la procession du Saint-Esprit change de sens et peut-être même de direction.


Une omission qui est peut être tout autant un acte politique que théologique, n’a été relevée par personne ou presque en ces temps de discussion autour de « Dominus Jesus », une déclaration bien politique car sur le plan théologique, elle n’apporte rien qu’on ne connaisse déjà de la ligne la plus traditionnelle de l’ECAR [1].

C’est que le pape, lors d’une cérémonie officielle, aux JMJ de Rome, avait prononcé le symbole des apôtres sans le « filioque« . Quelques autres ont relevé l’absence de ce « filioque » dans le texte dudit symbole, le jour de sa publication et les quelques jours qui suivirent, texte qui ouvre la déclaration « Dominus Jesus« . D’autre part, on note le grand silence des églises orthodoxes, qui sont reconnues comme des églises (au contraire des tribus inorganisées et quasi sauvages, du protestantisme). Seul Olivier Clément s’est écrié « Blasphème ! ». .

Plus avant dans le texte, non seulement on reconnaît que les églises orthodoxes sont des églises (en cela qu’elles sont hiérarchiques, intermédiaires obligé de salut et qu’elles refusent le sacerdoce aux femmes) mais on souligne dans quelle plénitude de communion doctrinale l’ECAR se trouve avec elles à ce pénible détail près qu’elles ne consentent pas encore à considérer le 5ème patriarcat, celui de Rome comme le patron.

L’interprétation que je suggère est la suivante : « Dominus Jesus » est une OPA amicale envers les églises orthodoxes. En échange de la reconnaissance du pape comme Executive-chairman , les filiales reçoivent la reconnaissance que le filioque, qui fit couler plus de sang que d’encre, n’était pas exactement nécessaire. Dommage pour ceux qui perdirent la vie dans ces combats !

Autre nouveau visage de l’oecuménisme qui passe inaperçu : chacun sait que « les trente ans d’oecuménisme » dont parlent nos « frères romains »., ne sont que l’exploitation d’un brevet déposé, si je ne me trompe, par un pasteur luthérien, Nathan Söderblom, (1866-1931) auxquels ont travaillé, ensuite diverses équipes dont celles de Wilfred Monod, dans les années 1921. Ce procédé est encore en recherche et développement dans une start-up, installée en suisse, depuis 1948 : le C.OE.E [2]., dans lequel l’E-CAR n’a jamais voulu investir sérieusement. Il est vrai que les églises protestantes, fondatrices de l’affaire, comme les églises orthodoxes qui les ont rejointes en 1961, n’imaginent pas le produit fini exactement sous la même forme. Pour les catholiques, c’est « tous réunis sous la houlette du pape et des évêques ».. Je vous passe la liste des textes de l’église romaine qui en attestent. Pour le C.OE.E, les statuts précisent clairement qu’il ne s’agit pas d’organiser des fusions- acquisitions ni de devenir une « super-église ».. Il s’agit de se rapprocher afin de se mieux connaître les uns les autres et d’organiser . »le respect mutuel ».

Toutefois, depuis les premières années du C.OE.E, les crises furent nombreuses, dont l’une autour d’un débat christologique : le chrétien se définit-il comme celui qui « croit à » divers dogmes comme la divinité de Jésus ou la Trinité ou bien est-ce celui qui marche à la suite de Jésus, qu’on nomme souvent le Christ, tel que le révèle le Nouveau Testament, celui qui s’efforce de fonder sa vie sur le Sermon sur la montagne, celui qui tâche d’aimer son prochain comme soi-même, voir même son ennemi ? Dans de nombreux cas, les églises orthodoxes ont posé des ultimatums : . « Cédez à notre point de vue, ou nous quittons le C.OE.E ».. Le dernier en date fut celui concernant les pasteurines désignées pour présider des célébrations lors du Congrès Mondial au Zimbabwe. Impossible aux églises orthodoxes d’accepter des femmes ministres. On fut près de l’éclatement.

Cependant, les églises issues de la Réforme dans un cas comme dans l’autre, refusèrent d’exclure qui leur minorité unitarienne, qui leurs femmes ministres. Et pourtant, n’aurait-on pas eu l’air fin à discuter d’oecuménisme entre églises issues de la Réforme ?

Or, le message de l’ECAR aux églises orthodoxes, dans « Dominus Jesus », est clair : « Allez-vous encore supporter longtemps de vous faire enquiquiner par des petites troupes inorganisées de ‘communautés ecclésiales’ qui ne sont même pas des églises alors qu’un avenir plus glorieux vous attend ?« .

Je n’ai vu aucun journaliste d’information religieuse relier ces quelques faits ensemble. Je le regrette et j’espère que ce n’est pas le projet sous-jacent à ce texte. Le dynamitage du C.OE.E offrirait, en effet, un « nouveau visage à l’oecuménisme« . Je n’ai pas encore consulté la réaction du C.OE.E. sur son web mais la disparition du dialogue inter-religieux au profit d’un oecuménisme de la part de marché (voir le passage sur l’effort d’évangélisation envers les grandes traditions religieuses) serait regrettable.

Mulot, Le Pharisien Libéré (Reprint de « Parvis 21 » 22.09.00)

notes et références

(N.d.l.r. La procession du Saint-Esprit = « le « filioque » = le Saint-Esprit « procède du Père et du Fils », cette portion de phrase soulignée ayant été introduite dans le Credo vers l’an 800 par… Charlemagne)

  • [1]. Église Catholique apostolique et Romaine
  • [2] Conseil Œcuménique des Eglises

indexation

Identificateurs Technorati : , , ,

The URI to TrackBack this entry is: https://pharisienlibere.wordpress.com/2007/08/31/la-procession-du-saint-esprit-change-de-sens-et-peut-etre-meme-de-direction/trackback/

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :