Le voile, le niqab et la burka ne sont ils que des « tenues vestimentaires » ?


Avec les séances de la commission parlementaire sur la burka, Des groupes arabo-musulmans demandent si « c’est bien le rôle d’un gouvernement de s’occuper de détails vestimentaires » et d’embrayer sur la critique d’une « pseudo-laïcité » et sur les lamentations sur l’entrave aux droits de l’homme que représenterait une législation sur ce thème. Si les questions de Burka , de voile ou de niqab n’étaient qu’une affaire de « tenue vestimentaire« , on ne verrait pas ces musulmans et eux seuls monter aux créneaux pour défendre ces accessoires de mode. Si l’on peut mettre une femme pour tenir ce discours, c’est encore plus chic ; certaines, souvent des converties, parlent de « haine du voile » de la part des « occidentaux » là où une réelle analyse devrait trouver une expression plus exacte comme « interrogation sur le voile et sur la ségrégation visuelle des femmes dans l’espace public » .

On peut donc dire que l’allégation « tenue vestimentaire » est un euphémisme destiné à banaliser et camoufler une préoccupation politique : marquer les femmes musulmanes dans l’espace public et montrer, par là, les limites d’un territoire virtuel quoique communautaire . Or, ce territoire n’est pas anodin : il s’agit de celui de l’islamisme, c’est à dire du fondamentalisme musulman.

Le voile est-il un signe religieux obligatoire ?

Au moment de la commission sur le voile, les jeunes filles voilées le serinaient aux autres jeunes issues de familles venues du Maghreb en sorte de les convertir au port de cet accessoire de mode. Pourtant, celui-ci n’est pas une obligation au même titre que les 5 piliers comme ces groupes, issus du tabligh ou du néo-salafisme, tentent de le faire croire.

Dans leur préface (page 18) à « Penser le Coran » Mahmoud Hussein [1], racontent l’origine de celui-ci de la façon suivante :

« Cela se passait à Médine. Les femmes devaient sortir de la ville, à la tombée de la nuit, pour leurs besoins. Elles étaient alors souvent importunées par des voyous. Elles firent part de leur colère à leurs maris, qui en parlèrent à leur tout au Prophète. C’est à la suite de ces incidents que le verset coranique aurait été révélé à ce dernier (verset XXXII, 59). En revêtant un châle, les femmes libres pouvaient se faire reconnaître même dans l’obscurité de la nuit »

Ils ajoutent l’effet produit par ce récit sur leur auditoire lors de la conférence sur leur précédent livre [2] :

« La jeune femme devant nous était visiblement excédée. Elle finit par nous demander comment nous osions penser que Dieu, dont le Livre ne contenait que des commandements éternels, pouvait n’avoir ordonné le port du châle que pour des raisons aussi triviales
Nous lui répondîmes que cet épisode était cité par les exégètes les plus orthodoxes, et qu’en tout état de cause, elle était libre de considérer que ce verset obligeait toutes les femmes du monde, jusqu’à la fin des temps, ou, au contraire, de considérer qu’il répondait à des exigences étroitement conjoncturelles, aujourd’hui dépassées. »

D’autre part, Leila Babès rappelle combien le voile est pratique contraire à l’égalité des sexes :

« Un discours totalement inédit dans l’histoire de l’islam se propage depuis quelques années en France, selon lequel le voile est une prescription et une pratique religieuses ! Il s’agit là d’une des plus grandes mystifications que des musulmans aient jamais produites sur leur propre religion. Car le voile n’est pas une prescription religieuse et encore moins une pratique religieuse ».

Leïla Babès Le voile est avant tout une affaire d’hommes désireux de se protéger de la femme, comme objet de désir permanent. Dans le pays de la liberté, des musulmans s’indignent qu’avec la loi d’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école, on touche à l’honneur de leur communauté, à l’emploi, et à la liberté de la femme. Mais on ne les voit pas manifester contre les atteintes aux Droits de l’Homme dans les pays musulmans. En réalité, la vraie discrimination est celle qui touche aux rapports hommes/femmes. Et en matière des droits de l’Homme ce n’est pas la liberté religieuse qui est menacée, mais bien l’égalité des sexes  »

Rappelons que l’imposition du voile aux femmes musulmanes ne date que de la révolution théocratique iranienne ; auparavant, les mêmes femmes musulmanes n’avaient qu’une seule idée : s’en débarrasser et ceci, depuis les indépendances. On ne saurait donc parler « d’entrave à laliberté de culte » mais « d’extension du domaine de la lutte communautaire » dont les femmes et les gays font les frais.
On ne peut même pas parler de « tradition » car dans de nombreux pays du Maghreb,

  • soit il n’était pas porté sans qu’on puisse parler d’influence du colonisateur : des photos anthropologiques d’époque en témoignent
  • *soit il était porté selon un pliage régional qui n’avait rien à voir avec l’uniforme actuel mondialisé, imité soit de la pratique en l’arabie saoudite, soit de la pratique iranienne, soit, depuis peu, de la mode afghane depuis le régime taliban. Il suffit de voir des films afghan sous le règne du dernier roi afghan pour voir combien ledit accessoire de mode était absent du paysage.

Ce voile n’est donc pas une pratique religieuse mais un marqueur d’une volonté théocratico-politique.

Les femmes ne sont pas la propriété de l’une ou l’autre des communautés ; elles sont aussi des citoyennes et c’est cela que l’enquête parlementaire défend. En quelque sorte, la revendication que l’enquête parlementaire s’immiscerait dans la vie des gens contre les droits de l’homme se révèle « pseudo-droit de l’hommiste » en ce sens qu’elle oppose les droits de l’homme à ceux de la femme. Il est donc abusif de parler d’inquisition ou de pseudo-laïcité dans ce cas. Il s’agit bien d’une réplique à l’inquisition (la hisba ou police des moeurs) quand elle veut restreindre les droits de l’homme.

Ensuite l’allégation toute musulmane que tout ce qui entrave le marquage communautaire des femmes atteint les droits de l’homme ou la laïcité provient d’une profonde méconnaissance de ladite laïcité comme de son histoire.

Voici les termes dans lequels s’exprimait son esprit en 1903 dans une proposition de loi sur la police des cultes :

« La liberté de conscience et de croyance et le libre exercice des cultes sont garantis à tous les citoyens français, sous la seule restriction ci-après relatives à la police des cultes. »[3]

et la version consolidée 2009 de la loi de 1905

De même que l’intransigeance de l’église catholique romaine a conduit en 1904 et 1905 à toute une série de mesures à son encontre jusqu’à ce qu’elle rentre dans le rang laïc, il n’est pas impossible d’envisager dans le cadre de la police des cultes, les mesures nécessaires à faire rentrer le fondamentalisme musulman dans le cadre de la laïcité en sorte qu’il devienne conforme non seulement aux droits de l’homme mais aussi de la femme.

notes

  1. ÎBaghgat Elnadi (né en 1936) et Adel Rifaat (né en 1938), 2 politologues égyptiens avaient présenté une synthèse de la Sirâ
  2. Î Al-Sira
  3. Î projet de loi de 1903 sur la spération des églises et de l’état et la police des cultes

En savoir plus

  • ZARKA Yves-Charles (dir.), Faut-il réviser la loi de 1905 ? La séparation entre religions et État en question, Paris, PUF, « Intervention philosophique », 2005,
  • Ce que Leila Babès a dit à la commission.
  • Leila Babès, le voile démystifié
  • Curieusement, Oumma ne retient d’elle que l’article dans lequel elle critique l’attitude des professeurs vis à vis des élèves voilées et affirme que la laïcité s’applique au service public et ne dit pas un mot des autres interventions, par exemple, celles où elle dit que le voile est « l’étoile jaune de la condition féminine« . On avait déjà vu un phénomène de semblable sélection avec Olivier Roy dont on retenait l’article sur la critique de l’islam qui parfois s’apparente à du racisme mais dont le livre « La Sainte ignorance : le temps des religions sans culture » dans lequel il traite largement du néo-salafisme est cérrément ommis.

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5 commentairesLaisser un commentaire

  1. Vous dites :

    « On ne saurait donc parler “d’entrave à laliberté de culte” mais “d’extension du domaine de la lutte communautaire” dont les femmes et les gays font les frais. »

    Quel rapport y a t-il entre tout cela et les gays? De quoi font-ils les frais dans l’histoire du voile?

    • Vous avez raison, ce n’est pas clair. En fait, les sociétés qui maltraitent leurs femmes maltraitent aussi leurs gays. Il y a un lien entre l’émancipation des femmes et celle des gays.

      Là où la situation de femmes s’agrave, il en va de même des gays. Voyez cette recension du bouquin de Franck Chaumont Homo Ghetto

  2. Il y a tout de même autre chose que Tarik Ramadan : Petite présentation de Gamal al-Banna :

    Grand-oncle de Tariq Ramadan, cet homme de 87 ans se distingue de celui-ci par des positions très libérales en ce qui concerne l’Islam.

    « L’islam d’aujourd’hui est arriéré de quatre siècles. »
    « Il est urgent de révolutionner l’islam »

    Intellectuel très critiqué (en effet, la plus haute autorité de l’islam sunnite s’en prend à lui en censurant son livre « La Responsabilité de l’échec des états islamiques » dans lequel il discute de l’intégration des musulmans en Occident), il s’identifie comme musulman libéral et attaque volontiers l’intégrisme religieux.

    Son enseignement vise entre autre à faire comprendre que dans l’Islam, l’important n’est pas la forme mais la foi.

    Dans les sujets d’actualités, il affirme, étude du Coran à l’appui, que le port du voile pour les femmes n’a rien d’obligatoire et que croire le contraire serait tout aussi faux que l’idée affirmant que l’apostasie doit être punie de mort.

    Accusant nombre de ses contemporains de se référer très souvent aux Hadiths qui, selon lui, ne sont que «  des paroles rapportées, fabriquées au gré des d’intérêts politiques et religieux, et indissociables du contexte qui les a vus naître. », il prône une réinterprétation du Coran qu’il faut considérer comme un guide pour les lecteurs et non comme une science exacte.

    Concernant les « Frères musulmans », Gamal Al-Banna dit n’en avoir jamais fait parti, et que cette association est aujourd’hui bien différente de ce qu’elle aurait été si son frère n’était pas mort si tôt, celui-ci étant « épris de justice », la Confrérie étant « avide de pouvoir ».

    De formation provenant pour une grande partie de la lecture d’ouvrages de bibliothèque, il se constitue une collection impressionnante de 13 000 ouvrages et sur des thèmes très variés comme le marxisme, le syndicalisme, la République de Weimar.
    Doté de cette culture variée, il prône un retour à l’ijtihad, l’interprétation personnelle du Coran.

    Petit à petit il arrive à se faire entendre auprès d’un public peu nombreux et anonyme, mais même lentement, ses soutiens progressent.

    • Il dit aussi que, si une femme musulmane se sent gênée dans les sociétés occidentales, elle peut tout aussi bien porter un chapeau afin d’avoir l’air respectable

  3. […] qu’en réalité le problème n’est pas le niqab ni ce qui est en dessous ; le problème est dans le symbole qu’il représente. Le niqab n’est pas un vêtement, ni un sur-vétement. C’est un uniforme et un drapeau. […]


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