Crédulité et Science-fiction


Deux petits entrefilets de participants fièrement athées, dans une rubrique de questions et réponses supposées échanger du savoir attestent de la crédulité des athées. Noter le touchant aveu, en gras, décrivant le but des participants athées quand ils participent à ce genre de rubrique !! Ils pourraient être du même auteur.

Raboutons- les ; on obtient ce petit texte qui compile la plupart des stéréotypes athées sur la relation des chrétiens à la Bible.

<<A ce que j’ai compris et retenu de mes cours d’Histoire, durant des siècles, l’Église interprétait la Bible au sens littéral, tout ce qui y est écrit était considéré comme réel. Puis avec les avancées scientifiques, la Bible a été considéré comme un ouvrage métaphorique. Comment ce changement s’est-il opéré ? Y-a-t-il eu une cassure précise ou le discours allégorique est apparu peu à peu ?Et surtout comment l’Église a-t-elle réussi à conserver sa crédibilité ? >>

<<depuis quelques dizaines d’années, les croyants peuvent parler de mythe à propos des récits de l’ancien testament ; auparavant ils auraient été classés hérétiques. Parler de métaphore et d’allégorie est une façon récente pour les croyants de retomber sur leurs pattes quand les athées se
sont suffisamment fichus de leur tronche
>>

Détaillons maintenant chacune des stéréotypes contre-factuels

« A ce que j’ai compris et retenu de mes cours d’Histoire, durant des siècles, l’Église interprétait la Bible au sens littéral, tout ce qui y est écrit était considéré comme réel. »

On aimerait connaître le nom de l »école et celui du pays où elle se trouve vu ce curieux enseignement ??? Parce que, s’il s’agit de l’Église catholique Romaine –la seule qu’en France on nomme « L’Église » comme on disait « le Parti » pour dire le PCF– , depuis Origène, né vers 185, elle a toujours parlé des 4 niveaux de lecture de la Bible :

  • sens littéral ou historique (comprendre « narratif »)
  • sens allégorique
  • sens anagogique
  • sens tropologique

Origène fut formé à l’école d »Alexandrie. 1 : il y a peu de chance que la Bible n’ait été lue « qu’au sens littéral » un jour.  Ces 4 sens sont  systématiques dès le 5ème siècle de l’ère commune. Dans le judaïsme, la systématisation des 4 dimensions de la lecture revient à Judas HaNassi (le Prince, né en 135) :

  • Peshat (sens obvie,c’est-à-dire le plus évident),
  • Remez (allusion),
  • Drash (sens indirect),
  • et Sod (sens ésotérique).

« Puis avec les avancées scientifiques, la Bible a été considéré comme un ouvrage métaphorique. « 

La lecture de la Bible modifiée par « la Science », érigée en déesse  toute puissante, est une « croyance athée« . Elle n’a pas grand fondement. Par exemple :

  • le Talmud, dont la rédaction commence au 1er siècle mais dont la pratique orale est antérieure, témoigne de discussions de critique textuelle.
  • Au 17ème siècle, des auteurs comme Louis Cappel, un protestant, écrit une « critica sacra » publiée en 1650 qui discute l’idée de « création » parce que le mot hébreu « bara » (entre autres) signifie séparer. Il suit et précède d’autres auteurs comme la critica sacra de Edward Leigh2 (1645).

Entre temps, le christianisme a développé ses propres méthodes d’interprétation au XIIème et XIIIème siècle, à l’aide des catégories patristiques.

D’ailleurs la bible n’est pas considérée comme un « ouvrage métaphorique » ; la métaphore est une figure du discours basée sur la substitution tandis les textes bibliques appartiennent à plusieurs genres littéraires (chroniques, poésie, épopée, traités de la guerre, code de lois, etc..) et utilisent bien plus de figures que la seule métaphore.

>> »Comment ce changement s’est-il opéré ? Y-a-t-il eu une cassure précise ou le discours allégorique est apparu peu à peu ? »

En fait, le changement s’est fait en sens contraire.

Avec l’arrivée de l’étude historique et critique de la Bible, disons au milieu du 19ème siècle et de la paléontologie humaine, disons à la fin du 19ème siècle, les églises conservatreices se sont raidies.

La réaction est marquée par la « crise moderniste »dans laquelle :

  • l’Église catholique rejette à la fois, la démocratie, les droits de l’homme, ( Mirari Vos 1832) issus de la révolution, l’étude historique et critique et/ou philosophique4(Quanta Cura + Syllabus 1864) + Pascendi Dominici gregis 1907 )
  • les églises protestantes conservatrices américaines au cours de plusieurs « colloques fondamentalistes » entre 1873 (aux lendemains de la guerre de Sécession) et 1883

>> »Et surtout comment l’Église a-t-elle réussi à conserver sa crédibilité ? « 

Le Syllabus mais aussi l’affaire Mortara (1858) lui ont fait perdre toute crédibilité en Europe. Ce sont les guerres européennes qui la lui ont reconstruite et surtout le concile Vatican II réuni pour résoudre le conflit interne à l’église catholique concernant l’étude historique et critique (et non pour dire la messe en français)

>> »depuis quelques dizaines d’années », les croyants peuvent parler de mythe à propos des récits de l’ancien testament »

Exactement 165 ans. Tout de même … Bien évidemment, tous les récits de l’ancien testament ne sont pas des mythes ; certains sont des chroniques. Les genres littéraires sont multiples dans une bibliothèque.

>> »auparavant ils auraient été classés hérétiques »

Par quelle autorité ? Se reporter, plus haut, à Cappel et Leigh !!

>> »Parler de métaphore et d’allégorie est une façon récente »

récent ? Disons de l’antiquité tardive plutôt que récente.  :-)

>> »pour les croyants de retomber sur leurs pattes »

L’explication téléologique est souvent une solution de facilité mais, hélas, elle est fausse ! On parle de métaphore et d’allégorie bien avant que les athées existent et objectent. On peut donc se moquer de cette auto-glorification basée sur l’ignorance de l’histoire.

>> »quand les athées se sont suffisammentfichus de leur tronche »

Pour le moment, je suppose que mes lecteurs riront les derniers de ce recueil d’humour athée involontaire de 9 erreurs factuelles dans un texte de 6 lignes. LOL !! et Re-LOL !!! Parler de science fiction désigne les argumentations de ceux qui se réclament de la raison mais n’hésitent pas à commettre de grossières erreurs épistémologique (sciemment ou pas) afin de faite passer une idée à laquelle ils adhèrent. À ce titre, certains athées n’ont rien à envier aux férus de « miracles scientifiques« .

notes

1 « Malheur à celui qui se limite au sens obvie, ce n’estque l’enveloppe » dit le Zohar.

2Critica sacra, or, « Philologicall and theologicall observations upon all the Greek words of the New Testament, in orderalphabetical, » téléchargeable sous le lien.

3   Poulat, Emile. Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste. Paris, Casterman, 1962 une recension  de 1962, recension de 1963

4 Walter Vogels, Les limites de la méthode historique et critique, Laval théologique et philosophique, vol 36, n°2 1980. L’introduction de l’article rappelle les difficultés catholiques depuis la crise moderniste jusqu’en 1964

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One CommentLaisser un commentaire

  1. […] La croyance ici consiste à considérer que le littéralisme a toujours été la norme, jusqu’à ce que les progrès de la science ne contraignent les vilains crédules à « interpréter », voire à faire du mal au mouches. Bref, le recours à différents niveaux de lecture serait une solution de repli récente… […]


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