les dilettantes ? de sacrés blagueurs !


L’enseignement laïc du fait religieux trouve des difficultés dans les pays francophones. En outre, certains pensent qu’il est difficile de se documenter sur le net « parce qu’on y trouve n’importe quoi« . Le fait est que le Dilettantisme sévit en matière de sciences religieuses comme de langues anciennes où n’importe qui s’autorise spécialiste. La publication électronique permet à n’importe quel amateur de se sentir appelé à diffuser ses croyances, ses méditations, ses conclusions personnelles en la faisant passer pour du savoir parfois en toute sincérité.

Le savoir ne se construit pas comme cela, il ne s’institue pas de lui-même. « l’industrie culturelle se mue en garrot de la conscience » disait Theodor Adorno en 1963.

Trier les informations suppose une formation préalable ; on tombe vite dans le cercle vicieux : pas de formation préalable, pas de capacité de tri. Les personnes les moins formées sont donc des proies toutes indiquées pour les sectes, pour les gourous auto-proclamés, pour les star’ac de la culture archéologique comme nous l’a montré le documentaire sur Talpiot passé récemment sur TF1. Les téléspectateurs se sont précipités sur leur souris dès la fin du film et, un petit site confidentiel comme celui-ci, qui tourne à 200 visites par jours au mieux , est passé à 1500 visites par jour pendant la semaine de l’effet Talpiot. Une demande existe d’informations fiables et sourcées.

Quelle est la trousse de secours ?

Qu’est-ce qu’un ouvrage ou un site sérieux ?

  • L’ouvrage d’information ou de diffusion des connaissances vous propose une bibliographie en fin d’ouvrage pour vous rendre autonome
  • L’ouvrage scientifique contient des notes de bas de page. Si l’auteur conteste les vues ou l’argumentation de tel ou tel autre auteur, il cite le plus généralement ce qu’il conteste et propose les détails bibliographiques de l’ouvrage contesté afin que ses lecteurs se confrontent à l’ouvrage. Par là, il témoigne qu’il a lu l’ouvrage qu’il critique. Dans nombre de sites internet parmi les plus critiques (voir Croyances Athées), il est patent que leurs auteurs n’ont pas pris connaissance de l’état de l’art dans le domaine qu’ils critiquent. L’exemple typique est cette affirmation de P.E. Blanrue, sur le Cercle Zététique, que l’histoire critique des débuts du christianisme n’est pas faite.
  • La qualité du travail de l’auteur, mesurée par l’opinion de ses pairs, n’est pas à négliger : s’il est cité dans les bibliographies ou les bas de page d’autres ouvrages du même domaine, alors, vous avez de grande chance qu’il soit « sérieux« . Qu’il soit cité pour être approuvé ou pour servir d’autorité ou même pour être critiqué témoigne qu’il mérite d’être lu. On peut évaluer cela en feuilletant les livres du même rayon chez le libraire.

Quelques symptômes révèlent le site qui se propose de garrotter votre conscience :

  • Si vous tombez sur un site qui annonce des révélations fracassantes, il y a peu de chance qu’il soit fiable.
  • Si l’auteur du site vous dit qu’il est le seul à détenir la vérité et qu’il ne parvient pas à la faire passer parce qu’il est victime d’un complot qui cherche à le faire taire, il y a peu de chance que son information soit valide. L’étouffoir aux idées neuves existe mais le complot (de l’ECAR, judéo-maçonnique, jésuite, franc-maçon, etc…) est toujours l’alibi des médiocres.
  • Les procédés par lesquels l’ECAR censura (item souvent invoqué par des sites athées radicaux) étaient beaucoup plus discrets. Yves Congar dans ses Journaux d’un théologien, 1946-1956 expose en détail le procédé et cela se termine par une interdiction aux éditions du CERF de rééditer la version révisée de son ouvrage « Chrétiens Désunis« . Mais aujourd’hui, les groupes d’édition qui furent des groupes lancés par les dominicains (CERF) ou les assomptionnistes (BAYARD)sont devenus des groupes capitalistes répondant à d’autres objectifs que promouvoir « la bonne presse »(MÂME). De ce fait, un livre condamné par l’ECAR (car l’index a disparu en 1961) laisse présager une envolée des ventes ; l’éditeur prévoit une deuxième édition dès la parution du décret de la Congrégation pour la doctrine de la foi. On n’est plus au temps de Loisy ou de Renan. L’ouvrage de Juan-Jose Tamayo Acosta, « le Milieu de Jésus » condamné en janvier 2003, connu une rupture de stock parce que l’éditeur n’avait pas prévu le volume des ventes. Dominique Cerbeleaud o.p. accéda à la notoriété grâce à la condamnation de son ouvrage « Marie, un parcours dogmatique« , la version de vulgarisation donnée par Jacques Duquesne est rapidement passée en poche ; déjà son Jésus avait connu le même sort.
  • Si l’on vous dit que l’auteur n’a pas eu de reconnaissance académique « parce que son érudition rebutait les spécialistes » (trouvé sur wikipédia sous la plume d’un supporter de Dubourg !), vous pouvez être certain qu’on se paie votre tête. L’amateur isolé ne peut être plus érudit que les équipes pluridisciplinaires réunies dans les laboratoires de recherche ou disséminées sur les divers terrains et celui qui produit cette affirmation n’a probablement jamais traîné dans les labos du CNRS ni dans une bibliothèque universitaire et, de ce fait, ne peut mesurer la sottise d’une telle phrase. L’histoire de Philippe Ariès, employé au BRGM et historien du dimanche ne peut être considérée comme une preuve a contrario. Ariès travaillait avec des archivistes, fréquentait la Biblothèque Nationale et entretenait et une intense correspondance avec les chercheurs.

Florilège de sites dilettantes

Supporters de Bernard Dubourg

Bernard Dubourg, immortel auteur de l‘invention de Jésus soutient une thèse mythiste parmi d’autres basée sur une version de son cru du grec à l’hébreu du prologue de Jean. Par des calculs guématriques de son cru effectués sur la traduction, il en conclut que Jésus n’a pas existé et qu’il est un midrash. Déjà, ce ne sont pas les personnes qui sont des midrash mais les récits… le reste est à l’avenant. Inutile de chercher à acheter le livre, Gallimard ne s’est pas avancé à le republier !
Une ébauche de critique du bouquin se trouve sous ce lien.
* Stéphane Zagdanski est un écrivain qui regrette de n’avoir hérité que le tome 1 du Talmud de son grand père. Du haut de ce tome 1, il produit une critique louangeuse de l’invention de Jésus de Bernard Dubourg, le tenant pour incontournable et irréfutable. Quelle est la formation de Stéphane Zagdanski en matière d’histoire du judaïsme ancien ? du christianisme ancien ? Quelle est sa connaissance des travaux dans le domaine ? Tout ce qui le branche est le supposé mépris des universitaires du domaine, lesquels savent au moins autant d’hébreu et de grec que l’auteur qu’il fétichise. Toutefois, comme ces savoir sont devenus rares, Stéphane Zagdanski se sert de sa notoriété de romancier pour asseoir la validité de la thèse de Dubourg.
*les nouveaux savoirs ne sont que de nouvelles croyances. Maurice Mergui avait autrefois publié un CD de la Bible, genre Bible on line qui avait la particularité de n’être cherchable qu’en français ! autant dire sans intérêt devant Bible On Line et Verbum Domini. A part cela, il publie aussi des traductions commentées du Midrash Rabbah sans s’être rendu compte que les éditions Verdier sous la direction du regretté Charles Mopsick en font la traduction critique et scientifique. Les amateurs sont comme ça : ils pensent toujours faire de l’inédit là où d’autres ont déjà le brevet. Ceci dit, il entend poursuivre l’œuvre de Dubourg à l’aide de colloques internationaux fréquentés par aucun spécialiste. !! Il refonde la thèse de l’original hébreu sur le manuscrit Du Tillet d’un « Matthieu hébreu » dont tout le monde sait qu’il est un faux né de la fantaisie des ghettos persécutés.
Le Cercle Zététique entretient une page de Michel Louis Lévy, retraité de l’INSEE et largement investi dans la communauté juive. Sa première leçon de théologie, située dans le cadre de l’enseignement « laïc » du fait religieux, dans laquelle Moïse invente l’hébreu, l’ordre alphabétique et toutes ces choses si intéressantes. Encore un cas où la croyance se substitue au savoir. Sur Wikipédia, cet utilisateur interdit que ses articles soient modifiés si la modification propose une critique de ses affirmations, entre autre sur les thèses de Dubourg. Le cercle Zététique propose donc sans contrôle une thèse sui generis de l’origine des évangiles, issue de celle de Dubourg et de la continuation de Maurice Mergui.
Le cercle Zététique n’a pas contrôlé les dires de Michel Louis Lévy. Mais, la thèse est mythiste et concordait bien avec celle de Blanrue, « Jésus info ou intox ? », elle fut donc publiée. Heureusement, il y a un forum associé où furent montrés les faiblesses de l’article.

Original araméen du nouveau testament

*Pierre Pérrier et sons site les colliers évangéliques. Le site a disparu depuis que le livre est paru et en vente chez Amazon. L’auteur est un ingénieur en retraite. Il a passé un certain temps dans une église syriaque et à partir de la tradition de celle-ci, il estime que les évangiles ont un original araméen. En quelque sorte, il tient la tradition orientale pour un savoir alors qu’elle est une croyance. Quand on connaît le contexte de pression dans lequel vivent certaines communautés chrétiennes orientales, affirmer la primauté de l’araméen dans la transmission du nouveau testament dans un monde où l’on parle arabe est une affirmation nationaliste.

C’est tout pour aujourd’hui !

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10 commentairesLaisser un commentaire

  1. Le fait est que le Dilettantisme sévit en matière de sciences religieuses comme de langues anciennes où n’importe qui s’autorise spécialiste. La publication électronique permet à n’importe quel amateur de se sentir appelé à diffuser ses croyances, ses méditations, ses conclusions personnelles en la faisant passer pour du savoir parfois en toute sincérité.

    Je vous « rassure » tout de suite, la situation n’est guère plus brillante du côté des « sciences dures ». Les théories alternatives de génies incompris foisonnent sur Internet. La lecture de ce site est édifiante à cet égard.

  2. Jeff Said

    la situation n’est guère plus brillante du côté des “sciences dures”

    Je ne sais pas si cela me rassure ??? 🙂

    Merci pour le lien, parce que moi, je serais tombé dans le panneau. L’imposante liste de « nouvelle physique » que personne ne veut entendre me fait penser à la « nouvelle chronologie » de David Rohl qui exploite la chrono d’un vieux fondamentaliste oublié et qui tient pour bonnes les erreurs que la communauté des égyptologues reconnait à Pierre Montet (un fondateur de l’égyptologie française)

  3. Le mot nouveau est un slogan de pub et c’est un truc pour ressortir des vieilles lunes…

  4. Bruno QLe mot nouveau est un slogan de pub

    Le fait est. On peut aussi supposer que le mot « nouveau » intervient parce que le propriétaire de la marque ignore que le savoir en question est travaillé et publié par des experts académiques depuis 100 ans.

    Le fait que ledit propriétaire de ladite marque considère les travaux de Carmignac comme un progrès suggère cette éventualité.

  5. « Maurice Mergui avait autrefois publié un CD de la Bible, genre Bible on line qui avait la particularité de n’être cherchable qu’en français ! ».

    C’est faux, les recherches sont aussi possibles en hébreu, en grec, en latin et en anglais. Le logiciel utilisé est aujourd’hui celui de judeopedia.org.

    « Il publie aussi des traductions commentées du Midrash Rabbah sans s’être rendu compte que les éditions Verdier sous la direction du regretté Charles Mopsick en font la traduction critique et scientifique. »

    C’est absurde.

    « Michel Louis Lévy, retraité de l’INSEE et largement investi dans la communauté juive ». Je suis un fidèle ordinaire, sans responsabilité particulière dans la communauté juive.

  6. MLL a dit
    C’est faux, les recherches sont aussi possibles en hébreu,

    J’aime bien quand vous affirmez des contre-vérités. Avant de dire que les recherches sont impossibles en hébreu, j’ai testé la chose. A l’époque, cela valait 990 francs. Autant dire du fric fichu à la poubelle. Maintenant, j’utilise Bible on line qui est effectivement cherchable et qui coûte moins cher.

    MLL a dit
    C’est absurde.

    Donc, vous admettez vous être vanté en parlant de la préface au Midrash d’Esther ? Dans ce cas, tout est OK

    MLL a dit
    fidèle ordinaire

    Bon, OK. Vous êtes un fidèle ordinaire, sans compétence particulière pour affirmer tout ce que vous affirmez avec un aplomb certain mais qui demeure cependant sans fondement.

  7. 1. Le cédérom  »Bible de Jérusalem », édité par les Éditions du Cerf, coûtait en effet 990 F, et les acheteurs en sont apparemment contents. [suppression de la publicité pour un site dilettante]

    2. Je sais bien que les Midrash traduits et édités par Maurice Mergui n’ont pas l’appareil critique de ceux qu’éditait le regretté Charles Mopsik. Du moins ont-ils le mérite d’exister. Encouragez donc Mergui à faire mieux, au lieu de le ridiculiser à tout bout de champ.

    3. Un fidèle ordinaire peut avoir des compétences particulières… J’en ai quelques unes.

  8. Michel Louis Lévy Said:
    1. Le cédérom ”Bible de Jérusalem”, édité par les Éditions du Cerf, coûtait en effet 990 F, et les acheteurs en sont apparemment contents.

    C’est là qu’il faut faire la différence entre l’apparence et la réalité. Tous les cours de commerce disent qu’1 client qui se plaint, c’est 10 qui se taisent. Heureusement, maintenant, il y a mieux :

    *bible on line version gratuite et version payante avec des possibilités de comparaison entre différentes versions et une recherche effective dans les langues anciennes, des explications grammaticales. C’est ce que je conseille à mes étudiants
    *Verbum Domini payant mais pas cher. Les possibilités linguistiques ne sont pas exactement équivalents mais les étudiants catholiques apprécient d’y trouver les textes de Vatican II et pas mal de documents clefs de la patristique.

    Michel Louis Lévy Said:
    Du moins ont-ils le mérite d’exister.

    Je ne vois pas le mérite à faire en moins bien ce qui existe déjà très bien fait par une maison de renom sous la direction de chercheurs de premier plan ? Surtout si la politique de publication consistait à induire le lecteur en erreur (e.g. à l’image de votre théorie fumeuse de la composition de la Bible)

    Michel Louis Lévy Said:
    Un fidèle ordinaire peut avoir des compétences particulières… J’en ai quelques unes.

    Si j’encourage chacun à avoir confiance en soi, je me permets de signaler prendre Dubourg pour un génie sans avoir remarqué que sa théorie fumeuse était basée sur un anachronisme, conduit à s’interroger sur cette affirmation de compétences particulières.

    On pourrait, par exemple, signaler votre confusion entre « l’exégèse » et le commentaire traditionnel rabbinique ou reprendre phrase à phrase vos soit-disant « leçons de théologie » basées sur Dubourg, sans doute un prophète, et y chercher en vain lesdites compétences. Il est remarquable que vous ne connaissiez rien de la bibliographie classique sur le sujet et que vous l’ayez découverte, de votre propre aveu, à l’occasion des guerres d’édition que vous avez déclenchées.

    Il est aussi remarquable qu’un fidèle « ordinaire » qui affirme péremptoirement des choses sur la langue des textes originaux des évangiles soutienne une thèse mythiste amateure comme celle de Gozard sans s’être rendu compte que ledit Gozard la base sur une énormité concernant le système verbal de l’hébreu et une autre énormité sur le système verbal grec ancien.

    Vous n’avez pas remarqué l’énormité, quoique vous citiez abondamment de l’hébreu (recopié de Dubourg), mais cela ne vous empêche pas de soutenir ladite théorie sans faire attention aux arguments développés. En sorte que la seule façon de justifier votre façon de penser se limite à la « mauvaise foi » de vos contradicteurs (sans doute est-ce votre façon particulière de désigner l’importante bibliographie citée ?) ou « l’ennemi personnel » (transfert à votre interlocuteur de celui que vous vous êtes inventé vous-même par les effets de la dynamique des groupes restreints). La constitution du contradicteur en ennemi est signalée par Sloterdijk dans « Finitude et ouverture : vers une éthique de l’espace.
    Sur les fondements de la solidarité dans la forme inclusive
    « . Il y explique que cela sert à se rassurer sur soi-même.

    Quand les connaissances concernant l’objet du débat sont suffisantes pour fournir une argumentation, point n’est besoin de s’inventer des ennemis.

  9. Regardez de quel site ça vient. 🙂

  10. Comment peut on laisser des personnes aussi mal renseignées attaquer des individus qui au quotidien se battent pour faire avancer la connaissance…Ce site est prétentieux et il s’agit de désinformation pure et simple.


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