Alfaric, un mythiste au tournant du 19ème-20ème siècle (2)


l’introduction de cet article, se trouve sous ce lien

La méthode

Alfaric est résolument comparatiste comme on l’est en sont temps depuis Salomon Reinach (son Orpheus de 1909). Vu d’aujourd’hui, on pourrait nommer cela « comparatisme à la louche« . En quelque sorte, cela se ressemble, donc c’est la même chose.

On va donc exposer les thèses d’Alfaric en la matière. On discutera ensuite les options qui
semblent discutables. Chemin faisant, on apportera ce qui se fait et ce que se disent les universitaires de nos jours, si nécessaire.

Comparatisme et syncrétisme selon Alfaric

Il opère :

  • À partir des cultes à  mystères : Attis, Mithra1, Osiris et des autres « fils de Dieu »
  • A partir de 2 présupposés qui demandent à  être vérifiés(discussion, plus bas)
    fusionne les « mentalités »

  • Du fait de l’extension de l’empire romain, les nationalités s’effacent.

Et un troisième :

  • Que la conception du dieu s’unifie.2

Les autres apports à  la source du mythe conté dans les évangiles proviennent de sources juives et de sources esséniennes. Bizarrement, Alfaric distingue les juifs et les esséniens. En fait, comme ex-catholique, il a un modèle jacobin de la religion et ne peut concevoir un judaïsme au premier siècle plus pluriel que ça.

  • Les apports juifs consistent en l’attente du Messie3
  • Les apports esséniens se matérialisent dans le modèle du »serviteur souffrant« 4

Comparatisme et syncrétisme

Le travail de Vladimir Propp sur la « Morphologie du conte merveilleux » nous a montré que cela n’était pas aussi simple, qu’une thématique peut se répéter et la variante apporter un sens nouveau en sorte que, en apparence, c’est la même chose. Pour Propp, seuls quelques dizaines trames de récits merveilleux existent mais les variantes dans l’agencement des épisodes du récits, la mutation, les renversements
des lexêmes dans la phrase et tout change.

Pour se faire une idée du « comparatisme à  la louche », je recommande A. H. KRAPPE "Mythologies
du Monde
" chez Payot. (1955) C’est un rassemblement par thème (le soleil, la terre, etc…) des petites histoires des dieux et des croyances dans les mythologies des 5 parties du monde sont mises à  contribution. Pour rappe et les folk-loristes de ce temps, comparaison = raison. On retrouve la même tendance chez
Frazer, tant dans le Rameau d’Or que dans le Folk-lore de l’Ancien Testament.

La contestation de ce procédé méthodologique se trouve dans la 1ère et la seconde leçon de John Scheid au collège de France sur

Ainsi, Mithra, Osiris, Attis et Adonis tiennent le peloton de tête dans le comparatisme des thèses mythistes mais si le récit rapporte le même motif (e.g. la mère vierge, comme pour tous les personnages importants depuis Gautama Bouddha, qui ne dit rien de la mère sauf qu’elle a su faire
quelqu’un de son fils.) Les mythistes depuis le début du 20ème parlent alors de syncrétisme.(de Couchoud à  Freke et Gandy via Doherty dans les mêmes termes) et leur conception du syncrétisme est le supermarché et le chariot.

De nos jours, le comparatisme se pratique plutôt comme chez Marcel Détienne, "Comparer
l’incomparable
". Les mythistes n’ont pas actualisé leur vision du comparatisme, non plus que du syncrétisme.

Enfin, "Syncrétique donc faux" est « la » maxime mythiste.

Ce slogan révèle une grande sottise dans la mesure où toutes les religions sont des mutations
syncrétiques sans exception. Aucune autre façon de créer une religion n’existe. En quelque sorte, au cours de son évolution et de sa pratique quotidienne, une religion « A » contracte des éléments d’une religion B dans une région ou une époque où elle est exposée, et cela crée de la tension avec les conservateurs de ladite religion. Les échanges commerciaux répandent la mutation ou la nouvelle interprétation. Quand la tension est intenable, les 2 courants se séparent et d’ordinaire, en résultent 3 mouvements : les anciens (religion A) , les modernes (une religion C) et les
partisans du compromis qui flottent un moment avant d’intégrer la religion A ou la religion C.5

Surtout l’aspect syncrétique de la religion pourrait s’opposer dans une question de théologie, celle
de l’inspiration des écritures ou celle de l’inérrance ou celle de l’inérrance verbale. La théologie, ce n’est pas de l’histoire.. En aucun cas, le caractère syncrétique ne peut déterminer si Machin ou Untel a ou non une existence historique.

Le syncrétisme selon Lévy-Bruhl, Reinach et Alfaric est celui de l’emprunt par cueillette. On se situe
bien loin du syncrétisme selon Michel Tardieu, où les courants tressent mèche à  mèche les récits, les liturgies, les explications du monde. Il est toutefois anachronique de reprocher à Alfaric qui meurt en 1955 de ne pas être au courant du cours de Michel Tardieu au collège de France sur les syncrétismes du 1er siècle qui doit débuter en 2002, n’est pas publié mais put s’écouter sur France-Culture dans "l’éloge du savoir", certains matins entre 6:00 et 7:00 qui sera possiblement ipodable.

Alfaric, s’il ne connaît pas Tardieu, aurait dû connaître William Bousset et son contemporain
Rudolph Bultmann qui étaient ses contemporains. Quoique l’oeuvre de Bultmann n’ait été traduite en français par André Mallet qu’à partir de 1962, Alfaric avait préparé sa thèse en Allemagne et eut dû considérer les 2 apports de l’école de l’histoire des formes :

  • La forme littéraire (Bousset, Bultmann) : le genre arétalogie, comme d’autres genres de récits exigent des passages obligés. Une vie de héros sans miracle ne tient pas la route
  • la démythologisation de Bultmann. Si le Jésus de Bultmann est peu connu en France, la préface de Ricoeur est universellement connue. Le Jésus en allemand aurait dû être connu par Alfaric., de même
    ses études sur les synoptiques

Alfaric s’exonère de ces lectures comme le ferait un théologien catholique de l’époque. On peut se
demander alors la part de la composante personnelle dans cette omission. Quoique retourné dans le civil, Alfaric semble pratiquer les mêmes exclusions que la théologie catholique de son époque.

En 1934, rien à  dire dans le fait qu’il ne connaisse pas. Dès 1947, il n’est pas possible qu’il se contente de parler de Loisy, de Renan, de Couchoud. La thèse cryptiste, voire minimaliste qui résulte de la démythologisation, prend du poil de la bête et est une critique possible et viable de la méthode comparatiste telle que pratiquée par Alfaric.

Effacer les sources

Après avoir effacé le contexte sociologique de la rédaction des sources disponibles, il n’en reste
pas moins qu’il faut effacer les sources. Aucune preuve de l’existence de Jésus n’existe parce qu’aucune source n’est
consistante. Reste à  savoir comment on trace l’inconsistance

  • les sources externes sont interpolées,
  • les sources internes sont inconsistantes, même les théologiens le disent !

sources externes

Les auteurs latins qui en parlent ou
l’évoquent sont tous interpolés par de pieux scribes les copiant.
Ce principe vaut pour Flavius Josèphe, Suétone, Tacite., Pilate, le
Talmud

Flavius Josèphe

Alfaric travaille la question pour Flavius Josèphe. Il est un tenant de l’interpolation mais, pour savoir ce qu’il en est vraiment, il faut attendre Bardet et son tour d’horizon sur l’historiographie de la question et l’époque récente, (Frederiksen, Boyarin) pour en savoir plus sur le judaïsme du 2nd
Temple au 1er siècle. Peut-être, Alfaric aurait-il dû jeter un oeil sur le Jésus de Joseph Klausner (paru en 1929), son contemporain ?

A part Serge Bardet, Mireille Haddas Lebel dans son ouvrage sur Hillel, se prononce pour l’authenticité à 
partir du manuscrit slavon. Si le manuscrit est en slavon, il est forcément récent mais il est possible que la stémmatique ait révélé une autre source grecque.

Suétone

Dans la foulée, Alfaric expédie Suétone, grosso modo parce que Suétone concevrait Chrestos comme un agitateur agissant à  Rome. En quelque sorte, peu importe que Suétone soit né vers 70 et écrive vers 110 de l’ère commune en un temps où les agences de presse n’existent pas encore pour y vérifier « le qui, où, quoi, comment ? ».

AMHA, le fait que Suétone ne vérifie pas ses sources, quoiqu’historien latin selon l’appréciation de tous, est de notoriété publique sans atteindre la réputation de Suétone qui semble n’avoir été qu’un vil propagandiste de sa propre carrière.

Suétone introduit dans la bio de Vespasien des thèmes tirés de l’Enéide qui est de la poésie. Ce faisant, il tente de faire passer l’Enéïde du statut de poésie patriotique au statut de prophétie donc, de texte à  caractère religieux. Suétone en fait d’autres dans la Vie de Claude. Il reproduit le discours de Claude quand l’empereur va à  Lyon. Tout le monde a cru que le texte était celui de Claude jusqu’à  la construction du métro de Lyon. On a fait de l’archéologie préventive et l’on a trouvé une stèle sur laquelle le discours de l’empereur était gravé avec la date de la visite pour commémorer. On a donc compris que Suétone avait inventé un discours de Claude, vu qu’il n’avait pas suivi l’empereur à  Lyon et que ce discours n’avait rien à voir avec les vrais propos de Claude sur lesquels Suétone n’avait pas cru bon de se renseigner auprès de témoins.

Pour un peu, on en conclurait que "selon Marc" est au moins aussi historique que Suétone dans la mesure où il pratique de la même manière que Suétone. On comprend que la narration "historique" n’a pas les mêmes objectifs que de nos jours.

Est-ce que le fait que Suétone ne soit pas un historien contemporain et, de ce fait, n’éprouve pas la
nécessité de vérifier milite en faveur de l’inexistence historique de Jésus ? NON ! Cela milite pour le fait que ce messie était un parfait inconnu, pas plus connu que les autres messies qui l’ont
précédé et qui ont unanimement mal fini, pour ce qu’on en sait. Il faut être chrétien ou l’avoir été pour imaginer que l’existence historique de Jésus, si elle eût lieu, révolutionna ses contemporains. Doherty tombe dans le même piège.

Juste de Tibériade

Il n’y a rien chez Juste de Tibériade, un contemporain de Flavius Josèphe signale Alfaric.

ll signale l’histoire des rois juifs de Juste de Tibériade, récit dans lequel la vie de Jésus aurait dû trouver une place. L’oeuvre de Juste a disparu, mais Photios la lit au IXe siècle de l’ère commune et s’étonne de rien trouver concernant « la venue du Christ, les évènements de sa vie, les
miracles qu’il fit
».

Comme plus haut : Pourquoi Jésus
aurait-il été un événement pour ses contemporains ? Le phénomène
de l’apparition d’un Messie dans les congrégations juives est très
anodin.

A notre époque dotée de moyens de communication, qui donc est au courant que le Messie est arrivé et
qu’il s’agit du Rabbin Schnersson, le dernier rabbi du Mouvement Loubavitch ? Personne. Pourtant, il suffit de consulter "Macchiach Archav" pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène. Bien entendu, le Rabbin Schnersson n’est le Messie que pour une partie du mouvement Loubavitch et tout le reste du judaïsme les considère
comme des hérétiques et n’en parle pas.

Sans TV, sans radio, sans internet, aucune raison n’existe pour que Juste de Tibériade parle de Jésus…

Au temps d’Alfaric, l’histoire culturelle n’a pas encore trouvé son plein développement. Alfaric ne peut donc comprendre l’étonnement de Photios à  partir du milieu où vit celui-ci ; pour Photios, la tradition est un donné qui ne souffre aucune discussion dans cette perspective pré-moderne, la considération dont jouit le Christ ne saurait être différente de celle dont il jouissait de son vivant. la représentation de Jésus soutenue par Photios ne pose aucune question à  Alfaric ; il ne s’interroge pas sur le point de savoir si cette représentation est identique à  celle que les contemporains de Jésus en avaient. En quelque sorte, Alfaric n’évalue pas la distance culturelle entre Photios au IXèm siècle et le monde juif du temps de Jésus.

Tacite

Selon Alfaric, Tacite est entièrement fabriqué ou presque.

C’est du domaine de l’affirmation pure et Alfaric ne donne aucun élément de critique textuelle pour
appuyer cela.

Pilate

Pilate n’a pas laissé de texte administratif sur la crucifixion de Jésus.

En 1961, on a trouvé un texte gravé6 ; certains historiens qualifient la gestion de Pilate comme celle d’un tyranneau crucifiant à  tour de bras et ayant été obligé de rendre sévèrement des comptes à la fin de son mandat.

Talmud

Alfaric raconte un abrégé (vraiment abrégé) de l’histoire du soldat romain Panthera.

Là , on est certain qu’Alfaric n’a jamais ouvert un Talmud de Babylone ou de Jérusalem de sa vie. Il donnerait le nom du traité et le numéro de la page contenant sa source, comme le fait Etienne Nodet o.p. quand il a quelque chose à  en dire6.

S’il avait lu le Talmud, il nous aurait aussi parlé d’une histoire de Myriam la coiffeuse et de son fils illégitime "ben niddah". Myriam la coiffeuse dort )  part son mari pendant la période d’impureté, comme c’est la règle. Pendant son sommeil, le voisin vient la violer. Myriam croit dans le noir et à  peine réveillée que c’est son mari, lui demande d’avoir à  se contenir comme c’est la règle et il dit qu’il ne peut pas. Elle tombe enceinte. On trouve ce récit chez Marc Alain Ouaknine (Introduction au Talmud,) dans le chapitre sur la controverse avec les chrétiens.

La Mischnah commence d’être écrite
à la fin du 1er siècle et la guemara à  partir du 2ème
siècle. Aussi, on peut compter sur ce récit pour être polémique
mais pas pour valoir témoignage.

sources internes

Evangiles

Alfaric affirme qu’elles datent du
2ème siècle. Pourquoi ? Parce que, selon lui, la deuxième source, c’est Marcion dont l’apostolikon était plus court que le corpus évangile + Paul actuellement connu. Marcion inspire Marc et les 2 autres synoptiques, Marc inspire Luc qui inspire Matthieu.

Cette théorie de Marcion grand inspirateur ne sert qu’à  justifier la date tardive de composition
des évangiles. Elle contient trop d’hypothèses pour répondre à tout ; il lui manque un grand coup de rasoir d’Occkham. A l’époque, il n’y avait pas de travail sur le contenu de Marcion à  partir des citations chez les auteurs apologistes que celui de Harnack.

C’est d’autant moins sérieux que le Zidane des questions Marcionites est Harnack, que Alfaric connaît le travail de Harnack en allemand et préfère suivre Couchoud, autodidacte, que le professeur, son collègue allemand. Il ne fournit aucune raison de ce choix.

La datation des évangiles au 2ème siècle est devenue un marqueur théologique des mythistes et des mouvements athées. Le consensus savant date les synoptiques entre 70 et 110 de l’ère commune.

Ayant étudié en Allemagne, il devait bien connaître la théorie des 2 sources, publiée pour la première fois en 1787 ?

A l’heure actuelle 2 théories se partagent le marché savant :

  • La théorie des 2 sources, avec un document Q, dont le "pape actuel" est Kloppenborg. Voir la liste Synoptic-L 8
  • La théorie du monde sans Q, "The Case against Q" dont le "pape actuel" est Marc Goodacre, professeur à  Duke University, USA.

Paul

Paul était plus court. Son Christ est docète et non matériel. Il a été complété par "l’E"glise dans un sens plus doctrinal.

En fait, Le corpus paulinien peut être plus long : Une lettre aux lacédémoniens, e.g., fait partie
du canon des églises syriaques. Il est donc possible qu’Alfaric ne se plante que parce que la diversité des corpus pauliniens est une découverte récente 9. Il sait déjà  que la lettre aux hébreux n’est pas de Paul.

Dans les années 1930, le Dutch Radikal Kritiek estime que rien n’est authentique dans le corpus
attribué à  Paul. A l’heure actuelle, on distingue 3 corpus10 :

  • Les lettres de Paul dite proto-pauliniennes,
  • Les lettres des compagnons de Paul dîtes deutero- pauliniennes,
  • Les lettres commémoratives dîtes trito-pauliniennes.

Sur la question du Christ docète,
Doherty (qui n’est pas un universitaire comme Alfaric) semble
meilleur qu’Alfaric en dépit du fait qu’il se trompe sur "sarx"(qui n’est jamais un esprit).
Alfaric fait dans l’affirmation pure.

D’un point de vue historique, Alfaric surestime le pouvoir de "l’E"glise en 140 s’il veut parler de la catholique romaine, comme c’est le cas chez les catholiques quand ils parlent de leur institution. Les épîtres de Paul ne sont connues à  Rome qu’à  partir du moment où Marcion les apporte. Existe-t-il une institution susceptible d’être nommée "l’Eglise" en ce temps-là  ? Aucunement. L’église importante est celle d’Antioche ; celle d’Alexandrie devient vite importante parce que le plus nombreuse en membres (l’Egypte est le grenier à  blé de l’Empire) et elle n’est organisée qu’à  compter de la persécution de Dioclétien, vers 305-6. Jusque là , il semble qu’elle ne soit composée que de groupuscules inorganisés. A Rome, rien de notable jusque Léon 1er. A Carthage, pas grand chose. L’Eglise du Pont-Bythinie, dont vient Marcion, est probablement plus importante ou aussi importante qu’Antioche. Il faut se souvenir que les occidentaux passent pour des sauvages à  évangéliser et qu’Irénée de Lyon est un oriental en mission. Les églises sont indépendantes les unes des autres et il est bien possible que Marcion soit un Irénée qui n’a pas réussi.

Il ne peut donc y avoir de complot ecclésiastique pour organiser un gonflement de texte par la hiérarchie. En outre, pour compléter "dans un sens doctrinal", il faut qu’un corpus de doctrines existe. Il faut attendre pareillement le début du 4ème siècle pour voir de véritables querelles doctrinales. Auparavant, les doctrines ne dépassent pas les bornes géographiques de la "Métropole", à  savoir de l’église capitale d’une région.

conclusion

Alfaric conclue triomphalement en
1947 "Jésus n’a pas fondé le christianisme. Le
Christianisme a développé la figure de Jésus
".

Jésus n’a pas fondé le
christianisme.

On ne peut qu’être d’accord avec
cette affirmation quoique l’analyse faite par Alfaric n’y mène pas
du tout. La nouveauté du christianisme en regard du judaïsme
consiste en la formation d’un corpus de doctrines sans lesquelles on
ne peut se dire chrétien. Cette idée est créatrice d’hérésies
qu’il faut exterminer et cette haine partagée fédère, d’abord
contre la gnose, un mot valise qui recouvre 3 courants Dans les temps
de la rédaction des évangiles, le christiano-judaïsme (pour
reprendre une expression de Daniel Boyarin) est encore une
orthopraxie. Le corpus de Doctrines de base met 7 siècles à se
construire.

Les chrétiens n’ont donc le temps de
tripatouiller les évangiles pendant qu’ils sont persécutés par
vagues (la dernière 305) puis qu’ils s’approchent et influencent le
pouvoir impérial

Le Christianisme a développé la figure de Jésus

On ne peut qu’être d’accord avec ça au vu de la dogmatisation multicouches qui recouvre le personnage au point que cela se nomme " Christologie". Mais cette élaboration théologique qui recouvre le personnage ne signifie rien de l’existence historique de celui-ci. Cela signifie juste ce que disait Schweitzer en 1902 : il est impossible de remonter à  la figure historique du personnage. Il est impossible d’affirmer péremptoirement qu’il a existé et tout aussi impossible d’affirmer le contraire, d’un point de vue historique.

Alors pourquoi les églises le
font-elles ? parce qu’elles font de la théologie et qu’elles ne font
pas d’histoire. Quand elles s’en mêlent, elles ne font pas de la
science mais de l’apologie chaque fois que le magistère signe. Si
c’est un chercheur, c’est autre chose : les gars de l’école biblique
ne demandent pas l’imprimatur pour leurs travaux.

Theologie

A un endroit, Alfaric fait une
différence entre Jésus et le Christ. Grosso modo, il explique que
le prénom composé "Jésus-Christ" représente un choix
théologique au lieu d’être anodin comme Marie-Chantal ou
Jean-François.

Alfaric va de la doctrine (Jésus n’existe pas) au texte ; en fait il élimine le texte du Nouveau Testament comme inauthentique pour privilégier le paratexte (les mythes, le syncrétisme, le comparatisme). En gros, il cherche à la cave ce qui est possiblement dans le placard du fond du couloir.

Dans sa conclusion, il pratique toutefois cette confusion théologique du Jésus de l’histoire face au Christ de la foi. Le Christ de la foi est absolument un mythe faute de quoi, il ne pourrait être objet de foi ; le Jésus de l’histoire, quoiqu’il soit fantomatiquement dessiné parfois par la voie du midrash pesher, peut être un objet d’histoire mais, parasité qu’il est par la théologie ne peut être cerné par celle-ci.

Notes

  • 1quelques auteurs, autour des travaux sur la Quelle, affirment que les récits de la Dernière Cène sont probablement tardifs et provenir de cultes à  mystère, possiblement de Mithra.
  • 2Et Là , on ne voit pas pourquoi ? Et Alfaric ne nous dit pas d’où il tire cette idée, sauf peut-être, du développement du monothéisme de Sol Invictus ?
  • 3Sur le concept de Messie, Alfaric dit des choses très exactes. Le Messie est un concept nostalgique de la Royauté qui s’élabore dès le retour d’exil. La souveraineté de Juda, qui depuis Josias se prend pour Israël, est à  jamais perdue. Espèrer la restaurer; avec le temps, devient un concept de plus en plus abstrait et, de fils de David, le Messie acquiert une dimension de plus en plus eschatologique.
  • Entre -50 et +135, oncompte 4 ou 5 candidats Messie. De ce fait, ce n’est pas le vide
    mais le trop-plein pour composer un personnage comme Jésus.
    La trop rapide demi-page d’Alfaric peut être complétée avec intérêt :

  • Suppléments aux Cahiers Évangile, Le Messie de l’Exil au premier siècle exégèse décoiffante et dominicaine
  • Les rois sacrés de la Bible, Finkelstein et Silbermann qui expliquent le glissement à l’abstrait du Messie.
  • 4Sur les 2 Messies esséniens, lire Israël Knoll : l’autre Messie, Albin Michel, mais aussi le nouveau livre d’Israël Knohl très récent : The Messiah Before Jesus: The Suffering Servant of the Dead Sea Scrolls
  • 5Odon Vallet : "Nouvelle histoire des religions" et Odon Vallet "Qu’est-ce qu’une religion ?"
  • 6 voir L’inscription du préfet Ponce Pilate
  • 7 par exemple dans « Fils de Dieu », au Cerf
  • 8L’état de l’art sur le problème synoptique
  • 91961, Albert Vanhoye s.j.
  • 10Régis Burnet Pseudépigraphie, Épîtrepîtres et lettres (Ier-IIe siècle), De Paul de Tarse à Polycarpe de Smyrne, Paris, Editions du Cerf, Lectio Divina,192
  • indexation

    Identificateurs Technorati : , , , , ,

    The URI to TrackBack this entry is: https://pharisienlibere.wordpress.com/2009/11/13/alfaric-un-mythiste-au-tournant-du-19eme-20eme-siecle-2/trackback/

    RSS feed for comments on this post.

    One CommentLaisser un commentaire

    1. […] détail de la vie de Prosper Alfaric a déjà été développé ici et là mais il serait injuste de ne pas rappeler ici l’essentiel de son propos, vu sa paternité de […]


    Laisser un commentaire

    Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

    Logo WordPress.com

    Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

    Image Twitter

    Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

    Photo Facebook

    Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

    Photo Google+

    Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

    Connexion à %s

    %d blogueurs aiment cette page :