Paul Tillich devient athée dans Wikipédia !


Décidement, Wikipédia n’est pas plus fiable en anglais qu’en français. Dans l’article “non-théisme”, Sydney Hook Secular Humanist, est cité par Wikipedia:

With amazing courage Tillich boldly says that the God of the multitudes does not exist, and further, that to believe in His existence is to believe in an idol and ultimately to embrace superstition. God cannot be an entity among entities, even the highest. He is being-in-itself. In this sense Tillich’s God is like the God of Spinoza and the God of Hegel. Both Spinoza and Hegel were denounced for their atheism by the theologians of the past because their God was not a Being or an Entity. Tillich, however, is one of the foremost theologians of our time.

Encore un qui parle de Tillich sans avoir lu Tillich. Au passage, on notera que la compréhension parisienne de Spinoza a franchi l’Atlantique.

Dans un recueil d’articles édités par André GOUNELLE, ” Dieu au-dessus de Dieu,” [1], le titre est emprunté à Jehan Eckhart et le livre rassemble une série de conférences données aux USA autour de 1940-1950 et publiées en français en 1955.

Tillich distingue le dieu des religions et “D.” [2], à savoir la représentation que les hommes s’en font et ce que l’Un ultime pourrait “être”.

Les conférences étaient données en milieu athée ; on ne peut dire que la conférence sur le kerygme en est plus compréhensible.

Bien entendu, s’agissant de transcendance, on peut dire que dieu “existe“. C’est la célèbre distinction entre l’essence et l’existence. Toutefois, comme chez la plupart des théologiens du Process, D. n’est pas. Il advient.

C’est en 4 mots, donc inexact. Si Tillich a écrit une théologie systématique en 3 volumes, c’est sans doute parce que 4 mots ne suffisent pas.

En conséquence, pour dire que Tillich est athée, il faut avoir un sacré culot ou ne pas l’avoir lu. Le non-théisme n’a rien à voir avec l’a-théisme sauf si l’on tient pour référence à l’image de Dieu que présentent les religions et que D. lui serait identique en tout point, le réduisant à un “être” qui peut être défini, donc fini. Si tel était le cas, on pourrait parler de 3 dieux uniques à propos du D. des monothéismes. Tillich dit que cramponner sur des telles images de dieu (e.g. dans l’idée fréquemment répandue que le dieu de l’autre est un faux dieu, qui est l’antienne du supersessionnisme) est une version de l’idolatrie. Tillich est athée des dieux du dogmatisme, ce qui ne le rend pas membre du petit club auquel Hook veut l’annexer.

Dans le monde de l’athéisme fondamentaliste, on se dispense de lire les oeuvres pour parler des convictions des auteurs. C’est même l’une des caractéristiques du fondamentalisme. Le fondamentalisme ne lit pas ou ne lit qu’un petit corpus restreint et canonisé par ses instances.

notes

  1. ↑1 coll. « Petite bibliothèque protestante », Les Bergers et les Mages, Paris, 1997, 120 pages.
  2. ↑2 L’ abréviation n’est pas de Tillich mais se rencontre fréquemment parmi ses lecteurs

pour aller plus loin

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8 commentairesLaisser un commentaire

  1. Une petite question:
    – qu’entendez-vous par la « compréhension parisienne de Spinoza »?
    J’aime bien votre blog. Salutations.

  2. Merci pour le compliment.

    La compréhension parisienne de Spinoza consiste à en faire un athée au sens contemporain du mot alors qu’il n’était athée que du dieu que lui proposaient aussi bien sa communauté juive d’origine, celle qui l’avait exclu que du dieu proposé par les Réformés des Pays Bas. Sa communauté d’origine était composée de Nouveaux chrétiens revenus au judaïsme, en fait des gens qui devaient suivre à nouveau une instruction dans le judaïsme. La scolarité était d’ailleurs tout à fait perfectionnée dans cette « nation juive » d’Amsterdam. Ce qui ne l’empêcha pas de « tomber » dans l’hérésie de Sabbataï Tsevi, un candidat Messie du 17ème siècle.

    La tolérance proverbiale aux Pays-Bas fut développée après sa mort car la plupart de ses oeuvres furent posthumes.

  3. Cela ne vaut pas le verbe de Benny Levy ! 😉

  4. En même temps, le préfixe a- et le préfixe non- ont la même signification, il me semble. Donc l’athéisme peut aussi être vu comme une opposition spécifique au théisme (si on prend « théisme » au sens étroit), et inversement, le non-théisme peut être vu comme l’absence de croyance en Dieu (si on prend « théisme » au sens large).

    Cordialement,
    Miky

  5. On 25 décembre 2007 at 10:32 Miky Said:
    En même temps, le préfixe a- et le préfixe non- ont la même signification, il me semble.

    Certes. L’artifice est linguistique et sert à faire la distinction.

    Miky Said: Donc l’athéisme peut aussi être vu comme une opposition spécifique au théisme (si on prend “théisme” au sens étroit), et inversement, le non-théisme peut être vu comme l’absence de croyance en Dieu (si on prend “théisme” au sens large). Donc l’athéisme peut aussi être vu comme une opposition spécifique au théisme (si on prend “théisme” au sens étroit), et inversement, le non-théisme peut être vu comme l’absence de croyance en Dieu (si on prend “théisme” au sens large).

    Dans l’absolu, vous avez raison. C’est le contexte qui éclaire la distinction. Le fait que l’auteur cité soit « secularist » d’une part et l’enjeu aux Etats-Unis entre les « humanist secularist » et les évangélicalistes. Le mouvement « secular humanism » (dans les derniers articles que j’ai lus) ressemble plus à l’athéisme radical qu’à l’athéisme philosophique, cadre dans lequel votre remarque tient tout à fait la route.

  6. « Bien entendu, s’agissant de transcendance, on peut dire que dieu “existe“. C’est la célèbre distinction entre l’essence et l’existence. Toutefois, comme chez la plupart des théologiens du Process, D. n’est pas. Il advient. »

    Mon « Dieu(x) », la théologie c’est intéressant, mais bon D. que c’est compliqué par moment. 🙂

    Plus sérieusement, toujours sur wikipédia, Whitehead est classé dans la catégorie « Philosophe agnostique. » C’est une erreur il me semble non?

    Alfred North Whitehead

  7. Anthaeus Said: Plus sérieusement, toujours sur wikipédia, Whitehead est classé dans la catégorie “Philosophe agnostique.” C’est une erreur il me semble non?

    si vous vous fiez à ce que raconte wikipédia, nous sommes mal partis !

  8. Justement, je ne me fie pas à Wikipédia, c’est pour cela que je vous faisais remarquer que Whitehead était catégoriser agnostique comme Tillich était affiché athée.

    Je me doute bien que ça n’a d’encyclopédie que le nom.


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