Alfaric, un mythiste au tournant du 19ème-20ème siècle (2)

l’introduction de cet article, se trouve sous ce lien

La méthode

Alfaric est résolument comparatiste comme on l’est en sont temps depuis Salomon Reinach (son Orpheus de 1909). Vu d’aujourd’hui, on pourrait nommer cela « comparatisme à la louche« . En quelque sorte, cela se ressemble, donc c’est la même chose.

On va donc exposer les thèses d’Alfaric en la matière. On discutera ensuite les options qui
semblent discutables. Chemin faisant, on apportera ce qui se fait et ce que se disent les universitaires de nos jours, si nécessaire.

Comparatisme et syncrétisme selon Alfaric

Il opère :

  • À partir des cultes à  mystères : Attis, Mithra1, Osiris et des autres « fils de Dieu »
  • A partir de 2 présupposés qui demandent à  être vérifiés(discussion, plus bas)
    fusionne les « mentalités »

  • Du fait de l’extension de l’empire romain, les nationalités s’effacent.

Et un troisième :

  • Que la conception du dieu s’unifie.2

Les autres apports à  la source du mythe conté dans les évangiles proviennent de sources juives et de sources esséniennes. Bizarrement, Alfaric distingue les juifs et les esséniens. En fait, comme ex-catholique, il a un modèle jacobin de la religion et ne peut concevoir un judaïsme au premier siècle plus pluriel que ça.

  • Les apports juifs consistent en l’attente du Messie3
  • Les apports esséniens se matérialisent dans le modèle du »serviteur souffrant« 4

(suite…)

wikipédia se ridiculise : impossible de présenter le mythisme pour ce qu’il est !

c’est un mythiste qui tente de défendre sa cause sur wikipédia, Frange, qui, le 1 novembre 2009 à 06:56 , déclare

là encore, la façon de présenter les choses influe sur l’interprétation. Dire (sans contextualiser) que ces thèses mythistes/mythologues ne sont pas publiées dans des revues, c’est pour moi comme pour les lecteurs de WP qui veulent se faire une idée, éssayé de disqualifier l’homme et ses idées dans une phraséologie blabla POV [1] proche (ou similaire en argumentation par le creux) du pharisien libéré. La poutrre dans l’oeil du voisinRien n’empêche des thèses sérieuses d’être publiées selon une méthodologie scientifique hors des revues (surtout à une époque comme 1900 – 1945 où le pouvoir catholique est influent au sein de l’université concernant les études sur les religions etc). j’ai sourcé mes ajouts et les publications des travaux d’historiens d’ Alfaric dans des revues à comité de lecture. (sic)

Et comme « le pharisien libéré » s’y trouve mis en cause, sans que ce garçon ait trouvé le courage devenir défendre ses théories dans l’une ou l’autre case de commentaires de ce blogue, cela vaut le coup de répondre, d’autant que l’argument « paille poutre » est issu des évangiles. Il semble assez incohérent chez un militant myhtiste.

la controverse

Voilà un garçon qui lutte donc mordicus contre les faits dont chacun sait combien ils sont têtus ! Il ne peut concevoir que la thèse mythiste est complètement démonétisée par l’université y compris par des chercheurs athées comme Charles Guignebert, dont, manifestement, il n’avait jamais entendu parler (faute de nom de rue, [2] sans doute ? )!
croyance athée sur la thèse du blackout (un article sous peu exposera ce qu’il en est d ela thèse du blackout durant la période)

Il défend la thèse du pouvoir catholique dans l’université laïque « en 1900-1945 », laquelle est un mythe athée !

  • par le choix de datation, il montre qu’il ne sait rien de la crise moderniste non plus que des travaux sur le Jésus historique dont les premières publications remontent au milieu du 19ème siècle et qu’elle ne s’achève pas en « 1945 » mais en 1961 (à l’ouverture de Vatican II)
  • il croit au « pouvoir de l’église catholique romaine », alors que, justement à cette époque, la prise de conscience de son impuissance à contrôler le savoir sur les origines des textes du christianisme crée la crise moderniste, Il avoue donc par là qu’il ne connaît pas la bibliographie sur ce sujet, ce qui ne l’empêche pas d’affirmer des opinions définitives, comme la plupart de ceux qui parlent en toute méconnaissance de cause.
  • il croit que l’église catholique a un quelconque pouvoir sur l’université alors même que la laïcisation du savoir commence dès 1810 en Europe, et que, en France, la création de l’EPHE VIème section témoigne contraire. En quelque sorte, ce croyant fait l’impasse sur le fait qu’à l’époque n’Europe n’est pas universellement catholique (spécifiquement, Guignebert se revendique athée), alors que les questions autour du Jésus historique sont européennes entre 1830 et 1933 !

La bibliographie donnée au bout du « Jésus » de Guignebert montre la fécondité des publications durant la période considérée, c’est dire qu’elle prouve le contraire des affirmations du militant.

Croyance idéologique sur la construction du savoir universitaire

Le savoir universitaire, en particulier en sciences humaines, se construit et s’évalue par la publication dans des revues « à comité de lecture » et par le débat qui s’instaure entre elles. Transformer un fait, qui peut être constaté par quiconque a un peu fréquenté l’université, en « phraséologie » est un tour de passe passe rhétorique visant à récuser un élément essentiel des méthodes du travail universitaire en « croyance » sans y parvenir.
Le savoir se valide selon l’impact des revues dans lesquelles les articles qui le révèlent sont publiées. et le nombre d’article qui les cite ; on tient compte du nombre de critiques positives ou négatives dans des revues de niveau comparable. Cela se nomme « le facteur d’impact« . Même si la chose n’a été quantifié que dans les années 1970, il est une réalité constatée au tournant du 19-20èm siècle quand se fondent la revue de Emile Guimet et celle de Gabriel Monod.

Si Alfaric n’a pas publié ses articles sur l’inexistence historique de Jésus dans les revues à impact de son époque, auxquelles son titre de Maître de conférence lui donnait un accès naturel, cela révèle qu’il savait combien ils seraient ridiculisés par ses pairs et, par là, ruinerait sa crédibilité universitaire. Or, le facteur d’impact des revues associatives (Union rationaliste et Cercle Ernest Renan) dans lesquelles il les publia se monte à « néant ».

Par ailleurs, Frange prend Mordillat (celui du duo Mordillat et Prieur, réalisateurs de la série « Corpus Christi ») pour un « théologien » et affirme que Finkelstein dans « la Bible dévoilée » donne de quoi appuyer les thèses mythistes !!! Il n’a donc pas vu les émissions auxquelles il fait référence, ni lu les livres des 2 journalistes et il n’a pas plus lu le Finkelstein et Silbermann qu’il invoque à titre d’argument d’autorité.

conclusion

Telle est la qualité moyenne du wikipédien susceptible de corriger letravail des experts s’il s’en trouve un pour s’aventurer sur wikipédia ! Et dire que wikipédia s’est fait 2 minutes de publicté sur France 2 pour affirmer sa « fiabilité » par la voix de Marie Drucker, il n’y a pas plus d’une semaine !. Dans l’exemple de France 2, il s’agissait de corriger une affirmation sans fondement sur l’animatrice (« miss Normandie en 1995 » ou quelque chose de ce genre) ; pour obtenir ce résultat, il suffit d’être en cheville avec un patrouilleur IRC ! Pour les sujets nécessitant des connaissances autres que « pipole », c’est autrement difficile de contourner les militants des fondamentalismes de toutes sortes, à commencer par cette catégorie méconnue : le fondamentaliste athée.

Le wikigrill de Books montre, au contraire combien wikipédia est peu fiable. Et, comme on le voit ici, as en voie de s’arranger.

note

  • Dans la « novlang » wikipédienne, POV désigne un point de vue « non-neutre » : bien évidemment, défendre le point de vue des historiens contre le point de vue militant (c’est à dire « croyant ») est bien un « point devue », mais c’est celui qui sied à une ncyclopédie. En revanche, ranger la croyance au niveau du savoir caractérise « le dogmatisme » qui est un élément du religieux. Frange défend donc le mythisme avec les argument du catholique qui rangerait la virginité perpétuelle de Marie au nombre des connaissances scientifiques en gynécologie
  • – Le wikipédien dérive, plus bas dans la page de discussion, sur la notoriété de « Charles Guignebert » en déclarant « qu’il n’y a pas de rue à son nom » ! Comme si cela avait un intérêt pour l’évaluation des travaux de Guignebert ! On donne rarement aux rues le nom d’historiens spécifiquement si leurs travaux ne construisent pas « le roman national ». Le nom des rues n’évalue pas la qualité des travaux des chercheurs mais la volonté politique d’icônisation de la personne proposée à la mémoire des résidents du quartier. Par exemple, les rues Lénine sont rares dans le 92.
  • indexation

    Identificateurs Technorati : , , , , ,

    On parle du Pharisien Libéré sur.. Atheisme.org

    Voici un correspondant athée qui s’en va contredire le dogme  que « les croyants sont des buses » sur l’un des sites phares de  de l’athéisme.

    Comme tous les hérétiques, il se fait ramasser par le préfet pour la Congrégation pour la doctrine de la foi, un certain Fou de Bassan. En effet, il a contrarié un autre dogme soutenu par le site  : la thèse mythiste à savoir l’inexistence historique de Jésus.

    Mais Fou de Bassan réagit comme tous les doctrinaires :
    *il ne fait pas la différence entre « montrer que les thèses mythistes jusqu’ici soutenues ne tiennent pas la route« , ce que fit Charles Guignebert en 1933  et « prouver l’existence historique de Jésus »
    *il répond à une thèse que son correspondant n’a pas soutenue (affirmer l’existence historique de Jésus telle que dans les évangiles »)  alors que le correspondant exposait la nature des débats.

    indexation

    Identificateurs Technorati : , , , , ,

    Published in: on 17 août 2009 at 8:58  Comments (2)  

    les limites de la démarche scientifique

    D’un polytechnicien promotion 1957, on s’attendrait à un minimum de méthode scientifique, spécifiquement quand il s’agit d’un statisticien de renommée mondiale. Il faut croire qu’il n’en est rien ou qu’une étanchéité s’établit entre la capacité de raisonnement quand il s’agit de démographie ou de population, d’une part et la même quand elle invoquée en matière de religion.
    (suite…)

    La Science, la Raison et les baudruches

    Antheus ne sait plus à quel saint se vouer :

    On 14 juin 2008 at 11:55 Anthaeus Said:

    Je ne cherche pas à décridibiliser les athées, mais vous avez   démontrer que leurs thèses visant à démontrer que Jésus n’a jamais   existé était fausse et qu’il soutenait cette thèse par athéisme  militant.

    Après ça, comment leur faire confiance pour le reste.

    Le secret pour savoir contrôler la qualité de l’information consiste d’abord à ne pas se fier à ce que sont les auteurs (athées, ou autres) mais à ce qu’ils disent, écrivent et font. Si vous rechercher le CV de ce Guy Fau dont font grand cas les sites mythistes, vous vous rendez compte qu’il n’est pas un historien et que s’il a bien publié quelques articles, c’est toujours dans les bulletins paroissiaux de l’union rationaliste et jamais dans la moindre revue de validation.

    Je ne dirais pas que j’ai "démontré" quoique ce soit. J’ai rappelé que diverses théories mythistes avaient existé et que chacune d’entre elles présentaient une erreur méthodologique. Ces errements sont listés dès le début du "Jésus" de Guignebert dès 1933.

    comparatisme structurel

    Les toutes premières thèses utilisaient le comparatisme structurel dont l’archétype est "Jésus =Horus". On doit admettre qu’à l’époque où elles furent produites, au début de l’usage du comparatisme en sciences religieuses, il était difficile de faire autrement. Ce type de comparatisme était la méthode reine. Cette méthode demeure la préférée du courant mythiste ( ici et là sur des sites genre "gros mensonge de la Bible" ou Leman Lake). Ce type de comparatisme triomphe dans l’histoire des religions d’avant 1914 et subit autour de 1930 une baisse de régime. On observe que telle myhtologie reprend, apparemment, des éléments présent dans tel ou tel autre mythe et l’on conclut au syncrétisme, à l’emprunt, à l’identité de l’un et l’autre mythe et l’on tente de combler les manquants dans la documentation.

    Ainsi établit-on l’identité entre l’Athena des grecs et la Minerve des romains… Mais justement, dans le culte des romains, on recherche vainement la composante nationaliste et politique de la déesse. Chez les romains, on peut se demander si ce n’est pas le genius imperator qui joue e rôle ? Partant, comment parler d’identité au sens de recouvrement de l’une sur l’autre qui ne serait dûe qu’au hasard géographique ? D’une démarche semblable, on tire la conséquence que si Jésus bénéficie, dans les écrits canoniques, d’une naissance virginale, d’une conception divine, de miracles, alors c’est la même chose que Horus et donc, Jésus n’a pas plus d’existence historique qu’Athena ou Mithra ou Horus.

    On est beaucoup plus prudent, de nos jours, avec les aspects appoloniens de Lug, le principal dieu celte.

    De bello orphico

    C’est à partir de l’Orpheus (1918, réédité en 1925) de Salomon Reinach, et de la controverse "de bello   orphico" qu’elle déclencha que l’on s’est rendu compte que ce type de comparatisme "à la louche" n’était pas opérationnel. Il se trouve, toutefois, sur wikipédia, un lobby athée radical qui interdit toute critique des thèses mythistes au nom de l’Orpheus de Reinach.

    La controverse elle-même, popularisée dans divers journaux de l’époque (pas seulement dans les revues spécialisées) conduisit à comprendre que la méthodologie du comparatisme structurel n’était pas opérationnelle dans tous les contextes où elle était utilisée. La polémique est racontée dans "La crise de l’origine : La science catholique des Evangiles et l’histoire au XXe siècle" de François Laplanche, chez Albin Michel. Loisy (pour le nouveau Testament) et Lagrange o.p. (pour l’Ancien Testament) mettent doucement au point un comparatisme fonctionnel dans laquelle part des mêmes remarques mais, avant de conclure à l’identité, on cherche les preuves de contact et d’emprunt. La situation est encore plus troublante quand la recherche prouve qu’il n’y a aucun contact. On est amené à envisager que ce motif de récit, disons "une figure du discours" a une valeur propre pour le sens du récit qui est indépendante du contexte où on l’utilise. Ce type de travail me semble fonder les recherches de Dumézil sur les récits indo-européens qui unit le travail sur la langue, les textes et la structure des récits. Cette méthode s’avère bien plus opérationnelle mais, en effet secondaire, elle dézingue complètement le comparatisme structurel.

    l’Union ratonaliste adopte comme "dogme"l’inexistence historique de Jésus

    Pourtant les mythistes resteront campés sur cette méthode ; on se demande pourquoi ? A mon avis, il faudrait étudier l’histoire de l’Union Rationaliste depuis Paul Langevin pour avoir la réponse. Alfaric distend ses relations avec les historiens qui l’ont poussé à la Chaire d’histoire des religions de Strasbourg.

    On trouve, d’ailleurs, des bouquins très sérieux à base de comparatisme structurel jusque dans les années 1955, par exemple un bouquin sur les mythologies "de tous les temps en tous les lieux" (car l’époque a de l’ambition) paru chez le très sérieux éditeur Payot. De nos jours, on est attéré mais cette évaluation a quelque chose d’anachronique à la lumière d’ouvrages postérieurs comme les travaux de Vernant ou de Vidal-Naquet dans les années 1970. Encore que, déjà en 1933, le génie grec dans la religion de Gernet et Boulanger, c’était déjà autre chose.

    comparatisme fonctionnel

    En ce qui concerne la mise au point d’une méthode comparatiste fonctionnelle réellement raffinée, il faut attendre, me semble-t-il, les travaux de Michel Tardieu (du collège de France) sur le syncrétismes dans les religions du 1er siècle. Il me semble que Tardieu utilise, entre autres, les travaux sur l’Avesta   d’un des prédécesseurs de Jean Kellens. Si vous voulez savoir ce que cela donne, France Culture donne à partir de lundi, (de 6:00 à 7:00   AM )horaire durant lequel Kellens expose ses travaux pendant une semaine.

    Je n’ai donc pas montré que Jésus a existé, seulement que les thèses   mythistes furent controuvées dès les années 1933. Il résulte donc que ceux qui les soutiennent de nos jours, sans jamais présenter les pages de Guignebert qui les critiquent, le font à titre militant et se parent induement de "démarche scientifique" ou "rationnelle" ou se targuent sans la moindre raison d’incarner la raison contre l’obscurantisme.

    La plupart du temps, la méconnaissance du corpus de littérature produit de 1933 à nos jours est apparente. Il est difficile d’adhérer à l’idée que la recherche n’est pas faite quand on voit :

    • la bibliographie en 3 langues au bout de l’ouvrage de Guignebert lors e la première parution
    • les bibliographies additionnelles données lors des rééditions après la mort de Guignebert