Un apôtre nommé Pierre


Le principe de cette série documentaire, Les mystères de la Bible, consiste à alterner des interviews de chercheurs ou d’intellectuels avec des morceaux de docu-fiction. A défaut de voir les diffusion ou rediffusion, elles peuvent s’acheter en DVD. Recenser l’épisode ne consiste pas seulement à “raconter” son contenu. Il faut aussi élucider les relations entre les divers éléments du documentaire et, le cas échéant lister les problématiques qui pourraient avoir été escamotées.

INTERVENANTS CONVIÉS

Pour recenser correctement un documentaire de ce style, il serait souhaitable de trouver l’équivalent d’une description bibliographique comme les auteurs et réalisateurs mais aussi le nom des intervenants et chercheurs interrogés comme on trouve systématiquement à la fin des recueils d’articles une courte notice biographique de chacun des auteurs. Le très complet Bible Film Blog ne donne pas ce type de renseignements.

Dans ces films, le réalisateur, Gillian Bancroft, présente sur le même plan les propos du chercheur, du dilettante, du théologien, de l’ecclésiastique ; la juxtaposition ne suffit pas à faire contrepoint. On peut se demander si ce lissage entre différentes catégories d’intervenants n’est pas à mettre au nombre des problèmes liés à la réalisation ? Dans une perspective documentaire, sur Pierre l’apôtre, est-il indifférent de n’interroger que des théologiens catholiques ? N’aurait -il pas été intéressant, pour le téléspectateur, d’avoir un point de vue orthodoxe oriental sur une primauté revendiquée ?

L’absence de ces informations filmographiques est gênante tant sur le plan du respect du droit d’auteur, que pour le spectateur désireux de poursuivre la réflexion avec les ouvrages ou les articles de l’un ou l’autre des auteurs mis à contribution, par exemple sur le net ou même en librairie. Les producteurs Michel Waekelin, directeur “Ethics & Religion” de la BBC, et Jean-Claude Bragard ne mettent pas ce type de renseignements sur le site officiel de leur série. On pourrait s’attendre à trouver dans le magazine de TV, ou sur le site de la chaîne diffuseuse, ou sur le site du réalisateur ces informations ; il n’en est rien.. Il faut donc la reconstituer. Pour cet épisode, la liste s’établit comme suit :

2 THÉOLOGIENS

  • Andrea Molinari, théologien catholique, St. Joseph Educational Center, Iowa, USA ; spécialiste des actes de Pierre
  • Le père Chris Ciccarino fait la visite des catacombes du Vatican. Aucune information n’est disponible sur le net à son nom, non plus qu’aucune citation dans le site de l’un ou l’autre des participants.

1 PARTICIPANTS A LA FONCTION NON IDENTIFIÉE

  • Philippe Essler ? Il s’exprime sur les fresques.

3 CHERCHEURS DANS LE DOMAINE DU NOUVEAU TESTAMENT

  • Craig A. Evans, Acadia Divinity College
  • Christine Thomas indûment présentée comme théologienne alors qu’il s’agit d’une historienne du Christianisme ancien et d’une archéologue, enseignant à l’Université de Californie à Santa Barbara. Elle écrit sur les actes de Pierre, mais son domaine de compétences couvre tout le christianisme ancien en particulier sous l’aspect des diverses langues mortes dans lequel il s’exprima.
  • John Elliot, université de San Francisco
  • John DRANE,, ses publications en anglais et traduites en français.

1 DIVERS

CADRE ET CONTENU DE L’ÉPISODE :

En 64 de l’ère commune, l’empereur Néron fait exécuter le chef d’une secte juive. Le réalisateur de l’épisode envisage de répondre à la question suivante : “le Vatican est-il construit au dessus de la ‘tombe de Pierre’ ?”

Le narratif repose sur 3 éléments entre lesquels le réalisateur zigzague :

  • les fresques commentées par Philipp Essler,
  • le tombeau dont la visite est assurée par un ecclésiastique
  • des interventions diverses qui tentent de donner à Pierre une consistance historique à partir d’un contexte issu des évangiles mais surtout des Actes de Pierre, des actes apocryphes. Ce recours aux apocryphes se justifie par l’idée que, déclarés tels, ils subirent moins les “corrections doctrinales” [1]apportées par les diverses autorités qui se chargèrent de la canonisation.

LE CONTEXTE

Il est dressé par Craig A. Evans qui décrit le personnage de Pierre comme un homme brouillon “Celui qui lève toujours le premier le doigt dans la salle de classe affirmant qu’il détient la solution mais dont la réponse est toujours à côté de la plaque”. A l’appui de ce point de vue, il rappelle l’épisode où Pierre tire le glaive dans le jardin de Gethsémani pour n’avoir pas compris que le Maître de l’Evangile est un pacifiste, un glaive romain d’ailleurs. Il rappelle que les écrits canoniques décrivent Pierre se soumettant à Jacques, frêre du Seigneur.

Il expose la situation économique de Pierre quand celui-ci retourne chez lui après la mort de Jésus. Il décrit le trafic commercial sur le lac de Tibériade et ses grandes flottes à partir du “bateau de Jésus” et les provinces de Judée et Galilée comme les 2 piliers orientaux de l’Empire, le lieu de contact avec la route de la soie et donc, comme une société cosmopolite..

Craig A. Evans estime le voyage de Pierre à Rome “logique mais sans preuve”. Il décrit Néron comme “fou à lier” et comme assassin de chrétiens.. Là, on regrette que la littérature historique en langue française ne traverse pas l’Atlantique. En effet, Claude Aziza [2]révise l’image traditionnelle de Néron, telle que les Pères de l’Eglise l’avaient véhiculée, selon l’adage qu’on ne prête qu’aux riches. D’une part, on ne peut parler de chrétiens à Rome à la date considérée. Tout au plus, peut-on parler de juifs d’un courant messianiste. De même, Yves Modéran revoie à la baisse le nombre de “chrétiens” en Occident au premier siècle.
[3]

Les interventions de Christine Thomas sont très courtes et au nombre de 2, sans véritable consistance. Au vu de son activité académique, on ne peut que le regretter.

Christine Thomas situe les actes de Pierre. Elle rappelle ce qu’on entend par apocryphes dans laquelle elle montre comment on passe de “pas important” à “pas digne de figurer au canon” puis de là à “pas authentique” alors que les canoniques sont eux-même des pseudépigraphes. Découverts avec les papiers de Nag Hammadi, qui insistent sur la sagesse de Jésus, au sens de corpus philosophique. Elle évoque l’église du “Quo Vadis ?” issue du récit du retour de Pierre quittant Rome lors des persécutions et rencontrant Jésus qui lui, va à Rome. Cette apparition le décide à revenir pour subir le martyr. Les actes de Pierre décrivent un personnage brouillon qui n’a rien de remarquable.. 1 Corinthiens raconte que Pierre voyage avec sa femme. Voir ci-dessous dans le paragraphe “les fresques”, le sort qui est fait à cette déclaration.

Elle décrit aussi le duel des 2 Simon. Pierre s’oppose à Simon le magicien dans une duel de pratiques magiques. Elle insiste sur le fait que ces récits n’ont rien d’historique même si les pratiques magiques sont largement attestées dans le judaïsme du second temple au premier siècle.

Au contraire, la psychologue “biblique” affirme que Pierre a un tempérament de chef et l’on se rend compte au fil des images que son témoignage fait la base de la fiction qui sert de fil rouge à l’épisode. Curieux parti pris si l’on considère que, dans la littérature du premier siècle, la psychologie est absente au profit de la morale (individuelle) ou de l’honneur, forme de morale publique. A la limite, l’introspection pourrait-elle y être représentée par le songe ? Elle affirme qu’il repart en campagne sur un schéma de honte, après l’apparition du bord du lac, caractérisée par la réparation des 3 reniements “Pierre m’aimes-tu ?”. Ici, je ne peux m’empêcher de donner la lecture un peu différente de ce passage que fait Eric Georges, dont le principal mérite d’être exempte de toute psychologie hâtive.

S’ajoute à cette mise en contexte une citation de Karen King, extraite de l’épisode sur Marie Madeleine qui reprend la thématique de la rivalité entre les apôtres pour la succession ; la rivalité mise en valeur est, bien évidemment celle avec Marie-Madeleine.

On regrette qu’aucun de ces experts n’aient eu le texte des évangiles à la main et qu’aucun d’entre eux n’aient été interrogé sur le texte grec du jeu de mots situé en Mathieu 16:18, en particulier sur l’irruption dans un texte écrit dans le troisième tiers du 1er siècle du mot ekklesia, dans un sens concret, un sens second , celui de bâtiment, sens qui n’apparaît qu’au 3ème siècle si l’on en croit le projet Perseus.[4]. Entre la fin du premier siècle et le 3ème siècle, il est assez douteux que les chrétiens soient des chrétiens : ce sont des juifs d’un courant messianiste et ils se réunissent dans les maisons.[5]

LES FRESQUES

La réponse à la question posée par l’épisode est “Oui” si l’on en croit l’ecclésiastique cicerone, qui fait visiter les tombeaux souterrains. Elle est plus mitigée si l’on considère les propos des chercheurs.

Philipp Essler commente la découverte de fresques du premier siècle sous la basilique Sainte Domitille. Ces fresques font partie d’un ensemble de catacombes largement chrétiennes. En particulier, il nous montre un tombeau de “Sainte Pétronille”, qu’il décrit comme la fille de Pierre parce que le portrait présente au pieds de la femme, un petit sac avec des rouleaux qu’on retrouve aussi dans les représentations de Pierre.

Cette explication qui assimile la jeune femme enterrée à la fille de Pierre à partir d’une similitude de nom, peint sur le tombeau pose plus de problèmes qu’il n’en résout.

  • D’une part, quoique la technique s’en soit répandue de nos jours, et surtout que la série aime à intégrer des séquences avec “expérience scientifique et appareillage”, aucune analyse de l’ADN des 2 défunts ne nous est présentée. Le petit sac symbolique n’est tout de même pas suffisant ; il peut tout aussi bien symboliser la pédagogue.
  • D’autre part, supposer que Pétronille est la fille de Pierre suppose qu’elle soit nommée d’après le nom gentilice de son père. Ce nom gentilice est une caractéristique du citoyen Romain. On est donc loin de l’humble pêcheur de Galilée d’autant que si Paul se glorifie de son statut de citoyen Romain, rien dans les évangiles ni dans les Actes non plus que dans les Actes de Pierre ne signale un tel statut pour l’apôtre. Cette supposée “preuve” de la présence d’un tombeau familial n’est pas très sérieuse non plus.

LE TOMBEAU

En particulier, on nous montre un ensemble de tombeaux de défunts aisés. L’ecclésiastique nous montre un ossuaire. C’est une niche destinée à abriter une statue ou une image, ménagé dans un mur recouvert de plâtre rouge et encadré de deux parois latérales. Quelques restes humains ont été mis au jour qui proviendraient, pense-t-on, de l’une des deux parois latérales. Il nous montre un linceul rouge garni de broderies d’or et marqué “Petros”. La richesse du linceul témoignerait du respect dans lequel le défunt est tenu. L’objection est qu’il témoigne surtout de la richesse du groupe social qui l’a enterré et concorde parfaitement avec le secteur funéraire qui est celui de classes sociales aisées. Il ne témoigne pas que le Petros en question vient de Galilée. Par exemple, les ossements n’ont pas subi d’analyse de l’ADN mitocondrial qui permet de signaler la région ou le groupe ethnique dont provient le défunt.

Il affirme que les os des jambes sans pieds “peuvent être ceux de Pierre” parce que “la tradition rapporte qu’il a été crucifié la tête en bas et que les romains coupaient les pieds pour descendre le corps”. L’historien sera tenté de dire que si cette habitude a été constatée chez les romains, on peut penser que Pierre n’a pas été le seul à bénéficier de ce traitement post-mortem. En conséquence, pourquoi ces os seraient-ils précisément ceux de Simon Pierre et non de n’importe quel autre supplicié de la même époque ?

L’ecclésiastique se garde bien de nous dire 3 choses :

  • Qu’il a été fouillé de 1939 à 1952 par Margheritta Guarducci et qu’aucune autorisation de fouille ultérieure n’a été donnée. Margheritta Guarducci a publié qu’elle avait trouvé le tombeau de Pierre et Pie XII a fait l’annonce officielle en 1952. Paul VI accordait du crédit à cette hypothèse quand, en 1968, il annonçait la découverte des “restes de saint Pierre, qui sont dignes de notre dévotion et de notre vénération”.
  • un guide de Rome publié en 1991 et édité par Paul Poupard, cardinal, dit que “les ossements humains qui ont été retrouvés sous les fondations du Mur rouge, n’ont, à l’examen scientifique, révélé aucun rapport avec l’apôtre Pierre”. Dans une réédition la même année, cette phrase a été supprimée, et un nouveau chapitre intitulé “Pierre à Saint-Pierre: une certitude”, a été ajouté. Pourtant dans une conférence pour l’organisateur de voyage Clio, Paul Poupard déclare que le tombeau est celui où “une tradition, venue des chrétiens du 4ème siècle, situait le tombeau de Pierre”. La tradition ce n’est ni de l’histoire ni de l’archéologie.
  • Que cet ossuaire est aussi connu comme Trophée de Gaius, prêtre du début du IIIe siècle de notre ère. Eusèbe de Césarée, historien ecclésiastique du IVe siècle, Gaïus disait qu’il pouvait “montrer les trophées des apôtres” sur la colline du Vatican. D’autres, interprètent très différemment le résultat des fouilles, soulignant que les premiers chrétiens accordaient peu d’attention aux sépultures de leurs morts, et que même si Pierre avait été mis à mort en ce lieu, il est fort peu probable que son corps ait été récupéré. Le théologien Oscar Cullmann, “les fouilles vaticanes n’identifient pas du tout le tombeau de Pierre”

L’ecclésiastique nous présente une visite des lieux calée sur la doctrine catholique sans réel contrepoint “scientifique”. Le documentariste ne fait donc ps son boulot. Ce n’est donc pas un “documentaire” mais un cours de catéchisme.

QUESTIONS POSÉES PAR LA RÉALISATION

La narration, en voix-off, réclame une vigilance de tous les instants au téléspectateur. Cette attention peut être dispersée par le montage en tranche napolitaine : une couche d’interview de chercheur, une couche de documentaire fiction, c’est à dire de reconstitution du récit évangélique “en costumes d’époque”. Alors que le narrateur en voix off dit selon les cas, “Selon la légende”, “selon l’évangile”, “selon une très ancienne tradition”, le docu-fiction montre le récit évangélique en action ; l’image sature alors l’attention et le risque est grand que le spectacle vu supplante la mise en garde du narrateur quant aux divers niveaux de vérité. “L’évangile” est toujours considérée en diatessaron. Cela signifie que les épisodes manquants dans un texte sont complétés par des pièces du puzzle qui peuvent se trouver dans un autre. Le changement de ressource évangélique n’est pas toujours signalé sauf si le recours est un texte réputé apocryphe. L’utilisation de l’apocryphe est toujours celui d’une pièce de puzzle.

PROBLÉMATIQUES ÉSCAMOTÉES

“LE PREMIER PAPE”

Cette expression est accompagnée de “selon la légende”. Ce qui est une bonne chose : ce personnage de Pierre, bien situé dans les récits du Nouveau Testament, demeure mal circonscrit d’un point de vue historique.

En particulier, rien n’atteste de façon certaine sa présence comme son martyre à Rome [6]. Surtout, le mot Pape pour désigner un épiscope apparaît au lendemain de la dernière persécution de Domitien à Alexandrie en 302. Il désigne Pierre d’Alexandrie, un successeur de Marc celui-là, qui pris le maquis, plus exactement le désert, pour organiser la défense des chrétiens depuis l’extérieur tandis que Mélèce organisait la défense de l’intérieur.
[7]. Odon Vallet signale [8] que ce n’est qu’au 6ème siècle de l’ère commune que cette expression désignera l’évêque de Rome.

Une lettre de l’Eglise de Rome à celle de Corinthe montre une structure collégiale du gouvernement de l’assemblée romaine [9] tandis qu’au 2ème siècle, une lettre d’Ignace d’Antioche, dans laquelle il dissuade l’église de Rome de secourir celle d’Antioche alors persécutée ne mentionne aucunement l’évêque alors qu’il l’évoque dans toutes ses autres missives aux autres villes. Le pasteur d’Hermas, qui date de la première moitié du 2ème siècle atteste le maintien d’une structure collégiale dans l’église de Rome : il n’évoque que des groupes de ministres. Yves Marie Hilaire poursuit disant que Calixte Ier (né vers 217) est le premier personnage semblant avoir assumé le poste d’évêque et ayant quelque consistance historique ; en conséquence tous les personnages le précédant dans le Liber Pontificalis doivent être renvoyés au légendaire [10].

En ce qui concerne le périmètre des pouvoir épiscopaux, ils ne sont définis qu’u 3ème siècle à Alexandrie qui est la communauté la plus nombreuse parce que la plus ancienne, issue du judaïsme alexandrin. Dans la première génération d’apôtres, la fonction n’existe pas.

LE TEXTE GREC DE L’ÉVANGILE

En Mathieu, 16:18:

épi tautê tê pétra oikodomêsô mou tên ekklêsian

le verbe “oikodomêsô” fait référence à la maçonnerie et à rien d’autre ; En sorte qu’ayant ekklêsian pour complément d’objet à l’accusatif, cela va très bien : une église est bien, de nos jours, un bâtiment. Au temps où “selon Matthieu” fut rédigé, une église, c’est une assemblée. Elle se convoque ou se renvoie, elle se dissout mais ne se construit pas.

Sauf que, au temps où “selon Matthieu” fut rédigé, les églises “bâtiment” n’existaient pas. Les proto-chrétiens se réunissaient dans des maisons. Il faut attendre le 3ème siècle de l’ère commune pour que des bâtiments se nomment “église” Une préfiguration sous forme de “tour bâtie sur les eaux “apparaît toutefois dans le Pasteur d’Hermas déjà cité mais c’est le bâtiment qui est métaphore de l’assemblée.

En outre, le verset contient une rupture syntaxique. Le verbe se construit avec epi, lequel attend l’accusatif alors que le texte cité montre le datif (pas d’ablatif en grec). Pourtant, dans le même “selon Matthieu”, quand il s’agit de construire une maison, comme dans la parabole des 2 maisons, la maison bâtie sur le roc (Mt 7 24-27) utilise bien l’accusatif après “epi”. L’usage du datif après ce verbe ne se répand, selon mon prof de grec, agrégée de lettes classiques mention grec, qui prépare au concours les agrégatifs d’outre mer, qu’au 6ème siècle de notre ère.

Ledit verset est dans tous les manuscrits de Matthieu, contenant le chapitre, qui nous sont parvenus. Ce qui attesterait son caractère récent puisqu’il n’a subi aucune de ces altérations qui caractérisent les documents souvent recopiés.. Ce mot survenu du 3ème siècle dans un texte réputé du premier siècle cadre assez bien avec les propos de Rubenstein : c’est le temps où l’évêque de Rome commence de réclamer une primauté que les autres métropolites d’Antioche, d’Alexandrie, berceau du christianisme, de Constantinople, ne sont pas disposés à lui consentir.

conclusion

Toutes les églises régionales se réclament d’un apôtre tutélaire. Paul voyage dans l’ancien monde grec qui comprend alors l’Asie Mineure : Corinthe, Ephèse, Philippes. L’activité d’André en ait un aventurier du monde scythe, dont la Russie méridionale ; les arméniens s’en réclament. Thomas personalise le projet oriental, c’est à dire, selon les traditions, le monde parthe au delà de l’Euphrate ou “l’Inde supérieure”, c’est à dire le fond du monde connu.

Le patriarcat occidental est le seul à envoir fait un argument politique quoique Marie Françoise Baslez signale “qu’aucune tradition apostolique ne considère la méditerranée occidentale” [11]

Le documentaire ne respecte pas les chercheurs convoqués. D’ailleurs, Craig A. Evans ne parle pas de contribution mais d’interview pour signaler sa participation à cette série. Elle est décevante quant à la qualité des documentaires auxquels la BBC nous a habitués. Certes, elle vulgarise mais elle ne présente pas les problématiques de la recherche actuelle. J’ai, par ailleurs, remarqué que le Dr. Mark Goodacre avait aussi un point de vue propre et proprement critique sur la série au point d’écrire à Michael Waekelin (à la date du 15 avril 2004)

épisode décevant et à la limite du documenteur en cela qu’il tend à confondre les doctrines et l’histoire !

notes références et bibliographie

  1. ?1 le créateur de cette expression est l’inoubliable Raymond E. Brown pss dans “Que sait-on du Nouveau Testament ?” Bayard, 1998
  2. ?2 Néron : Le mal aimé de l’Histoire collection découvertes Gallimard, 2007
  3. ?3 A cet égard, une carte du Monde chrétien au temps de Justinien (i.e. au 6ème siècle) est toute à fait éclairante ; elle est publiée page 136, dans Histoire du christianisme : Pour mieux comprendre notre temps sous la direction de Alain Corbin, au Seuil, 2007
  4. ?4 Déjà, Hubert Pernot dans les remarques qu’il donne à sa très belle traduction des Les quatre evangiles
    parue aux PUF en 1962 alors passée inaperçue dit, page 324 “Seul passage où il est question de l’Eglise du Christ, ce qui prouve une addition. Ces 3 versets sont emboîtés dans un texte pareil à celui de Marc et de Luc.” Il ajoute que l’idée de Pierre, portier du paradis est une reprise de Esaïe 22, 22. Voir le parragraphe sur “les problématiques escamotées”.
  5. ?5 Maurice Sachot, professeur émérite à la Catho-Paris, l’invention du Christ, Genèse d’une religion, Odile Jacob, 1997
  6. ?6 Petit lexique des idées fausses sur les religions Odon Vallet, article Pape, page 168.
  7. ?7 Le jour où Jésus devint Dieu Richard E. Rubenstein, Bayard, 2000
  8. ?8 op. cit. page 167
  9. ?9 Histoire de la papauté : 2000 ans de missions et de tribulations Yves Marie Hilaire, , Folio histoire H333, 2003, page 29.
  10. ?10 op. cit. page 44. Voir aussi “Le Monde de la Bible”, une publication Bayard, intitulé “aux sources de la papauté moderne”
  11. ?11 Le Monde de la Bible, n° 141, mars 2002, pp 35, 37

lire aussi

  • Françoise Briquel Chatonnet, chrétiens depuis 2000 ans, Le Monde de la Bible, n° 141, mars 2002, pp 39-43
  • Collectif, aux origines du cheritianisme, Folio histoire H98, Gallimard
  • Collectif, les premiers temps de l’Eglise, Folio histoire H124, Gallimard

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10 commentairesLaisser un commentaire

  1. Vous savez que des fois je me demande plein de trucs sur les lieux saints à Jérusalem…Il ya tellement de strates en 2000 ans que pouvoir en tirer ce qui est le mythe et ce qui correspond avec l’exégése des textes, ça tient du tour de force, ceci pour vous dire que cette histoire est un peu ridicule, même pour le catholique que je suis, le pape descendant d’un hypothètique martyr dans la Rome de 64, il y a eut trop de choses qui se sont passées pour avoir la moindre des choses sérieuses la dessus… NB pour la doctrine je reste dans mon « machin » je suis né dedans

  2. Bruno a écrit
    Vous savez que des fois je me demande plein de trucs sur les lieux saints à Jérusalem…Il ya tellement de strates en 2000 ans

    L’archéologie, à Jérusalem, remonte jusqu’à -1000.

    Bruno a écrit
    que pouvoir en tirer ce qui est le mythe et ce qui correspond avec l’exégése des textes, ça tient du tour de force,

    L’archéologie ne se préoccupe pas de confirmer ou d’infirmer les textes. Elle se préoccupe de ce que se passait « avant ». Il y a 1 siècle et demi, on a commencé par faire de « l’archéologie biblique« , c’est à dire « une pioche dans une main et la Bible dans l’autre ». On s’est rendu compte que cela conduisait à pas mal d’erreurs d’appréciation.

    Bruno a écrit
    ceci pour vous dire que cette histoire est un peu ridicule, même pour le catholique que je suis, le pape descendant d’un hypothètique martyr dans la Rome de 64, il y a eut trop de choses qui se sont passées pour avoir la moindre des choses sérieuses la dessus…

    Je vous en félicite , mais pour nombre de vos coreligionnaires contemporains, cela semble avoir une grande importance. C’est d’ailleus sur cetet idée que l’ECAR refuse l’oecuménisme.

    Bruno a écrit
    NB pour la doctrine je reste dans mon “machin” je suis né dedans

    Je vous en félicite.

  3. Dans un autre ordre d’idées mais archéologique que pensez-vous de la découverte de L’ancienne Troie à partir des textes anciens ? Pour résumer ma pensée, le fameux masque en Or, dit le masque d’Aggammenon, ben il serait un faux fabriqué exprès pour le chantier… Mais vu les intérêts en jeux, personne ne peut avoir accès à une ananlyse métallurgique de ce fameux masque

  4. Bruno a écrit
    Mais vu les intérêts en jeux, personne ne peut avoir accès à une ananlyse métallurgique de ce fameux masque

    J’ai un peu de mal à comprendre de quels intérêts vous parlez ? J’ai récemment vu une série sur la chaîne histoire consacrée aux archéologues du 19 ème siècles qui remettait en cause les méthodes de travail de Schliemann et partant, l’authenticité de ses découvertes. C’était une série britannique. Désolé, je n’ai pas pris de notes.

  5. Pour dire simple le gouvernement turc fait opposition, c’est une histoire de tourisme et de prestige

  6. Bruno a écrit
    Pour dire simple le gouvernement turc fait opposition,

    A quoi fait-il opposition ?

  7. A la remise en question de la découverte de Troie et à l’examen métallurgique de ce fameux masque

  8. Expliquez moi-car je veux comprendre-, pourquoi l’Apôtre Pierre GAlliléen puisse être enterré à Rome.
    Est-ce vrai que les restes de Pierre ont été récupérés lors de l’invasion de Rome par Jules Césare?

  9. On 23 Avril 2008 at 5:29 MARCIEN TOUBAYA Said:

    Expliquez moi-car je veux comprendre-, pourquoi l’Apôtre Pierre GAlliléen puisse être enterré à Rome.

    Dans un premier temps, l’article expose que rien d’historique ni d’archéologique ne dit que ledit apôtre est enterré à Rome.

    On 23 Avril 2008 at 5:29 MARCIEN TOUBAYA Said: Est-ce vrai que les restes de Pierre ont été récupérés lors de l’invasion de Rome par Jules Césare?.

    Je ne sais d’où vous tenez cette idée ? Mais si, comme l’article l’indique, les chances sont minces que Pierre soit jamais venu à Rome, il y a encore moins de chance que ses restes aient été récupérés par quiconque.

  10. […] fin mot de l’histoire concernant Pierre se trouve dans un apôtre nommé Pierre à partir des “problématiques escamotées”. Cela a l’avantage d’être […]


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