Le jour d’après


Le vrai visage de Marie Madeleine

Quelques groupes de chercheurs tentent de restaurer la réputation de Marie-Madeleine. Tel était l’objet du film sur “le vrai portrait de Marie Madeleine” présenté sur la chaîne histoire ce mercredi 28 mars à 20:45. L’émission fait partie de la série BBC “les mystères de la Bible”, produite par Jean-Claude Braggard.

Episode :
Catégorie : Documentaires séries
Origine : Royaume-Uni ;2004
Produit par : BBC
Réalisé par : Jean-Claude BRAGARD
Résumé produit par la chaîne: On se souvient d’elle comme de la prostituée sauvée par Jésus, la pêcheresse qui a lavé ses pieds avec ses larmes et les a séchés avec ses cheveux. Elle s’appelait Marie-Madeleine. A-t-elle été victime de la pire des cabales de l’histoire ? De nouvelles preuves révèlent que non seulement Jésus l’a embrassé sur la bouche mais qu’il l’avait élu pour transmettre son message…
Diffusion : Mercredi 28 Mars 2007, 20h50
Rediffusions : Dimanche 01 Avril 2007, 18h30-Samedi 07 Avril 2007,
18h15- Dimanche 15 Avril 2007, 13h50

En fait, nombreux sont ceux qui ont remarqué que plusieurs personnages étaient désignés sous ce nom. Pour ce qui est de la femme au parfum, les récits sont différents :

Au texte !

Marc 14

3 Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, une femme entra, pendant qu’il se trouvait à table. Elle tenait un vase d’albâtre, qui renfermait un parfum de nard pur de grand prix; et, ayant rompu le vase, elle répandit le parfum sur la tête de Jésus.
4 Quelques-uns exprimèrent entre eux leur indignation: A quoi bon perdre ce parfum?
5 On aurait pu le vendre plus de trois cents deniers, et les donner aux pauvres. Et ils s’irritaient contre cette femme.
6 Mais Jésus dit: Laissez-la. Pourquoi lui faites-vous de la peine? Elle a fait une bonne action
à mon égard;
7 car vous avez toujours les pauvres avec vous, et vous pouvez leur faire du bien quand vous voulez, mais vous ne m’avez pas toujours.
8 Elle a fait ce qu’elle a pu; elle a d’avance embaumé mon corps pour la sépulture.
9 Je vous le dis en vérité, partout où la bonne nouvelle sera rêchée, dans le monde entier, on
racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait.

Matthieu 26

6 Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux,
7 une femme s’approcha de lui, tenant un vase d’albâtre, qui renfermait un parfum de grand prix; et, pendant qu’il était à table, elle répandit le parfum sur sa tête.
8 Les disciples, voyant cela, s’indignèrent, et dirent: A quoi bon cette perte?
9 On aurait pu vendre ce parfum très cher, et en donner le prix aux pauvres.
10 Jésus, s’en étant aperçu, leur dit: Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme? Elle a fait une bonne action à mon égard;
11 car vous avez toujours des pauvres avec vous, mais vous ne m’avez pas toujours.
12 En répandant ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour ma sépulture.
13 Je vous le dis en vérité, partout où cette bonne nouvelle sera prêchée, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait.

Luc 7

36 Un pharisien pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du pharisien, et se
mit à table.
37 Et voici, une femme pécheresse qui se trouvait dans la ville, ayant su qu’il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum,
38 et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum.
39 Le pharisien qui l’avait invité, voyant cela, dit en lui-même: Si cet homme était prophète, il connaîtrait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, il connaîtrait que c’est une pécheresse.
40 Jésus prit la parole, et lui dit: Simon, j’ai quelque chose à te dire. -Maître, parle, répondit-il.
41 Un créancier avait deux débiteurs : l’un devait cinq cents deniers, et l’autre cinquante.
42 Comme ils n’avaient pas de quoi payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel l’aimera le plus?
43 Simon répondit: Celui, je pense, auquel il a le plus remis. Jésus lui dit: Tu as bien jugé.
44 Puis, se tournant vers la femme, il dit à Simon: Vois-tu cette femme? Je suis entré dans
ta maison, et tu ne m’as point donné d’eau pour laver mes pieds; mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux.
45 Tu ne m’as point donné de baiser; mais elle, depuis que je suis entré, elle n’a point cessé de me baiser les pieds.
46 Tu n’as point versé d’huile sur ma tête; mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds.
47 C’est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été pardonnés: car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu.
48 Et il dit à la femme: Tes péchés sont pardonnés.
49 Ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes: Qui est celui-ci, qui pardonne même les péchés?
50 Mais Jésus dit à la femme: Ta foi t’a sauvée, va en paix

Jean 11

2 C’était cette Marie qui oignit de parfum le Seigneur et qui lui essuya les pieds avec ses
cheveux, et c’était son frère Lazare qui était malade.

Jean 12

2 Là, on lui fit un souper; Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui se trouvaient à table avec lui.
3 Marie, ayant pris une livre d’un parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus,
et elle lui essuya les pieds avec ses cheveux; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum.
4 Un de ses disciples, Judas Iscariot, fils de Simon, celui qui devait le livrer, dit:
5 Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cent deniers, pour les donner aux pauvres?
6 Il disait cela, non qu’il se mît en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et que, tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait.
7 Mais Jésus dit: Laisse-la garder ce parfum pour le jour de ma sépulture

Quand on dispose les passages d’évangiles qui évoquent “la pècheresse au parfum” sans même lui donner un nom, on se rend compte que plus le péché de la femme s’alourdit, plus celui de l’hôte s’allège. En effet, la lèpre est considérée, dans le Lévitique,  comme une manifestation du péché. Etant donne le climat d’ensemble des évangiles concernant les pharisiens, on peut penser que celui-ci n’est pas lépreux par hasard. Dans Luc, le pharisien se nomme Simon et n’est plus lépreux mais il condamne plus férocement la femme au parfum. Dans Jean, la femme au parfum a un nom ; elle est connue comme soeur de Marthe et Lazare et ce dernier contexte est rappelé ; aucun lien avec le village de Magdala. On comprend que les bases du personnage de la pècheresse au parfum sont plus que fragile et repose sur la multiplicité des Marie présentes au pied de la croix. Il s’agit de faire le tri entre elles.

Grégoire VII associe aussi Marie-Madeleine à la femme aux 7 démons sans donner de véritable lien issu du texte ; d’autres l’associent à celle au flux de sang. On peut regretter que les producteurs de l’émission non plus que les intervenants n’aient pas trouvé de bon de rappeler les textes ci-dessus quoiqu’ils leur servent de point de départ. Personne n’a donné  les éléments qui conduisent de ces quelques phrases à la personnalité ou à la figure de Marie Madeleine. Plus regrettable, personne n’a fait les quelques remarques concernant les glissements de sens dans le récit d’un personnage à l’autre.

Ces quelques remarques liminaires sont absentes du documentaire et on peut le regretter.

professeurs et chercheurs

contexte

Si les traditions s’entendent à faire de Marie Madeleine, c’est à dire Marie de Magdala une
prostituée ou la femme aux 7 démons, les chercheurs réunis musent autour d’elle afin de déterminer ce qu’on en peut vraiment savoir. Le titre du film “le vrai portrait de
Marie-Madeleine”
est assez trompeur car le contenu du film se rempli des “peut-être” et des “si” des chercheurs ; le montage en juxtaposition de passages de discussion entre les réalisateurs et les chercheurs accentue le caractère hypothétique de leurs propositions.

Par exemple, qu’est ce que ce nom de lieu accolé à son nom ? Pour Tal Ilan, ce nom de lieu dénote qu’elle est célibataire faute de quoi elle porterait le nom de son mari. Le nom de lieu signifie la “tour du poisson salé” et désigne un village dont l’industrie principale consistait en pêche et salaison. Mais comment se fait-il qu’elle soit célibataire, cette situation de famille étant suspecte à l’époque ? S’il apparaît qu’elle est aussi la femme aux 7 démons, donc possédée, il est clair que cette possession a empêché qu’on lui trouve un parti. La possession exprime, à l’époque, ce que nous nommons troubles mentaux. Certaines femmes préféraient la situation marginale de possédée, simulée, quand elles étaient opprimées. Toute femme qui n’accepte pas le modèle peut être stigmatisée par “C’est le diable”. Le revers à une situation sans attache aboutit à un seul moyen d’existence, dans ce choix de vie, était alors la prostitution.

Tal Ilan insiste sur la pression fiscale romaine qui créait des états de misère conduisant à la prostitution ans les villes de garnisons voire à l’esclavage des enfants chez les créanciers, donc à une mise en situation où ils ne sont pas libres de choisir d’appliquer ou non une loi éthique.

Toutefois, selon Karen King, l’idée de prostitution proviendrait du Midrash Rabba sur les lamentations [1]qui contiendrait une malédiction sur le lieu décrit comme un lieu de fornication. Tous les intervenants attirent l’attention sur l’attrait du message de Jésus sur les marginaux. Dans leur bouquet d’hypothèses, Marie de Magdala s’attache aux pas de Jésus justement parce qu’elle n’a pas d’attache et que cette collectivité est intégratrice [2].

sources textuelles du personnage de Marie-Madeleine

Les intervenants préfèrent les sources apocryphes pour parler de Marie Madeleine. Sur le fond, c’est bien naturel car la canonisation ne confère aucun surcroit de vérité historique ou sociologique aux textes les plus connus. Les papiers de Nag Hammadi, découverts en 1947 en Égypte sont décrits par Karen King comme un fond plus important pour l’histoire du premier christianisme que les rouleaux de la Mer Morte. Ce n’est pas discutable car les rouleaux de Qumran parlent des juifs du second temple tandis que les écrits de Nag Hammadi parlent des chrétiens du 2àme au 4ème siècle.

Stephan EMMEL, expert de la langue copte, décrit le statut d’apocryphe concernant les évangiles selon Philippe, Thomas et Pierre. Il exprime le glissement entre textes cachés et textes fantaisistes qui se produit tout au long du processus de canonisation. Si celui-ci se termine dès le 2ème siècle en Occident, en Orient, il se poursuit jusqu’au 6ème siècle. Il en
résulte que les apocryphes, moins recopiés, moins soumis à des controverses sont d’excellents témoignages sur “la vie du temps”. Le mouvement de canonisation a jugé ces textes hérétiques en déclarant qu’ils ne valaient pas d’être lus ; de là à conclure qu’ils étaient fantaisistes il n’y avait qu’un pas, vite franchi. En fait, ils ne correspondaient pas à l’idée que la compréhension dominante le faisait de Jésus.

Dans les apocryphes, Marie Madeleine apparaît comme un disciple de Jésus, celle qui questionne pertinemment et qui comprend avant les autres. [3]

L’évangile selon Philippe [en] en fait une figure clef. Toutefois, les textes sont lacunaires en ce sens que les papyrus sont fragiles, supportent mal l’appétit des fourmis, et apparaissent avec des trous dans le supports sur le contenus desquels on ne peut tirer que des conjectures. On lit toutefois à propos de Marie-Madeleine : “le Sauveur l’aimait” et les disciples demandent pourquoi le Sauveur l’aime plus que les autres disciples. [4]. Stephan Emmel montre la passage où Jésus embrasse Marie-Madeleine “sur la bouche”. En fait, il n’y a pas de passage mais l’une des lacunes béantes signalées plus haut. C’est par déduction du contexte du récit et aussi du fait de la place laissée par le texte manquant que les chercheurs déduisent la fin de la phrase.

Il apparaît donc que Dan Brown tire sa conjecture d’un texte qui n’existe pas. Si toutefois
l’hypothèse est bonne, on se souvient que les récits évangéliques utilisent un langage fréquemment métaphorique voir métonymique. Le “baiser sur la bouche” ne raconte pas systématiquement un évènement qui pourrait être qualifié de “fait historique” dans la compréhension moderne qu’est la compréhension érotique du passage mais le don du souffle, le signe de l’élection.

la résurrection

J. Booth reprend le fil de l’histoire. Le personnage de Marie Madeleine assiste à l’arrestation, à la crucifixion, à la résurrection. Il insiste sur le fait qu’à l’époque les femmes ont la charge de la toilette mortuaire. La création de confréries spécialisées genrées est récente et ne remonte pas plus loin que le 17ème siècle comme l’attestent legs, testaments et donations en pays de langue yiddish

Cette toilette leur est dévolue parce que le contact d’un cadavre est réputé impur. Cette charge donne donc une idée de l’estime accordée aux femmes et, partant de ce que vaut le témoignage d’une femme. Tal Ilan, qui pense par ailleurs, que Marie-Madeleine est une femme délivrée de la possession ou ayant simulé la possession pour acquérir une certaine indépendance, ajoute que le témoignage d’une femme réputée “folle à lier” accroît
les raisons des apôtres de douter de ses déclarations. Toutefois, l’apparition est pour elle et les gens de sa communautés le ressentent comme un signe d’élection ou le récit insiste sur le fait qu’il s’agit d’un signe d’élection. Ce détail de la première apparition à Marie-Madeleine est repris dans l’évangile selon Jean qui se trouve être le plus contemporain de la rédaction de ces récit apocryphes de Nag Hammadi et, pour partie, rédigés dans le même milieu. [5]. On ne peut savoir, bien évidemment si Jésus est ressuscité. [6] ou si Marie-Madeleine a conçu cette image en son cœur. Cette idée sauve le mouvement chrétien, dont les participants les plus saillants dans les récits évangéliques, nous sont présentés dans une situation où ils perdent le moral jusqu’à la Pentecôte, [7] et, pour devenir apôtre, il faudra avoir été témoin de sa mort et de sa résurrection. Si l’on prend cette déclaration au pied de la lettre, ne sont concernés qu’un groupe de femmes dont beaucoup de Marie dont Marie-Madeleine, et Jean. Les autres sont au loin à l’instant décisif.

Marie-Madeleine n’est nulle part qualifiée d’apôtre, sauf dans les apocryphes, celui de Philippe et l’Evangile de Marie..

l’évangile de Marie

En 1896, un érudit allemand [8] tombe sur un curieux papyrus relié en cuir sous forme de codex. Il s’agit de l’Evangile de Marie dont le récit commence juste après la résurrection. Marie de Magdala incite les apôtres à partir en mission et affirme aux apôtres qu’ils seront protégés. Chez Philippe, Marie représente la sagesse ; dans l’évangile de Marie, elle dirige une communauté et enseigne la sagesse. André lui crée une controverse : les enseignements de Marie seraient différents de ceux du Sauveur. Tandis que Pierre conteste sa direction : “sommes nous supposés boire ses paroles ?”[…] “Jésus la préférait-il à nous ?” […] . On entend la controverse sur l’aptitude d’une femme a diriger la petite troupe en désarroi. On entend aussi l’écho des discussions et antagonismes entre les diverses communautés déjà présent au début du tardif récit des enfances dans Luc [9]. Pierre voit dans Marie une rivale tandis que l’apocryphe le qualifie d’éclairé.

On ne trouve aucune référence à l’évangile de Marie avant 1896, dont 4 fragments en grec furent aussi trouvés dans une décharge. Stéphane Emmel estime ancien ce texte copte et le fait remonter à la fin du 2ème siècle ou au tout début du 3ème.

Si le texte est bon, il est normal qu’il ait disparu du Nouveau Testament. Il critique les disciples déjà sanctifié par la rumeur publique et Marie y apparaît comme l’apôtre des apôtres. Emmel considère que l’auteur pourrait être une femme érudite d’une communauté chrétienne qui aurait été déjà féministe pour employer un terme parfaitement anachronique pour décrire la situation. Il faut se souvenir que la structure hiérarchique des églises n’existe pas aux premiers temps du christianisme. On se réunit dans des maisons autour de petites bouffes.[10]. Les lettres de Paul signalent des femmes prophètes et des femmes soutien de communautés, pensons à Thècle qui soutient Paul ; il n’est donc pas exclu que des femmes puissent avoir été à la tête de certaines d’entre elles. D’ailleurs, un récent dossier de Golias en administre une preuve archéologique[11]

La sélection des évangiles reflète donc les conséquences des dissensions entre les diverses communautés juives messianiques du mouvement de Jésus. Tal Ilan affirme que certaines de ces dissensions avaient pour origine le fait que des communautés furent
dirigées par des femmes. Dans ce cadre de pensée, Pierre représente l’archétype de l’opinion des hommes sur ce phénomène tandis que Marie-Madeleine est une figure de ces femmes en général. Marie-Madeleine devient donc un problème qu’il s’agit d’éliminer. On peut donc penser qu’est un critère d’hérésie “dans les livres” le fait qu’il émane d’une communauté féminine ou dirigée par une femme. Rappelons que la canonisation conduit à une disparition des livres sur injonction officielle. Athanase, par exemple donnera des injonctions de ce type mais des fragments de littératures attestent que certains se vantent d’avoir remis de “faux livres” et d’avoir enterrés les bons. La trouvaille de Nag Hammadi pourrait bien être l’une de ces caches appartenant à des communautés gnostiques. Quand l’Eglise s’institutionnalise, aux 4ème et 5ème siècle, elle évince les femmes.

Karen King dit que la réécriture du rôle de Marie-Madeleine et de toutes Maries du Nouveau Testament date de cette époque. En Jean, la femme au parfum est Marie, la sœur de Marthe et de Lazare ; il n’y a pas d’association à une quelconque pécheresse, mais le 4ème évangile eut un mal de chien à entrer dans le canon, peut-être à cause de l’association de son auteur avec l’auteur des écrits apocalyptiques qui étaient peu appréciés par les occidentaux. En revanche dans les synoptiques, l’association avec la pécheresse est présente partout à divers degrés sans qu’il soit jamais question de prostitution. C’est la tradition qui lui attribue ce type de péché parce qu’à l’époque, elle est un type de débauche le plus généralement féminin

C’est au VIème siècle que Grégoire le grand assoie l’idée que Marie Madeleine est la femme aux 7 démons sans que les arguments soient franchement convaincants. Elle devient donc le modèle de la prostituée repentie. Sa figure est utilisée pour culpabiliser les nouvelles converties. Les femmes, par nature, doivent se repentir avec Eve face à la figure de Marie qui se construit. Marie Madeleine devient alors “une sainte de la repentance“. Si l’on suit le raisonnement de Tal Ilan, par l’introduction de la culpabilité qui serait essentielle aux femmes, la figure de Marie Madeleine crée le christianisme à elle seule. En 1969, l’ECAR lui retire la profession de prostituée. Tal Ilan conclut bien à propos disant qu’elle n’a pu venir mourir en Provence.

conclusion

Ce genre d’émission de vulgarisation n’existe pas en pays francophones. Ce que nous avons vu sur ARTE, dans le projet d’une vulgarisation de la recherche sur le texte biblique et l’histoire du temps, était d’un meilleur niveau : les groupes de chercheurs étaient parfaitement identifiables dans leurs consensus comme dans leurs opposition. Surtout, ils s’exprimaient le texte à la main ; ils montraient donc “le travail en train de se faire”.. Au revers, le caractère élitiste du propos fut l’occasion d’une levée de boucliers. Nombre de chrétiens considérèrent qu’il s’agissait d’une entreprise de destruction du christianisme pour l’unique raison que les études classiques ne sont plus aussi répandues que nécessaire. Rien de semblable dans la série, de qualité inégale, dont certains épisodes tombent dans la facilité d’une lecture “Diatessaron” des évangiles, comme c’est le cas pour l’épiosde des 12 apôtres. Ici, rien de semblable. Les chercheurs pour estimables qu’ils soient, donnent leur interprétation en sautant les étapes du raisonnement ; en quelque sorte, ils considèrent que cela n’interessent pas le spectateur ou le dépasse. C’est le courant “Gender” qui s’exprime de façon homogène. Dans cette  mesure, il s’agit bien de vulgarisation   où les chercheurs invités ne s’appesantissent ni sur les détails techniques qui les mènent à telle ou telle conclusion ni sur les posirtions des autres groupes chercheurs. Cela incite peu le spectateur à s’autonomiser. Le Dr. EMMEL montre les lacunes des papyrus ; il est le seul à aller jusque là mais le retentissement du livre de Dan Brown dans le grand public anglophone justifie cette démarche.

On peut regretter que le panel de chercheurs invités ne soit pas plus international. Quelques uns des chercheurs exercent dans des universités allemandes mais aucun chercheur allemand a fortiori francophone. Ce qui fait que toutes les références à des ouvrages francophones susceptibles de prolonger la réflexion sont de la rédaction du Pharisien Libéré.

En particulier on peut regretter l’absence dans ce débat d’un élément qui apporterait un avis contradictoire comme Régis Burnet, Marie-Madeleine (Ier-XXIe siècle) :
De la pécheresse repentie à l’épouse de Jésus
, [12]. Burnet y montre que la peinture et la sculpture ont leur part dans la réception de la figure de Marie-Madeleine jusqu’à la confondre parfois [13] avec Lady Godiva , une femme sacrifiée dans son honneur pour expier les exactions de son mari. On connaît quelques statues en bois de Marie Madeleine,
debout entièrement recouverte de ses longs cheveux qui lui donnent quelque chose de l’allure d’une colonne grecque cannelée. [14]

notes

  1. ?1 improprement présenté comme “les lamentations de Rabba”
  2. ?2 On pense à la discussion sur le sort des veuves, évoquées dans Actes. Etant donné ce qu’était le sort des femmes sans le soutien d’un homme, fils, mari ou frêre, on doit comprendre qu’il ne s’agit pas d’une vaine discussion identitaire mais que l’égalité de traitement entre toutes les veuves revêt une importance cruciale dans une époque où la morale publique leur interdit de se remarier.
  3. ?3 Ce phénomène semble anodin ; il a été constaté dans l’évangile selon Judas dans lequel Judas apparaît non comme l’archétype du traître mais comme l’ami, le confident, celui auquel des enseignements secrets sont délivrés et qui agit de concert avec Jésus. Ce phénomène accréditerait plutôt l’hypothèse que chacun des recueils évangéliques a l’ambition d’être le seul vrai témoignage sur les enseignements de Jésus
  4. ?4 On peut aussi replacer cela dans la revendication d’être le seul témoignage authentique
  5. ?5 Cf. dans A l’aube du christianisme, avant la naissance des dogmes, Cerf 1998, de Marie-Emile Boismard, aqui décrit 3 couches de rédaction pour l’évangile de Jean dont une gnostique
  6. ?6 Encore que la compréhension “ressuscité des morts” comme retour de la mort à la vie ne date pas plus loin que de Jérôme, le traducteur de la Bible en latin, en un temps où l’on s’interrogeait sur l’évaluation de la sainteté : peut-on dire d’un vivant qu’il est saint ou bien, dans une compréhension augustinienne de la destinée humaine, l’homme étant soumis au péché doit on attendre sa mort pour en discerner les signes. Le texte dit “relevé d’entre les morts”
  7. ?7 sauf les deux d’Emmaus
  8. 8 Codex Akhmim ou “de Berlin”
  9. ?9 “[1] Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, [2] suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole, [3] il m’a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d’une manière suivie, »
  10. ?10 Maurice Sachot L’Invention du Christ. Genèse d’une religion. Paris,
    Odile Jacob, 1998,
  11. ?11 il s’agit d’un fragment de fresque montrant une femme revêtue d’ornements devenus sacerdotaux
  12. ?12 histoire de la réception d’une figure biblique, Éd. du Cerf, 136 p. Paris, 2004,
  13. ?13 par la représentation de la chevelure et du rôle de celle-ci dans chacune des légendes
  14. ?14 Celle de l’église Saint Jean Baptiste d’Houteville, par exemple

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Published in: on 9 avril 2007 at 1:29  Comments (7)  

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  1. Toutes les religions du Livre se sont méfié de la femme, car sa sexualité est visible tandis que celle des hommes reste un secret, pour résumé en gros c’est la peur de voir le pouvoir échappé par un rapport à une sexualité différente, sans être une femme les société patriarcales sont totalement différentes de celles où là femme est dans une place majeure… Beaucoup d’historiens situent le début de l’Histoire avec la fin du matriarcat, ça a rapport à une sexualité enfin comprise dans la Chronologie, puis la femme dispensatrice de vie est un truc trop fort pour échapper à la censure…

  2. A ce détail près que le matriarcat primitif est un mythe. Ceci dit, vous avez raison : le pouvoir ne se partage pas ; tel est le sens du droit d’ainesse (masculin, parce que si une fille est l’ainée, c’est le premier fils qui hérite), de la loi soit-disant salique, des règles de l’héritage en droit musulman et peut-être de l’exposition des filles en Chine et en Inde de nos jours comme dans la république romaine.

  3. Vous savez pour moi les mythes celtes avec des femmes libres me parlent plus que toutes les chasses au sorcière d’une sexualité qui pose problèmes, je sais que la société celte est un mythe mais des légendes comme Tristan et Yseult et les cycles arthuriens sont des choses qui me marquent plus que toutes les histoires de machos de la méditerrannée qu’ils soient grecs, romains, juifs etc..

  4. […] de “Véronique” un archétype de disciple, c’est un peu comme faire de Marie-Madeleine “le disciple préféré” alors que ce personnage est tout aussi construit sur le nombre improbable de Marie au pied de la […]

  5. […]  Notes: (…) plus le péché de la femme s’alourdit, plus celui de l’hôte s’allège. En effet, la lèpre est considérée, dans le Lévitique, comme une manifestation du péché. Étant donne le climat d’ensemble des évangiles concernant les pharisiens, on peut penser que celui-ci n’est pas lépreux par hasard. Dans Luc, le pharisien se nomme Simon et n’est plus lépreux mais il condamne plus férocement la femme au parfum. Dans Jean, la femme au parfum a un nom ; elle est connue comme sœur de Marthe et Lazare et ce dernier contexte est rappelé ; aucun lien avec le village de Magdala. (Sources : le pharisien libéré) […]

  6. […] Notes: (…) plus le péché de la femme s’alourdit, plus celui de l’hôte s’allège. En effet, la lèpre est considérée, dans le Lévitique, comme une manifestation du péché. Étant donne le climat d’ensemble des évangiles concernant les pharisiens, on peut penser que celui-ci n’est pas lépreux par hasard. Dans Luc, le pharisien se nomme Simon et n’est plus lépreux mais il condamne plus férocement la femme au parfum. Dans Jean, la femme au parfum a un nom ; elle est connue comme sœur de Marthe et Lazare et ce dernier contexte est rappelé ; aucun lien avec le village de Magdala. (Sources : le pharisien libéré) […]

  7. […] Notes: (…) plus le péché de la femme s’alourdit, plus celui de l’hôte s’allège. En effet, la lèpre est considérée, dans le Lévitique, comme une manifestation du péché. Étant donne le climat d’ensemble des évangiles concernant les pharisiens, on peut penser que celui-ci n’est pas lépreux par hasard. Dans Luc, le pharisien se nomme Simon et n’est plus lépreux mais il condamne plus férocement la femme au parfum. Dans Jean, la femme au parfum a un nom ; elle est connue comme sœur de Marthe et Lazare et ce dernier contexte est rappelé ; aucun lien avec le village de Magdala. (Sources : le pharisien libéré) […]


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