du ch.18 nous assure que les deux hommes partirent pour Sodome et que « Yahvé » resta pour parler ave Abraham
    5)au verset 33 du cha.18, nous lisons que « Yahvé  » s’en alla dès qu’il eu parlé à Abraham
    6) au ch.19 verset 1, les deux « malachin » arrivèrent à Sodome et Lot s’adresse à eux en les applelant « Adonai » (mes Seigneurs). Au chapitre 19 verset 13 ils déclarent ^tre envoyés par « Yahvé » alors q’au verset 18, Lot s’adresse à eux en les apelant « Seigneur »

  2. L’en-tête de votre message a été modéré. Les règles de la discussion sont ébauchées ici. Vous pouvez revenir et continuer la discussion quand vous voulez, mais il faudra en tenir compte.
    Je crains que vous n’ayez pas bien lu l’article auquel vous répondez. En effet, vous mélangez deux plans :

    *Celui de l’interprétation, toujours libre, encore que certaines s’éloignent tellement du texte qu’elles en deviennent fantaisistes ;
    *Celui du texte lui-même sans ajout doctrinal avec le seul secours du dictionnaire et de la grammaire. L’article est basé sur ce deuxième plan ; l’interprétation et la traduction sont deux disciplines différentes. Dans cette perspective, celle de l’article, il n’y a aucune trace de trinité dans l’Ancien Testament, sauf celle que veulent lui ajouter par voie interprétative, certains groupes de chrétiens.
    Plusieurs aspects peuvent s’ajouter au texte biblique de l’Ancien Testament, en fait de la Bible hébraïque, :
    *l’idée trinitaire est une intuition de Plotin, un philosophe héllénistique. Dans son Ennéade 7, il décrit l’UN Ultime comme doté d’attributs quasi hypostatiques l’intellect et l’âme, ce qui fait bien 3. Cette idée est contemporaine de l’éducation et de la formation d’Athanase qui soutint les débuts de la doctrine trinitaire dès Nicée.
    *on ne peut donc attribuer au(x) rédacteur(s) de Genèse , qui exerçai(en)t au plus tard au 6ème siècle avant l’ère commune la métaphysique d’un penseur du 4ème siècle de l’ère commune, sauf anachronisme. Mais certains chrétiens lisent la Bible de la doctrine au texte même quand ils affectent de ne pas reconnaître « la Tradition » issue des conciles christologiques.
    Références erronées
    Je me suis penché sur certaines de vos références bibliques. L’une surtout a retenu mon attention.

    texte
    *Le verset 23 du chapitre 1 du Livre des Nombres parle du recensement dans la tribu de Siméon et aucunement de raisin.
    *Par acquit de conscience, je suis allé voir au chapitre 23, verset 1, au cas où cette référence erronée soit le fruit d’un trou de mémoire : on y parle du sacrifice offert par Balaam et Balaq. Il n’y a donc de raisin nulle part. (source Segond 2000)

    sens
    Par ailleurs, vous donnez à titre d’exemple, un groupe de mots qui n’a aucun rapport avec le sens que vous voulez lui donner même en tenant compte d’une translittération erronée. Parlant de raisin, vous donnez, entre parenthèses, ce que vous croyez être les mots hébreux qui le décrivent « eschkol ehad « . Après un bon bout de temps passé dans l’Englisman Concordance of Hebrew Testament (chez Hendrickson), j’ai du me résoudre à corriger votre  » eschkol » en « ekhkâl » où je translittère le « het » (une lettre gutturale) en « kh » pour indiquer le son rauque au lieu du son doux que vous indiquez par « sch ». La voyellisation est un quametz, qu’on dirait en nos régions un « â cauchoix » pour indiquer qu’il se prononce presque « o » mais très ouvert. Il ne s’agit pas de raisin mais de palais. Le groupe de mot est alors « palais unique » et n’est pas dans le verset que vous indiquez. Je ne suis pas allé plus loin dans vos références, car, si elles sont toutes du même tonneau, je perds mon temps.

    « Ekhad »
    La phrase  » Le terme “un” (ehad) s’applique lorque l’on décrit ce genre d’unité composée.  » (sic) est une véritable sottise. « Ekhad » est le 1 de la numération. L’Englishman Concordance donne des exemples de la page 41 à la première colonne de la page 45. Aucun de ces exemples n’a le sens d’une unité composée et tous disent « Un » au sens mathématique, parfois au sens de premier ou de unique, quelques fois de « un » par opposition à autre. Vous confondez donc bien l’exactitude du sens et l’interprétation doctrinale.
    C’est pourquoi plutôt que de repiquer des translittérations toujours hasardeuses de quelques mots repris au hasard d’un verset ou d’un autre, j’aurais préféré la citation de versets complets, qui seuls permettent de rendre compte du contexte dans lesquels ces mots sont employés.
    Hélàs, les langues anciennes jouissent d’un tel prestige que les gens sont nombreux qui recopient des argumentaires prêt à l’emploi sans avoir les moyens linguistiques de vérifier ce qu’ils recopient.

    Sources interprétatives
    Je me suis penché sur les sources proposées pour savoir ce qu’elles valaient.
    Institut biblique Moody
    Dans l’encyclopédie canadienne, on lit à son propos :

    Les écoles, collèges et instituts bibliques sont soutenus surtout par les Églises protestantes évangéliques (voir MOUVEMENTS ÉVANGÉLISTES ET FONDAMENTALISTES) au Canada, quoiqu’il y ait deux établissements catholiques en Alberta. Les deux premières écoles bibliques d’Amérique du Nord sont créées par le Canadien A.B. Simpson, fondateur de l’Église de l’Alliance chrétienne et missionnaire (à Nyack, N.Y., 1882), ainsi que par l’évangéliste D.L. Moody (Moody Bible Institute, Chicago, 1887). La Toronto Bible Training School (aujourd’hui l’Ontario Bible College), établie en 1894, est la première école biblique permanente du Canada et la troisième en Amérique du Nord; elle s’inspire de l’institut de Moody.

    Et dans MOUVEMENTS ÉVANGÉLISTES ET FONDAMENTALISTES :

    L’évangélisme, au sens qu’on lui donne aujourd’hui, s’est dessiné à la suite de la controverse entre les fondamentalistes et les modernistes. Les conservateurs de la plupart des confessions protestantes, croyant que les libéraux laissent tomber le fondement même du christianisme en suivant l’évolution idéologique de l’ère moderne, réagissent vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

    On comprend là que les évangélicalistes n’ont produit aucun grand exégète.
    Que lit-on sur Reuben Torrey ?
    C’est un évangélicaliste américain de l’époque de la création du courant fondamentaliste. Il ne peut donc enseigner que répéter des erreurs n’en fait pas une vérité.🙂

  3. Le mot hébreu qui nomme l’entité première de la Bible est composé de cinq lettres: aleph, lamed, hé, yod, mem. Après interversion du sens de lecture et transcription en caractères latins, cela donne: ALHIM.
    Du V au Xe siècle après Jésus-Christ, les Massorètes (des rabbins dépositaires de la tradition ancestrale) ont ajouté, au texte hébreu de la Bible, qui est dépourvu de voyelles, les ponctuations qui en permettent. Depuis lors, la vocalisation standard. C’est ainsi que, dans le système massorétique, ALHIM se prononce ELOHIM. Cette prononciation-là est retenue par la langue française tant écrite que parlée. Elle colle parfaitement à l’hébreu. Le mot ALHIM est formé du radical ALH et du suffixe IM. Le radical ALH se prononce ELOHA, et se contracte dans la forme EL. En hébreu, le suffixe IM marque toujours le pluriel. Le mot ELOHIM est très précisément le pluriel du mot ELOHA, simplifié dans le mot EL. Structurellement ELOHIM signifie donc “les ELOHA” ou “les EL “. Mais, en hébreu, on ne dit ni “les ELOHA” ni “les EL “, 0n dit tout simplement ELOHLM. C’est si vrai que si l’on dit, en français, “les ELOHIM “, 0n s’offre un pléonasme… qui a au moins le mérite de souligner le sens que le mot possède en lui-même.

    Nous voici donc en présence d’un pluriel qui est incontournable. Ce pluriel n’est pas le fruit de quelque divagation ésotérique plus ou moins sulfureuse. Il est rigoureusement exact, en pleine pâte de l’hébreu, et il est ouvertement connu. Le” Dictionnaire Larousse” (édition de 1965 en trois volumes), pour ne citer que cet ouvrage tout à fait impartial, mentionne clairement:” Elohim, mot hébreu (…) pluriel de el ou eloha… “Ce pluriel est connu, depuis toujours, par tous ceux qui ont bien voulu prendre l’hébreu en considération. Mais ce pluriel n’est pas accepté. Il dérange. Il entraîne trop loin au goût de certains. Il est écarté, dans la grosse majorité des traductions, parce qu’il est incompatible avec le concept de monothéisme que l’on prétend tirer de la Bible. ELOHA, EL et ELOHIM sont évacués ensemble au profit de DIEU. On se débarrasse du problème en feignant de l’ignorer, et 0n conduit les lecteurs des traductions ainsi édulcorées dans l’ignorance. Le problème, c’est qu’on ne voit pas comment la Bible pourrait inventer le monothéisme en présentant, en son centre, une entité composée de plusieurs individualités, et même (bus le vérifierons) d’une multitude d’individualités. Cherchez l’erreur! Il y a, là, vraiment, un gros écueil…
    Essayons, posément, d’aborder la question, en traçant un schéma, qui résulte d’une étude serrée de la Bible, et qui se confirme dans celle-ci, comme nous le constaterons. ELOHIM est un système complexe. Ce système est uni groupe d’individualités. Chacune de ces individualités, prise séparément, se nomme ELOHÂ ou EL. L’ensemble nommé ELOHIM constitue, lui-même, une unité caractérisée (une personne morale) dont les actes se conjuguent au singulier, comme 0n le voit souvent dans la Bible, à commencer par le Elohim créa… “du début de la Genèse. Chaque individualité (ELOHA ou EL) est étroitement solidaire de chacune des autres e particulier, et de tous les autres ensembles (ELOHIM). Il y a connivence totale, à tous les niveaux. Au sein d’ELOHIM, chaque ELOHA-EL a une origine, une nature, des moyens, des buts, une destinée identiques à ceux de l’ensemble. Il exprime, représente et engage l’ensemble, au point d’être souvent identifié à lui. C’est l’imité dans la multiplicité, et la démultiplication de l’unité. Toutes proportions gardées, c’est la France et les Français. A cette différence que, dans le système ELOHA-EL-ELOHIM, la cohésion semble sans failles…
    Un ELOHA, un EL, dit le chœur des idées reçues, c’est un “dieu “(avec une minuscule), et ELOHIM, c’est” Dieu” (avec une majuscule). Dans son assimilation hâtive du contenu de la Bible abaissé au niveau de la mythologie, le chœur des idées reçues veut se tirer d’embarras. Mais il omet de préciser ce qui distingue un (petit) dieu du (grand) Dieu. Il ne dit pas davantage comment il passe, des (petits) dieux pris dans leur ensemble, au (grand) Dieu unique… Allons Il faut chercher ailleurs.
    Les étymologistes ont observé que, dans le creuset indo-européen des langues, où l’hébreu a puisé une part de sa substance, une voyelle suivie de la lettre” L “indiquait l’objet éloigilé ou l’être situé à l’écart, voire à distance. Sur cette base, bien plus tard, le latin ILLE devint notre pronom de la troisième personne IL, et dévia, par le latin ALTER vers AUTRE, et par ULTRA vers OUTRE. Cette troisième personne – qui est L’AUTRE – se confond au MOI, qui s’affirme par le JE, et au TOI que l’on aborde par le TU.
    Le MOI et le TOI ont des relations directes. Ils distinguent, et excluent presque, l’AUTRE, qui ne se situe pas d’emblée dans le cercle de ces relations, parce qu’il est lointain ou/et différent. Si l’on remonte cette piste, ELOHA-EL, c’est L’AUTRE, et, par conséquent, intrinsèquement, ELOHIM, c’est LES AUTRES. Autrement dit, à une époque extrêmement reculée, les hommes 0nt constaté la présence, sur la Terre, d’une espèce d’êtres qui, pour eux, étaient LES AUTRES. Et c’est alors que les Hébreux ont commencé d’élaborer la Bible, récit de l’expérience privilégiée qu’ils ont eu avec LES AUTRES. Avec ELOHIM… C’est une première réponse à la question: d’où vient la Bible?

  4. J’ai censuré l’un de vos messages qui ne respectait pas les règles de communication en vigueur sur ce blogue. Il me semblait pourtant vous les avoir indiquées.

    [elohim a dit]

    C’est ainsi que, dans le système massorétique, ALHIM se prononce ELOHIM.

    pharisien libéré
    L’idée que le aleph équivaut au « A » relève de la croyance et non du savoir. Dès la première heure de cours d’hébreu, on apprend que le aleph ne se prononce pas car c’est un esprit rude. De ce fait, votre translittération avec un A est fausse.

    [elohim a dit]

    Le radical ALH se prononce ELOHA, et se contracte dans la forme EL.

    pharisien libéré
    Faux. les 2 singuliers existent dans la Bible et dépendent de la date de rédaction du livre où ils sont employés.

    [elohim a dit]

    Le mot ELOHIM est très précisément le pluriel du mot ELOHA, simplifié dans le mot EL.

    pharisien libéré
    Non. La face du monde aurait été changée si le singulier du mot « Dieu » (ou dieu, ou D. ou dieux) avait été une forme féminine. A ce propos votre translittération est une fois de plus fautive. Dans Eloah, c’est un patah furtif qui voyellise le . Le petit Larousse sans doute ?🙂. Cette précision grammaticale apportée, le nom El recycle l’un des dieux de la triade ougaritique.

    [elohim a dit]

    Nous voici donc en présence d’un pluriel qui est incontournable. Ce pluriel n’est pas le fruit de quelque divagation ésotérique plus ou moins sulfureuse.

    pharisien libéré
    Relisez dans l’article ce que dit la grammaire Weingreen au sujet de cette morphologie plurielle. Il n’y a rien de sulfureux là-dedans : juste de l’observation et de la typologie. Peut-on vous rappeler que la Bible n’a pas été écrite par les chrétiens ? ni pour eux, d’ailleurs.🙂 De ce fait, assaisonner la grammaire avec de la doctrine montre que vous confondez le croire avec le savoir.

    [elohim a dit]

    Le” Dictionnaire Larousse” (édition de 1965 en trois volumes), pour ne citer que cet ouvrage tout à fait impartial,

    pharisien libéré
    En voilà une référence pour donner le juste en matière de grammaire hébraïque ?

    [elohim a dit]

    ELOHIM est un système complexe. Ce système est uni groupe d’individualités.

    pharisien libéré
    Là, ce n’est plus de la grammaire mais de la doctrine. Je parlais de grammaire. Il ne peut y avoir d’étude serrée de la Bible sans une connaissance pratique de la langue hébraïque et ce n’est pas dans le Larousse, même en 3 volumes que cela s’apprend. Vous avez montré dans vos précédents propos, et même dans celui-ci, que la connaissance de la langue vous faisait défaut (références hasardeuses, affirmations sottes sur E »KH »AD, translittérations hasardeuses). Pour le moment, vous affirmez pour le plaisir d’affirmer contre le fait grammatical et contre l’histoire du texte. AMHA, on peut construire sur le texte biblique les doctrines qu’on veut à condition de rester conscient de la distinction entre la grammaire, qui est un savoir, et la doctrine, qui est le fruit de la spéculation.

    [elohim a dit]

    Dans son assimilation hâtive du contenu de la Bible abaissé au niveau de la mythologie, le chœur des idées reçues veut se tirer d’embarras.

    pharisien libéré
    Vous avez raison : parler de mythologie est bien une idée reçue, car je vous ferais remarquer que personne sauf vous n’avait amené ce terme. En ce qui me concerne, je parlais de dictionnaire, de grammaire et, éventuellement, d’histoire de la composition du texte. Le choeur des idées reçues vint donc bien à point parler de mythologie pour qualifier la grammaire et l’usage de la langue.🙂 Mais pourquoi parler de « mythologie » à propos de la Bible abaisserait-il son contenu ?

    [elohim a dit]

    Les étymologistes ont observé que, dans le creuset indo-européen des langues, où l’hébreu a puisé une part de sa substance,

    pharisien libéré
    L’hébreu n’est pas une langue indo-européenne mais une langue du groupe sémitique. Ses règles sont donc différentes. Mais votre remarque prouve s’il en était encore besoin que vous recopiez un argumentaire faute de connaissance réelle et sérieuse de la langue hébraïque.

    Le reste de votre message est hors sujet. Je signale toutefois que votre étymologie du démonstratif latin à partir d’une origine hébraïque est fausse. Je suppose que tout le monde aura compris que votre connaissance des langues anciennes est asymptote à ZERO.

  5. Je ne me connais pas dans l’Hébreu, mais je trouve ce sujet fascinant. Ma question est simple, serait-il possible que le terme Elohim corresponde à l’expression «Corps de Christ», plusieurs membres formant un seul Corps ? et si tel serait le cas toucherions-nous ici à un concept de préexistence des élus ?

  6. Neokoros Said:
    Ma question est simple, serait-il possible que le terme Elohim corresponde à l’expression «Corps de Christ»

    Pharisien Libéré répond
    En aucun cas. Il n’y a aucune possibilité dans le sens que vous dites.

  7. […] invention que ce “pluriel de majesté” qui n’existe pas dans l’hébreu biblique ; la comparaison  avec […]

  8. Bonjour,

    Suis très heureux d’avoir pu lire vos explication sur le mot « Elohim » et vous en remercie infiniment. Pour moi, jusqu’à présent le mot « Elohim » voulait dire « dieux » et Eloha « Dieu ». Mais, si Elohim est d’une forme pluriel signifiant « les dieux » qui sont alors ces dieux ?
    Dans l’attente d’une réponse, avec mes remerciements,

    Hugues.

    • Je suppose que vous avez aussi lu dans l’article que cette forme plurielle était utilisée comme un augmentatif et de ce fait, accordée au singulier ? Augmentatif dans son usage parce que la langue de la Bbile ne connaît ni superlatif ni comparatif ?

      Le singulier le plus fréquemment rencontré pour Elohim est « El ». On ne rencontre pas « Eloha » mais « Eloah », très peu souvent et surtout dans Job. Si la façon de désigner D.ieu avait été une forme féminine, la face du monde en aurait été changée.

  9. Je crois que mon précédent post n’a pas été validé car le PC a coupé avant la validation.

    Je repasse mon post au cas où :

    Pour quelle raison ne pas avoir utilisé en permanence l’augmentatif au lieu d’utiliser parfois l’augmentatif et parfois le singulier?

    En tout cas votre post attaque une croyance raëlienne (je ne suis pas raëlien bien sûr), mais l’enseignement laïc de l’histoire des religions peut permettre de contrer les abus sectaires.

    • La Bible n’a pas été érite d’un bout à l’autre par un seul auteur. En outre, ces divers auteurs vivent à des époques différentes. Il en résulte que leur « représentation de D.ieu », l’idée qu’ils s’en font est à chaque fois différente.

  10. If only I had a dollar for each time I came to pharisienlibere.wordpress.com! Great article!


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