les limites de la démarche scientifique


D’un polytechnicien promotion 1957, on s’attendrait à un minimum de méthode scientifique, spécifiquement quand il s’agit d’un statisticien de renommée mondiale. Il faut croire qu’il n’en est rien ou qu’une étanchéité s’établit entre la capacité de raisonnement quand il s’agit de démographie ou de population, d’une part et la même quand elle invoquée en matière de religion.

exposé du problème

Ainsi en est-il pour Michel Louis Lévy, Dans le second débat, il apparaît que la méthode scientifique, qui consisterait, en première approche, à vérifier l’existence d’une bibliographie avant d’affirmer avec aplomb des sottises à propos de la comparaison entre le nouveau testament et l’ancien testament. Le contexte est celui d’une discussion sur les travaux inédits, qu’interdit wikipédia. Michel Louis Lévy a très mal supporté la suppression de sa si personnelle🙂 « hypothèse midrashique » sur la formation du Nouveau Testament en général et des évangiles en particulier, inspirée par la théorie mythiste la moins crédible, celle de Bernard Dubourg 1. Il s’agit aussi de la nécessité de sourcer ses affirmations.

Voici la citation qui applique le principe wikipédien n° 1 : « ce que le wikipédien ne connaît pas n’existe pas »

L’ennui de cette règle,  »’dans ce cas précis »’, est que les auteurs qui font ce genre de comparaison sont forcément rares. Et que ceux qui le font (Claude Tresmontant, Bernard Dubourg, Stéphane Zagdanski…) sont qualifiés d’auteurs « non reconnus » ou « non académiques ». Depuis bientôt trois ans, je me heurte à cette règle. J’en demande donc ce soir l’amendement, dans ce cas précis. User:Michel Louis Lévy|MLL) 28 juin 2008 à 23:38 (CEST)

Cette citation montre les ravages produit par l’absence de cours sur « le fait religieux ».

  • Michel Louis Lévy ne peut comprendre les raisons pour lesquelles le christ hébreu de Claude Tresmontant ne prouve en rien l’existence d’un « original hébreu » aux évangiles ni les raisons pour lesquelles son éditeur ordinaire, le Seuil, refusa le manuscrit et que le professeur dût aller chercher un éditeur de seconde zone. Pour comprendre cela, il faut connaître la bibliographie parue sur l’étude historique et critique du Nouveau Testament sur une cinquantaine d’années (pour la théorie de « l’original hébreu » et les raisons de son abandon par la majorité des chercheurs, il se peut qu’il faille connaître la bibliographie et les diverses écoles depuis une centaine d’années)
  • Il ne peut pas plus comprendre les raisons de la non réception de l’ouvrage du seul auteur qu’il connaisse sur la question, en dépit de la publication de ses 2 ouvrages dans une collection romanesque, l’infini; au lieu d’une collection scientifique comme la Bibliothèque des sciences humaines. Pour lui, la caution de Gallimard suffit à donner une valeur probante à la fumeuse théorie de Dubourg qu’il promeut sur le site du cercle zététique et sur wikipédia. Le fait que la « rétro »-version (un mot qui préjuge du résultat de l’exercice de traduction et imagine que le traducteur contemporain rendra l’esprit d’un auteur de l’antiquité) ne prouve rien lui échappe complètement.
  • Il ne peut pas plus comprendre que Stéphane Zagdanski, romancier, qui admet « n’avoir de transmission de la culture juive que le premier tome du Talmud de son grand père« , ne soit nullement une référence sur l’étude historique et critique du nouveau testament comme de l’Ancien. D’ailleurs Zagdanski ne fait aucune comparaison entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, il se contente de soutenir la théorie Dubourg dont il apparaît qu’elle n’esbrouffe que ceux qui n’ont pas fait le tour de l’état de l’art sur cette question.Or, Zagdanski n’est pas Braunschweig !

Que demande Michel Louis Lévy ? Il demande que saute ce dernier garde-fou wikipédien que sont la distinction entre le travail inédit 2 d’avec les sources et références universitaires publiées, entre l’auteur académique (universitaire dont les connaissances sont démontrées par ses publications) d’avec l’auteur dilettante, amateur, afin de faire passer plus facilement les élucubrations fumeuses qu’il partage avec Dubourg. Mutatis mutandis, il nous dit que pour établir des statistiques et les commenter, un plombier suffit.

L’ignorance de la question

Elle est manifeste dans cette affirmation que « les auteurs qui font ce genre de comparaison sont forcément rares ». Si Dubourg dit que le travail scientiqfique sur la Bible n’est pas fait, Michel Louis Lévy le croit sans vérifier. C' »est ce qu’on nomme la crédulité. Il faut dire que Dubourg affirme que tous les chercheurs qui, contrairement à lui, pensent (et montrent) que le nouveau testament fut originellement écrit en grec sont des « grécistes » perclus de préjugés. I ne parvient pas à comprendre qu’un polygraphe n’ayant que deux ans de grec en grand commençant n’est pas capable de donner des opinions sur la qualité du grec du nouveau testament quoique cette lacune ait fait échouer Dubourg dès l’hypokhagne et l’ai renvoyé à l’université.

En toute méconnaissance de cause, Michel Louis Lévy tente d’accoler la catégorie « maudit » aux auteurs sans compétence exégétique qu’il propose faute de savoir que, depuis 40 ans au moins3, tous les exégétes repèrent les citations de l’ancien testament dans le nouveau, chaque fois qu’ils en rencontrent ; ils donnent même, en note, le texte grec des dites citations et précisent si elle provient de la Septante, d’un texte alternatif ou si l’auteur cite de mémoire (donc approximativement) ou adapte dans un but précis. Bien évidement, aucun des auteurs sérieux n’extrapole que prêter à un personnage biblique B les paroles ou les actions d’un personnage biblique A signifie que le personnage B n’a pas d’existence historique. Cela signifie seulement que le rédacteur entend revêtir le personnage B des qualités et mérites du personnage A, en faire son héritier, son continuateur, etc..

Ainsi travaillait Marie-Emile Boismard o.p. (e.g. dans « A l’aube du christianisme, avant la naissance des dogmes » CERF 1998) ; ainsi travaille Etienne Nodet o.p.(e.g.dans « Fils de Dieu« , Cerf 2002). Pour s’en rendre compte, il faut avoir fréquenté ces auteurs. Bien évidemment, Michel Louis Lévy a rencontré de nombreux contradicteurs qui lui ont proposé des bibliographies longues comme le bras… Manifestement il n’en a lu aucune depuis deux ans. Quand il rencontre un contradicteur hébraïsant, pour peu qu’il ait repéré que celui-ci n’est pas juif4, il développe l’argumentation du marcionitisme latent de son interlocuteur voire de l’antisémitisme rampant de celui-ci … En aucun cas, il ne parvient à concevoir, en dépit des bibliographies avancées, que son interlocuteur ne puisse parler du haut d’un savoir, de connaissances acquises au cours d’études spécialisées. Quiconque ne souscrit pas aux élucubrations dubourgeoises est considéré comme un littéraliste qui confond histoire et récit biblique ou bien soumettre la recherche àl a doctrine !

Il adopte une fois de plus les idées de Dubourg pour lequel le préjugé principal des chercheurs consiste à refouler les origines juives du christianisme. On se rend là compte que si Michel Louis Lévy est l’esclave d’un seul livre qui lui empêche d’ouvrir tous les autres, il est bien possible que Dubourg lui-même n’ait rien lu sur cette question des origines juives du christianisme. Les mésaventures de Joseph Bonsirven s.j. (1880-1958) auraient dues lui-être connues avant d’affirmer n’importe quelle accusation. Il est vrai que d’un auteur qui parle de la fainéantise des chercheurs, on peut tout attendre🙂

Ce qui n’empêche pa Michel Loui-Lévy d’annexer à son idée fixe des auteurs qu’il n’a pas lus, en leur prêtant ses opinions même si ceux-ci disent explicitement le contraire dans leurs ouvrages (parmi les annexés, Henri Meschonnic pour une mention de bas de page portant sur une bibliographie dans « un coup de Bible dans la philosophie » et le professeur André Gounelle, professeur émérite de théologie systématique, ce qui est un comble dès qu’on le connaît ; là, la justification de l’annexion est moins évidente. Heureusement, monsieur Gounelle est un homme plein d’humour5.)

L’ambition

Il faut dire que Michel Louis Lévy prétend apporter la révélation au monde dans son extension de l’hypothèse de Dubourg. Du fait que Jésus n ‘aurait pas d’existence historique, il demande qu’on réécrive l’histoire de l’occident chrétien : « C’est que l’hypothèse midrashique remplace les recherches sur l’historicité de la Bible et des Évangiles par des recherches sur l’histoire de la composition et de la réception des textes, puis de leur compréhension et de leur évolution dialectique, de l’hébreu à l’araméen, au grec et au latin. »

L’histoire de la composition et de la réception est déjà faite sans attendre Michel Louis Lévy… C’est même l’objet des études sur les diverses canonisations dont le sauteurs vont de Neusner à Marguerat. Quiconque a un peu creusé la question des études bibliques est au courant que, depuis Welhausen, les choses ont bien évolué ! Michel Louis Lévy, auteur d’une théorie qui ne repose que sur sa méconnaissance du grec comme de l’hébreu6. En quelque sorte, Michel Louis Lévy milite pour que l’histoire du monde repose sur les théories d’Elisabeth Tessier !

La démarche scientifique devrait suggérer à n’importe quel ancien élève de nos grandes écoles, de vérifier leurs dire en consultant des bibliographies, en lisant des livres, de consulter des spécialistes, peut-être même d’apprendre les langues anciennes en sorte d’être à même de juger entre les options qui lui sont proposées. A moins que les statistiques ne soient pas une science dure , l’une celles qui enseignent la logique, la vérification des sources ?

notes et références

1On reviendra sur lles théories mythistes en général et sur les raisons pour laquelle cette théorie mythiste est la moins pertinente
2 fut-il farfelu comme les siens, qu’il vend dans un site d’autoédition
3En fait, depuis 100 ans, mais, à cette époque; les exégètes catholiques se faisaient taper sur les doigts quand ils le faisaient.
4Parmi les plus délicates remarques que s’attire l’audacieux contradicteur : « C’est parce que tu es chrétien, que tu ne peux admettre la théorie de Dubourg » ou encore « même professeur d’hébreu, tu n’es pas reconnu par les juifs »
5Voir Le wikipédia italien se ridiculise où d’autres mythistes annexaient un auteur célèbre faute de l’avoir lu !
6Dans l’une des pages de discussion concernant son grand homme, il avoue ne connaître que les lettres de l’alphabet et encore, il se trompe en confondant le nom de la lettre Tsade avec l’adjectif tsaddik ; ailleurs dans les pages de discussion sur les thèses mythistes, il encourage un militant athée qui prétend que l’hébreu ne peut rendre le présent, le futur, le passé ! Ailleurs, il prétend que l’exégèse moderne se résume aux thèses mythistes dont il a découvert la variété lors de leur rédaction. D’ailleurs, la biographie officielle comporte un trou notable pour les années précédent la sortie de Polytechnique et ne justifie d’aucune étude de type hébreu ou pensée juive

indexation

Identificateurs Technorati : , , , , ,

The URI to TrackBack this entry is: https://pharisienlibere.wordpress.com/2008/07/01/les-limites-de-la-demarche-scientifique/trackback/

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :