L’interdiction du divorce est-elle le message essentiel du catholicisme romain ?


Madame Danièle Sallenave, de l’Académie française, s’interrogeait vendredi dernier sur le référendum maltais qui demandait aux citoyens s’ils seraient d’accord pour que l’état envisage une loi autorisant le divorce.

Référendum à Malte

En effet, la république de Malte, membre de l’union européenne depuis 2004 est le dernier état de l’Europe qui l’interdit. Malte reconnaît cependant la séparation légale mais, pour se remarier, il faut demander l’annulation « procédure longue, couteuse et décourageante« . Madame Sallenave ne dit pas que si la séparation légale est du domaine de l’état, l’annulation est du domaine du tribunal de la Rote, à savoir de l’église catholique Les maltais, dont une petite minorité n’est pas de religion catholique, se trouvent donc dans la situation ubuesque où se trouvaient les italiens avant la loi sur la dissolution du mariage n°898 du 1er décembre 1970. Cette situation aboutit à ce que seules les célébrités et les catégories sociales privilégiées peuvent soutenir ce type de procédure et parvenir à divorcer.

Le 30 mai dernier, les autorités maltaises ont posé par référendum la question suivante aux citoyens : « Êtes-vous d’accord pour proposer le divorce aux couples mariés qui sont séparés depuis 4 ans quand il n’y a pas de probabilité raisonnable de réconciliation et quand le bien-être des enfants est assuré ?« 

La réponse est tombée : 53, 2% de oui.

Mgr Paul Crémona, archevêque de la Valette a tenté de peser sur le vote en disant que « les maltais avaient à choisir entre construire et détruire les valeurs familiales.  » Des prêtres ont même menacé d’excommunier ceux qui voteraient « oui »… comme au temps où le cardinal Ottaviani faisait la tournée des paroisses italiennes, dans l’immédiate après 2nde guerre mondiale pour empêcher le mariage catholique des parteggianni (à savoir des résistants italiens du parti communiste) dans un état où le mariage civil n’existait pas. Il s’agissait de favoriser la diffusion des idées de la démocratie chrétienne et de nuire au parti communiste en pourrissant la vie quotidienne de ses militants.

Après la publication des résultats, l’archevêque a tenté de rattraper le coup.

La chronique de Danièle Sallenave devient quelque peu tendancieuse quand elle nous dit « On ne voit pas pourquoi l’église catholique changerait ses recommandations sur le divorce » D’abord, ce n’est pas la question qui était posée aux maltais. On en leur demandait pas s’ils voulaient que l’église catholique change ses dispositions sur le divorce mais s’ils souhaitaient que l’état change ses dispositions sur le divorce.

  • *En effet, les relations entre l’Eglise catholique et l’Etat ne sont pas du seul domaine de « l’Eglise » mais aussi du domaine de l’Etat qui, républicain, demande leur avis aux citoyens.
  • *Comme beaucoup d ‘athées, Madame Sallenave imagine que les religions son des blocs monolithiques et figés qui ne sauraient souffrir aucune évolution. Pourtant les observateurs de la chose religieuse auront observé que les religions évoluent. Rien que l’église catholique a changé ente le 19ème siècle et nos jours mais jusqu’ici, les changements ont suivi la voie hiérarchique et cela lui a semblé normal. Le pape Benoit 16 a dit que « les limbes » et bien, peut-être fallait-il renoncer à cette idée consolante.

Voter contre le pape

« La moitié des catholiques votent contre le pape » nous dit-elle

Madame Sallenave croit à l’infaillibilité pontificale beaucoup plus que les catholiques maltais !

Pour Madame Sallenave, la religion est un système hiérarchique dans lequel le peuple n’a rien à dire. Pourtant, les observateurs de la chose religieuse se sont rendu compte depuis Vatican II que le cas se présente fréquemment que le « peuple de D.ieu  » se manifeste et critique, ne serait-ce que par l’existence d’une association aussi européenne que « Nous sommes aussi l’église »

Aux débuts du christianisme, Grégoire de Nysse témoigne que la discussion doctrinale, au IVème siècle, juste au moment où s’instaure l’intolérance et la pensée unique, descendait jusque dans les échoppes de barbier.

Aux débuts du christianisme, l’évêque, donc le pape évêque de Rome, était élus par les fidèles. Dans ce cadre, l’objection de Madame Sallenave aurait quelque poids. Dans un système où le pape est coopté par ses pairs sans que le peuple ait son mot à dire, on peut se demander exactement ce qu’il représente ? Les maltais n’ont pas voté contre le pape  ; ils ont voté pour « Nous sommes aussi l’église » qui présente cette revendication du droit à l’erreur conjugale depuis 40 ans.

L’argument du tiède

« Mais qu’est-ce que ces catholiques qui s’affirment catholiques à condition de ne pas respecter les interdits ou les dogmes  ?  » conclut Madame Sallenave

C’est l’argument du fondamentalisme chrétien « Dieu vomit les tièdes » Apocalypse 3:14-16

Déjà, il faudrait signaler à Madame Sallenave qu’aucune constitution dogmatique n’existe sur le divorce quoiqu’une doctrine de la famille existe bien. Seul le courant intégriste du catholicisme dogmatise tout.

La différence en est ‘un dogme est une déclaration solennelle qui doit être prise en concile ou du fait de l’infaillibilité pontificale depuis 1870. Rien de solennel et d’irrévocable donc au sujet du mirage qui n’est un sacrement QUE depuis le 11ème siècle. .

Ce que l’église a institué, l’église peut aussi le défaire. Le divorce est une affaire de discipline tout comme le célibat ecclésiastique qui n’affecte que les prêtres de rite latin et pas les prêtres catholiques romain de rite oriental. L’église catholique romaine entretient donc 2 disciplines concurrentes selon la zone géographique ; rien ne l’empêcherait donc de modifier la discipline concernant le mariage. C’est l’islam qui se méfie de l’innovation, pas le christianisme.

L’infaillibilité de l’Eglise

« qu’est-ce que c’est que cette église qui fait marche arrière à la moindre résistance ? Drôle d’église, drôles de croyants « 

Mais qu’est-ce donc que l’église ? Sont-ce les seuls ecclésiastiques ou est-ce aussi le peuple ?

Là encore, Madame Sallenave applique un dogme athée selon lequel la doctrine ou la discipline la plus fondamentaliste, la plus rigoureuse serait l’orthodoxie ou l’orthopraxie contre laquelle le croyant ne pourrait élever aucune critique. Le vrai catholique est le fondamentaliste, le croyant « modéré » pour employer un mot à la mode qui entérine le point de vue athée que le fondamentaliste est le seul vrai croyant, aurait tout faux ou serait un hypocrite ? Pourtant, une femme aussi cultivée que Madame Sallenave devrait se souvenir de l’aventure des jésuites qui commencent avec la devise « perinde ac cadaver » promettant d’obéir au pape ainsi qu’un cadavre mais qui fonde la casuistique, une jurisprudence que les fondamentalistes de l’époque, les jansénistes, tâchèrent de faire passer pour un monument d’hypocrisie. Madame Sallenave tient ici la position du janséniste qui se veut plus pur que les purs. Avec la diffusion de la culture dans les populations qui vont de plus en plus à l’école, l’esprit critique se répand et les mesures autoritaires ne fonctionnent plus

antimodernisme

« Il ne faudrait pas prendre pour un progrès de la liberté de penser ce qui est un élément de la pense moderne de nos concitoyens : une religion de confort à la carte On gagne sur tous les tableaux , on se garde une petite espérance, une petite garantie de paradis mais surtout on rejette tout ce qui vous en dérange« 

Outre que rien ne dit que le paradis et l’au-delà soient le coeur du message chrétien, dans sa version catholique, ce serait plutôt l’histoire du salut et de la rédemption par la croix, on voit bien la retiration de l’anathème sur les tièdes

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés. » Matthieu 23 :27

Là, c’est la critique anti-moderniste un peu traditionnelle qui oublie que l’anti-modernisme catholique, celui du Syllabus,celui du 19ème -20ème siècle soumettait la pensée des intellectuels à l’autorité ecclésiastique. ? L’église catholique devrait-elle continuer dans les travers auxquels Vatican II a mis fin :

Devait-elle interdire l’exégèse scientifique comme elle le fit jusque Vatican II, au prétexte que ces techniques avaient été inaugurée par les protestants ?

Devrait-elle promouvoir l’intolérance ? Devrait-elle continuer de promouvoir l’antisémitisme comme elle le fit sous prétexte de déicide ?

Et même, devrait-elle continuer de soutenir l’esclavage au prétexte que Paul de Tarse renvoie son compagnon de voyage, esclave à son aitre en lui recommandant la soumission ?

L’anti-modernisme a rendu l’église catholique ridicule et est la cause de sa perte d’influence.

Cette femme est un Savonarole ! Une bonne connaissance du même texte de Matthieu aurait pu lui éviter ce jugement dogmatique à l’emporte pièce C’est juste avant

Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux ; vous n’y entrez pas vous-mêmes, et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. Matthieu 23 :17

Transposons dans une autre zone géographique. L’islam iranien et khomeyniste est-il l’orthodoxie de l’islam ? ou, comme intellectuelle, Madame Sallenave se sent–elle plus en phase avec un Malek Chebel ou un Abdelwahhab Meddeb ?

Vérité en deça des Pyrénées, erreur au delà

En résumé, comme beaucoup d’athées, Madame Sallenave a besoin d’une église catholique autoritaire, voire obscurantiste.. Elle est bien plus facile à ridiculiser qu’un peuple catholique qui pense son rapport à la discipline  !

Madame Sallenave croit assez en D.ieu pour penser que le pape est le vicaire du Christ et que sa parole s’impose à tous les catholiques et même aux maltais qui ne le sont pas. Je me demande comment on peut se réjouir des révolutions arabes en ajoutant qu’elles sanctionnent la fin de l’islam politique et reprocher aux catholiques maltais de vouloir s’affranchir du catholicisme politique ?

Voir aussi

Existe-il encore des journalistes d’actualité religieuse ?

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