Mécanismes du prosélytisme antithéiste


Les antithéistes ne craignent pas le ridicule. Voici comment s’exprime un prosélyte antithéiste à l’égard des érudits qui se hasardent à leur répondre.

« votre réponse affirme deux sottises, car d’une part les textes trouvés à Qumran sont pour l’essentiel très différents des fables bibliques issus de 15 siècles d’obscurantisme catholique puis protestant, et d’autre part les manuscrits trouvés à Nag Hamadi sont antérieurs à tous les manuscrits utilisés par les textes « bibliques » du marché. Et il est ridicule d’exclure l’évangile de Thomas, l’apocalypse d’Adam, l’évangile selon Philippe, « la sagesse de Jésus-Christ », et tant d’autres fables bibliques des bibles du marché alors qu’elles contiennent des apocryphes dont tous les historiens savent qu’il s’agit de faux notoires. » »

remarques liminaires

  • D’abord, la netiquette n’est pas son fort.
  • D’autre part, il pratique l’amalgame et la pseudo-science tout ça sur un ton péremptoire, sans source, sans auteurs chercheurs pour appuyer ses dires.

Combien cette citation contient-elle d’erreurs
factuelles ?

Procédés

Le premier procédé est l’amalgame. Il mélange :

  • les problématiques du canon du nouveau testament quand il parle de Nag Hamadi
  • et celles du premier testament quand il parle de Qumran.

Pour le deuxième, comme il manque de sources et d’études qui soutiennent ces affirmations, Il semble que l’insulte et la diffamation en tiennent lieu. La recherche du vocabulaire insultant en est la preuve :

  • « fables bibliques » Clair que pour un littéraliste les textes bibliques ne peuvent être que des fables. Il est intéressant de noter que le fait qu’il ne soit pas croyant l’empêche de percevoir les aspects patrimoniaux et culturels de la Bible, contrairement aux vrais érudits. Il s’agit là d‘une marque ostensible d’appartenance à un groupe religieux.
  • 15 siècles d’obscurantisme catholique puis protestant » En voilà un qui ignore que les premiers ont ondé
    les universités
    et les second les sciences religieuses. En revanche, il croit (de croire et non de savoir) que « la Science » commence avec l’athéisme.

On se trouve face à un demi-habile qui joue sa rébellion pour lui-même avant même de la jouer pour la galerie dont il espère rallier à son clairon les moins cultivés.

Contenu des déclarations

Les processus de canonisation sont très différents et chacun d’eux est connu de tous sauf de ce militant. Il en résulte
que l’affirmation « qu’il est ridicule d’exclure » les textes apocryphes de Nag Hamadi … est ridicule pour quiconque connait le processus de construction du canon du nouveau testament1.

L’affirmation que les textes de Qumran seraient « très différents » du texte qui sert de source aux bibles
actuelles est tout aussi controuvée pour peu qu’on ait le minimum de connaissances historiques et littéraires pour
éviter de parler en cuistre. Que disent les chercheurs sur « la
Bible de Qumran
« 2?

  • 25% de textes « non ali
  • 25% de textes libres des scribes qumraniens de type targum,
  • 5% de textes proches du pentateuque samaritain
  • 5% de textes proches de la septante
  • 40% de textes identiques à celui du texte massorétique

En fait, seuls 25% des textes sont différents et 25% des commentaires. Tous les autres sont connus et répertoriés.
L’érudit avait donc tout lieu de répondre « les manuscrits bibliques découverts à Qumran sont identiques à quelques détails insignifiants près à ceux que l’on possédait déjà » »

Surtout, la transmission du texte massorétique du premier testament est bien suivie grâce à l’école de Tibériade fondée par la famille Ben Asher.

Cette déclaration est probablement la plus comique

<<les bibles du marché lors qu’elles contiennent des apocryphes dont tous les historiens savent qu’il s’agit de faux notoires.>>

  • les apocryphes ne sont pas des « faux » mais des « textes cachés » comme c’est le cas pour les textes de Nag Hammadi qui furent enterrés pour échapper aux recherches des partisans d’Athanase. On nomme par extension apocryphes les textes qui n’ont pas été reçus dans le canon.
  • Par définition, les textes retenus dans le canon ne peuvent être « em>apocryphes ». Le prosélyte athée confond « apocryphe » et « pseudépigraphe ». Un document pseudépigraphe est publié sous un nom
    d’emprunt, celui d’une autorité ou d’une école de pensée.
  • Bien évidemment, les historiens ne parlent ni de « faux notoires » ni d’apocryphes pour désigner les textes canoniques. Cela explqiue l’absence de source

Le diagnostic se confirme d’un « je sais tout qui n’a rien appris » mais que rien n’empêche d’insulter quiconque
ne pense pas comme lui. Cette possibilité lui est offerte par un site dépourvu de toute modération compétente,
peu importe qu’il respecte ou non la charte du lieu. L’essentiel de son message est le droit d’insulter l’érudit qui maitrise son
sujet a fortiori s’il est croyant.

Conclusion

L’antihéisme n’est fondé ni sur la science ni sur la raison. Ignorance du sujet + certitude de détenir la vérité
===> fondamentalisme.

L’antihéisme est bien un fondamentalisme athée.

Indexation

Indicateurs technorati : , , , ,

notes

1L’article sous le lien ne vaut que pour les débutants. On trouvera uneinformation plus détaillée dans l’ouvrage de Marguerat et allii « Instruction au Nouveau testament » Labor et Fides, 1ère édition 1998

2Le site est celui de l’ISOMA 5189 CNRS

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6 commentairesLaisser un commentaire

  1. Je n’ai pas eu le temps de lire cet article, mais je me le suis imprimé pour le lire dans le métro.

    Mais, sur mon forum, dans les prochains jours, je poserai une question peut-être un peu idiote, mais qui me vient à l’esprit à la lecture du titre de l’article.

    N’y aurait-il pas une confusion, peut-être intentionnelle, entre « propagande » et « prosélytisme »?

    On a déjà évoqué superficiellement ce sujet dans d’autre lieux, J’ai un peu de mal avec le vocable « prosélytisme athée », par contre, je n’ai pas de problème avec une notion de « propagande athée », qui est chez certains claire comme le nez au milieu de la figure…

    On en discutera à l’occasion!

    • Toi aussi, tu préfères dire mal voyant plutôt que aveugle ?

      • Non, mais je réagis quand on me parle de « surdité des yeux »….😉

        D’où ma réaction…

        Je m’explique :

        Je ne suis pas un défenseur assidu du politiquement correct, loin de là…. Bien au contraire, j’ai plutôt tendance à employer « aveugle » pour parler d’un mal voyant.

        Mais de toutes façons, ce n’est vraiment pas la question ici! Et même cela n’a finalement aucun rapport, si on y prête attention.

        Qu’on emploie des termes moins « policés » ne me dérange absolument pas, bien au contraire. Mais quand on emploie des termes qui me paraissent inexacts, comme quelqu’un qui nommerait un aveugle de « sourd des yeux », sous le prétexte que l’handicap de la surdité est comparable sous beaucoup d’aspects à l’handicap de la cécité, oui, ça me fait réagir, que ce soit le but ou non!

        On comprend certes la comparaison, mais cela n’empêche quelle est inexacte… elle prête à sourire, à controverse, mais n’a pas sa place dans la bouche et sous la plume d’un érudit contre toi, qui est parti en bataille (et tu as du boulot, j’en convient) contre toutes les inexactitudes et les imprécisions, voire la mauvaise foi de ceux que tu appelles les « athégristes », néologisme qui dans ce cas me convient, car reflétant bien une réalité existante. Tout comme le concept d' »athéisme militant » me paraît totalement recevable. Comme me paraît la « propagande athée ». Par contre le « prosélytisme athée » me fait réagir, car épistémologiquement, on part sur deux concepts qui n’ont pas la même portée.

        Du moins cette inexactitude de propos peut très bien avoir sa place, tant qu’elle reste au rang de « bon mot » et qu’elle est utilisée comme telle… Pas quand elle devient un cheval de bataille,

        Car finalement ce qui est sous-entendu dans ce concept de « prosélytisme athée », soyons clairs, c’est tout simplement qu’il y aurait une « foi athée », ou à minima une « doctrine athée ». Car sans doctrine, pas de prosélytisme possible.

        Mais pour moi, parler de « doctrine athée » et se focaliser sur les différents points qui « définiraient » ou « caractériseraient » cette doctrine pour parler de l’athéisme sous une forme qui serait de facto bien définie, est du même acabit, et trahit au final la même paresse intellectuelle que ceux qui parlent de Dieu et se focalisent sur les différents points qui définiraient « Dieu » pour parler de Dieu sous une forme qui serait définie.

        Je pense que chaque athée à son athéisme propre, comme chaque croyant à son Dieu et sa conception de celui-ci, et cela même quand il se professent de la même religion, voire du même dogme.

        Qu’il y ait des centaines de personnes qui aient écrits sur « Dieu », avec des adhésions plus ou moins remarquables à la pensée de l’auteur de la part du public, n’implique en aucun cas que le concept de Dieu serait maintenant devenu définissable. La même chose est valable pour les écrit sur ce qu’est l’athéisme.

        réponse

        excuse moi de squatter .. mon système de réponse aux commentaires rechigne

        cheval de bataille

        Je dirais cheval de Bataille (Georges). Je comprends que tu
        n’aimes pas qu’on mélange les torchons avec les serviettes. On ne mélange pas « le prosélytisme religieux » avec « la propagande athée » !! LOL !! Pourtant dans les deux cas, il s’agit de croyance sans preuve que l’un et l’autre tentent d’enfourner à celui qui n’est pas d’accord avec le même dénigrement faute d’argument rationnel.

        Mais pour moi, parler de « doctrine athée » et se
        focaliser sur les différents points qui « définiraient » ou
        « caractériseraient » cette doctrine pour parler de
        l’athéisme sous une forme qui serait de facto bien définie, est du même acabit, et trahit au final la même paresse intellectuelle

        Ah.. la paresse intellectuelle…. Oui, je vois. Elle se comprend de deux façons

        1. 1- Il n’y a pas de centralité (de pape) donc il
          n’y a pas de doctrine ???
        2. 2- tous les athées n’adhèrent pas à ces doctrines if any !!

        Le point 1 est une objection classique mais qui ne tient pas la route. Exemple : les protestants n’ont pas de
        pape mais ont des doctrines. On (surtout les protestants)
        reconnaissent un protestant à sa façon d’aborder les problèmes.
        Le point 2 ne tient pas plus la route. Si tu prends le même
        protestantisme, toutes les doctrines issues des diverses
        théologies protestantes ne sont pas reçues (reconnues) par tousles protestants Il y a donc un catalogue de doctrines athégristes (il y a un article là-dessus qui en les recense pas toutes, mais quelques unes) auxquelles les athées adhèrent de façon variable et ces variations délimitent assez bien les divers courants de l’athéisme.

        La paresse intellectuelle, tout soudain, ne me semble
        pas où tu le dis. LOL !!!

      • Revenons sur les points sur lesquels mon propos t’a fait réagir.

        1) Mon propos, c’est qu’il faut utiliser, en bon français, « propagande » pour des notions séculières (politique, économique, philosophique), « prosélytisme » pour des notions religieuses et transcendantales, et « prospection » pour des notions mercantiles. Sinon, les manifestations visibles sont assez similaires, je suis d’accord. Mais comme l’exemple du handicap, on emploie le terme « aveugle » pour les yeux, « sourd » pour les oreilles, « muet » pour la parole, « manchot » pour les bras. Même si ces notions sont toutes très ressemblantes, elles s’appliquent à un domaine bien précis. Sinon, on peut les employer à loisir, mais ça veut pas dire grand chose, et ce ne sert pas le propos. La langue française est largement assez riche pour pouvoir exprimer clairement une opinion avec les bons mots sans en choisir des pas totalement adaptés.

        Passons sur l’emploi de l’expression « croyance sans preuve », qui est par définition, un pléonasme. Bien sûr que l’athéisme est une croyance, au sens croyance-opinion. On peut donc lui appliquer tout l’arsenal philosophique et sociologique de la croyance. La seule chose que ce n’est pas, c’est « une croyance en Dieu », ou croyance-foi.

        2) Concernant la centralité. Je suis d’accord avec toi sur le raisonnement que tu tiens. Mais par contre en aucun cas, je ne pose cette question. Il y a bien des écoles de pensées musulmanes, sans qu’il y ait de clergé non plus. Mais il n’y a pas de doctrine musulmane définie. Pareil pour les protestants. il y a des doctrines protestantes, mais pas de doctrine protestante définie. Il ne se réfèrent pas à LA doctrine.

        Après qu’il y ait des courants (que tu choisis d’appeler doctrine, j’y voit pas d’inconvénient, appellation est dans ce cas recevable) plus ou moins importants dans l’athéisme, c’est clair, basés sur des principes fondateurs posés en axiomatique. Mais il n’y a pas de doctrine athée bien définie.

        3) Par contre, en fait, mes commentaires étaient totalement en digression avec l’article, que je n’avais pas encore lu au moment ou j’ai soumis la question, à la lecture du titre, puisque j’ai réagi sur le cas de l’athéisme.

        Mais je dois avouer, que concernant le cas particulier de l’antithéisme, qui est un courant extrémiste de l’athéisme (je le considérerai même d’un point de vue épistémologique plutôt en dehors de l’athéisme, personnellement) qui est en cause dans l’article, et qui finalement est plutôt un positionnement de type religieux, le terme de prosélytisme ne me choque pas dans ce cas particulier
        ,

        Réponses

        Ce qui m’a fait réagir, c’est « paresse intellectuelle »

        Mon propos, c’est qu’il faut utiliser, en bon français, « propagande » pour des notions séculières (politique, économique, philosophique),

        L’athégrisme et l’antithéisme n’ont rien de philosophique. La cause est est donc entendue : on peut parler de prosélytisme.

        Sinon, on peut les employer à loisir, mais ça veut pas dire grand chose, et ce ne sert pas le propos.

        L’oxymore, le paradoxe et l’antithèse sont des figures du discours qui servent à faire réfléchir. Donc, tant que je lis encore des athées (les moins fanatiques, bien évidemment) me dire « l’athéisme n’a pas de doctrine », ou « ne tente pas d’imposer ses opinions » ou « n’a jamais fait de morts en imposant ses opinions », je continue d’utiliser le paradoxe, l’oxymore et l’antithèse.

        Passons sur l’emploi de l’expression « croyance sans preuve », qui est par définition

        C’est une reprise décentrée d’un topos de l’athégrisme. Je vois que tu ne l’as pas reconnue !! 🙂

        La seule chose que ce n’est pas, c’est « une croyance en Dieu », ou croyance-foi.

        1- va falloir que tu me dises de quel Dieu tu parles, camarade ? (nota : une formule peut en cacher une autre et si tu penses à l’âge du bloggeur, tu verras tout de suite l’à-peu-près homophonique se profiler) En rigolant moins, je suis athée de la plupart des images de Dieu que me proposent les athées.

        2- la croyance n’a jamais rien à voir avec la foi sauf dans le catholicisme. La foi ne signifie pas « croire que Dieu existe »

        Mais il n’y a pas de doctrine musulmane définie.

        A quelle époque .???? LOL !! (je ne détaille pas, c’est un autre débat)

        Pareil pour les protestants. il y a des doctrines protestantes, mais pas de doctrine protestante définie. Il ne se réfèrent pas à LA doctrine.

        Attends ? Quand tu causes à un libéral, tu as cette impression mais si tu vois la confession de foi de la Rochelle ou le petit catéchisme de Luther, ce sont bien des définitions dogmatiques. Si Karl Barth a écrit au 20ème siècle une dogmatique de l’Eglise (protestante s’agissant de Barth), c’est bien parce qu’existe une tension entre ceux qui considèrent que « des clercs » doivent produire une « doctrine qui s’impose comme vérité » et d’autres, clercs ne signifie pas « hiérarchie ecclésiastique » dans ce contexte mais « formés », qui pensent que le libre examen s’exerce dans tous les cas.

        Après qu’il y ait des courants (que tu choisis d’appeler doctrine, j’y voit pas d’inconvénient, appellation est dans ce cas recevable)

        Non, le courant, c’est le courant, comme on dit « salafiste » ou « franciscain ». La doctrine c’est ce à quoi il adhère ou pas ou à 30% ou plus ou moins. Un exemple avec le monde protestant. Quand tu lis les procès verbaux du Synode de 1873, tu constates que le courant libéral se définit par la récusation de la nécessité de rédiger une ou des « confessions de foi ». Au contraire, le courant conservateur (qu’on nommerait « tradi » de nos jours » et ou « modéré ») considère qu’il est nécessaire d’écrire une confession de foi et de l’imposer.

        L’athégrisme et l’antithéisme auxquels je taille des croupières régulièrement sont à l’athéisme ce que le salafisme est à l’islam. Mais, comme le salafisme diffuse de sous-produits dans l’islam historique, l’athégrisme et l’antithéisme diffusent des sous produit chez l’athée moyen (en particulier dans l’athéisme populaire)

  2. Tu permets que je reprenne la conversation ici pour la porter sur le forum ?

    Ca sera effectivement plus facile pour les aller-retours!

  3. Merci pour cet article, qui m’a incité a finir d’écrire un article que j’avais sur le métier concernant la perception par les sites athées militants des apocryphes


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