action painting (feuilleton)


L’oeuvre a été détruite par une manifestation. D’aucuns parlent de censure et de geste moyen-âgeux. La manifestation, même violente, n’est pas la censure.

Qu’est-ce que la censure ?

La censure vient forcément d’un pouvoir d’état ou d’un pouvoir auxiliaire de l’état. Dans le cas d’une manifestation de mécontents, la définir par « la censure » revient à criminaliser, ici au nom de la liberté d’expression de l’artiste Si l’on suit ce style de pensée,   toute manifestation d’opposition serait du terrorisme. Grosso modo, cela revient à dire que les manifestations contre le G7 ou contre les plans sociaux sont de la censure.

Le manifestant n’a pas le pouvoir de censurer, c’est d’ailleurs pour cela qu’il manifeste.

Qu’est-ce que la liberté d’expression ?

De ce fait, si le blasphème doit être toléré, aussi bien pour Serrano que pour les caricatures de Mahomet de ce Danois au nom imprononçable (paix et salut soit sur lui), la réponse doit être tout autant tolérée. 

La liberté d’expression, cela va  dans les deux sens, cela va sans dire et encore mieux en le disant.  Parce qu’il ne croit pas à ces choses ridicules, d’un homme rédempteur sur la croix, Andrès Serrano est autorisé à produire son Piss Criss ; parce qu’ils ne croient pas que le Piss Criss soit une oeuvre d’art, les cathos, même ultras, sont autorisés à détruire la photographie. C’est dogme contre dogme.

La théorie de l’art dit que l’art parle au peuple pour son éducation. Avec l’art contemporain, l’expression subjective de l’artiste est illico sacralisée par le petit monde de la critique ou par l’institution.

Mais, la différence entre Serrano qui expose son « oeuvre » depuis 1987 et le Danois (psl) tient à une petite différence qui constitue et établit la position d’artiste critique (donc transgressif) de la société :

  • Le Danois vit sous protection policière parce que son oeuvre, une série de dessins d’humour de presse, lui a valu des menaces sur sa vie dot des tentatives de mise en danger se sont déjà produites Il est un vrai rebelle, un véritable artiste à mettre au rang du Caravage (qui risquait sa vie devant un pouvoir clérical). Il est « engagé »
  • Serrano ne risque de mourir que de cirrhose du foie à force de fréquenter des vernissages. Il est « dégagé ».

Son oeuvre, en revanche, en a pris un méchant coup, ce que je déplore alors même que je conteste la qualité d’oeuvre à son truc et la qualité d’artiste à Serrano. Mais c’est bien le seul risque que prenait ce « rebelle » : qu’une manif de mécontents la sabote.

Action artistique

C’est arrivé .

La manifestation fait partie del’oeuvre. C’est une forme de dialogue entre l’oeuvre et le public auquel Serrano ne s’adressait pas, mais auquel il la destinait.

Le triple jeu de l’art contemporain se développe au dessus de la tête du public qu’il méprise ; il s’agit d’échanger entre soi, artistes, critiques et autorités culturelles pourvoyeuses de subventions, , les signaux de reconnaissance et d’appartenance à ‘une « élite » tandis que le peuple ne serait « pas prèt », « pas éduqué », serait un philistin cultive et, bien sûr, se montrerait intolérant devant le génie du Maître.

Toutefois, la production de l »artiste est « idéologique », centrée sur le discours de l’artiste.

Bien évidemment, ce sont les « cathos coincés » (un catho est toujours coincé, sauf si un protestant est disponible, auquel cas le catho passe « bon vivant » et le protestant « sans humour« ) qui ont détruit l’oeuvre et, de ce fait, qui sont déclarés intolérants. En aucun cas le maître plasticien n’avait « provoqué« , produit une « oeuvre dérangeante« , voire « décapante » ? Il se disait rebelle, transgressif et le public lui a répondu sur le même ton, rebelle et transgressif.

Le public qu’il stigmatisait lui a répondu. Il ne l’a pas agressé sur sa vie mais sur sa production, jugeant un arbre à ses fruits. Ce public a critiqué l’oeuvre en un happening transcendantal qui se situe sur le même plan que celui développé par l’artiste lui-même dans son exposition.

Les cathos ont commis un blasphème : ils ont brisé « l’oeuvre d’art » ou du moins, ce que les clercs du système culturel imposaient comme une oeuvre d’art .

Ce public de mécontents n’a rien fait d’autre qu’un geste créatif tout comme cette femme qui avait marqué de l’empreinte d’un baiser au rouge à lèvres la toile blanche sur blanc de Cy Tombly. Dans les deux cas, c’est une « performance« , un geste unique et artistique qui parle à tout le monde sans barrière culturelle ou sociale.

Chacun remarquera que l’art contemporain ne sort de la dogmatique de l’abstraction que dans les cas où il entre dans le blasphème s’il veut « avoir de la presse« . Je trouve cela « sain(t) » que l’action artistique s’incarne dans le public qui conteste cette norme . A noter que les artistes ultra catholiques qui sont intervenus dans cette performance, eux, prennent des risques : ce sont de vrais rebelles, de vrais critiques de la société telle qu’elle roule auxquels les tribunaux demanderont des comptes.

En savoir plus

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Published in: on 19 avril 2011 at 6:40  Laisser un commentaire  

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